(CRANBERRY TOWNSHIP, PA) Visiblement, Alex Galchenyuk n’avait pas le goût de faire parler de lui lundi matin.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

L’entraînement des Penguins prend fin, les portes du vestiaire s’ouvrent, et l’ancien du Canadien se doute bien que les deux journalistes montréalais souhaitent lui parler. D’abord, parce que mardi, ce sera seulement un troisième match pour lui contre l’équipe qui l’a repêché. Mais surtout, parce que son directeur général, Jim Rutherford, a déclaré ces derniers jours à The Athletic que Galchenyuk devra « travailler très fort » pour garder sa place dans la formation quand les attaquants des Penguins auront recouvré la santé. À l’heure actuelle, il y a trois avants à l’infirmerie : Sidney Crosby, Patric Hornqvist et Nick Bjugstad.

Alors, les commentaires de Rutherford ? « Je n’ai rien entendu de ça. Donc je me présente à l’aréna et je travaille. »

Et le temps d’utilisation ? Après tout, Galchenyuk a joué moins de 10 minutes dans 5 des 6 derniers matchs des Penguins. En a-t-il parlé avec Mike Sullivan, son entraîneur-chef ? « Non, on n’en a pas parlé. Tout ce que je peux contrôler, c’est me présenter ici, travailler et j’espère gagner la confiance de l’entraîneur ».

Qu’en est-il de l’avantage numérique, traditionnellement le pain et le beurre de Galchenyuk ? À ses deux derniers matchs, il n’a pas eu droit à une seule seconde de jeu dans cette situation. « Je travaille sur mon jeu. Évidemment, ce n’est pas ma décision. »

En difficulté

Galchenyuk ne connaît pas un départ à la hauteur de ses attentes en Pennsylvanie.

Après 21 matchs, le voici avec seulement 2 buts et 8 passes pour 10 points. Il a raté neuf matchs en raison d’une blessure dont la nature n’a pas été dévoilée. Cette absence fait en sorte qu’il disputera au mieux 73 matchs, et qu’il est en voie d’amasser 35 petits points. Pour un joueur repêché pour ses capacités offensives, et qui aide plus ou moins son équipe dans d’autres rôles, c’est évidemment insuffisant.

On a soulevé avec lui l’hypothèse qu’il soit préoccupé par le fait qu’il écoule la dernière année de son contrat, chose qui dérange parfois certains joueurs. La question a souvent été soulevée dans le cas de Max Domi — incidemment, celui que le CH a obtenu pour Galchenyuk il y a 18 mois — mais le principal intéressé a nié être dérangé par les négociations.

Idem pour Galchenyuk. « Je n’y ai pas pensé. Je sais que mon contrat expire, mais ce n’est pas comme si je pensais tous les jours à mon contrat », a répondu celui qui porte maintenant le 18 à Pittsburgh.

Qu’il dise y penser ou pas, ce prochain contrat ne s’annonce pas facile à négocier. Son entente actuelle, qui lui rapporte 4,9 millions de dollars par saison, n’a pas exactement été un coup de circuit. Galchenyuk a joué pour trois équipes en trois ans. L’Américain a offert une production correcte de 102 points en 175 matchs, mais de seulement 40 buts. Et surtout, il a affiché au cours de cette période un différentiel de -53 ; seuls Rasmus Ristolainen (-61) et Andreas Athanasiou (-57) ont été plus déficitaires que lui dans la LNH.

Ajoutez à cela sa blessure du début de saison et vous avez tous les ingrédients pour qu’un joueur soit déconcentré par une de ces fameuses « distractions ».

« Alex travaille très fort, c’est un bon jeune et il prend les choses à cœur. Il a les Penguins à cœur, mais il a aussi sa propre carrière à cœur, évidemment », a admis Sullivan.

PHOTO GENE J. PUSKAR, AP

L’entraîneur-chef des Penguins, Mike Sullivan

« Ce sont des humains, évidemment, et dans ces circonstances, ça peut peser sur un joueur. Mais c’est la réalité du sport professionnel. Ça fait partie de notre milieu. Il faut simplement l’aider à trouver son chemin à travers ça. »

Galchenyuk arrive à un moment charnière de sa carrière. Son dernier contrat, il l’avait signé avec le CH au terme d’une campagne de 44 points en 61 rencontres. Claude Julien avait déjà commencé à perdre patience avec lui, mais à 23 ans, il y avait lieu de croire qu’il avait encore en lui un potentiel inexploité. C’est aussi ce qu’ont cru les Coyotes, en sacrifiant Domi pour l’obtenir, de même que les Penguins, qui ont cédé Phil Kessel (et son lourd contrat, admettons-le) pour aller le chercher.

La présence du père de Galchenyuk — il était dans les gradins à l’entraînement lundi, comme on le voyait souvent à Brossard jadis — ne calmera toutefois pas les appréhensions de ceux qui se questionnent sur l’entourage familial du jeune homme. Cela dit, on nous assure qu’il s’est bien intégré à ses nouveaux coéquipiers, et qu’il travaille fort pour se sortir de son marasme.

Galchenyuk a quelques mois devant lui pour sortir la tête de l’eau et se placer en position plus avantageuse pour négocier. Mais si on se fie à ce qu’on a vu à l’entraînement de lundi, il devra s’en sortir par ses propres moyens. Il était encore employé au sein du quatrième trio, avec la recrue Sam Lafferty et Stefan Noesen.