(Boston) Combien de fonds se cachent encore sous le fond du baril ? Comment qualifier une glissade qui semble sans fin ? Quelles explications peuvent encore être trouvées ?

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Pendant trois quarts d’heure de jeu, tout indiquait que cette fois serait la bonne. Qu’il aura fallu un match joué sur la route, presque ennuyant, disputé simplement contre un rival de toujours, pour trouver l’étincelle qui relancerait le Canadien.

Mais la confiance a craqué. Les nerfs aussi. Et les hommes de Claude Julien sont rentrés à Montréal la tête basse, vaincus 3-1 à Boston. La succession de défaites s’étire donc à huit, des chiffres qui s’approchent de vieux records que l’équipe aurait espéré ne jamais dépoussiérer. En fait, un neuvième revers du Canadien égalerait une débâcle de 1939-40, dernier rempart avant l’ultime insulte que représenterait l’approche des 12 défaites consécutives de 1925-26.

Le Canadien s’était pourtant donné toutes les chances de gagner. Le but de Joel Armia en tout début de rencontre a ébranlé les Bruins, qui se sont cherchés pendant deux périodes complètes. Pendant ce temps, les visiteurs étaient méthodiques dans leurs replis, appliquant à la lettre le fameux « système » vanté par Claude Julien, et ce, contre l’une des meilleures formations du circuit.

Mais « il aurait fallu être parfait », a résumé Ben Chiarot. « Et nous ne l’avons pas été. »

En troisième période, le meilleur buteur de la LNH, David Pastrnak, s’est fait oublier derrière le très vulnérable Gustav Olofsson. Le tir frappé de tous les enfers qu’il a servi à Carey Price n’a laissé aucune chance au gardien du Canadien, impassible devant les attaques des Bruins jusque-là.

L’entraîneur-chef des Bruins s’est même permis une comparaison avec Guy Lafleur, dont on a appris hier qu’il avait été opéré pour un cancer. « Ça m’a rappelé Guy qui arrivait à l’aile et décochait un tir du côté éloigné du cercle de mise en jeu », a-t-il analysé, assez justement il est vrai.

Controverse

Malgré le choc, le Canadien semblait tenir le coup. Jusqu’à ce que Nick Cousins soit puni pour avoir retenu Torey Krug. Les locaux ont profité profiter des instants suivants pour s’approprier l’avance. Déjà, ça sentait le roussi. Puis le même Cousins a laissé à Jake DeBrusk l’espace nécessaire pour manœuvre à sa guise en zone du Canadien et marquer le troisième but des siens. En un peu moins de sept minutes, le conte de fées avait viré au cauchemar.

Que reste-t-il à dire, après huit défaites ? Dans quelle dernière réserve d’espoir puiser ? Il n’y a pas de bonne réponse, selon Shea Weber.

« Il faut trouver une manière de gagner, a-t-il soufflé après le match. On n’est pas assez bons. On s’est améliorés défensivement, mais on ne gagne pas. C’est dur de garder confiance vu ce qui nous arrive. Mais il faut trouver une manière, n’importe laquelle, de s’en sortir. »

Chez Claude Julien, il reste dans tous les cas au moins une excuse : le travail des arbitres.

L’entraîneur s’est vidé le cœur sur la punition de Cousins. Selon lui, le bâton de Krug était coincé sous l’aisselle de son propre coéquipier Brandon Carlo. Des dizaines de visionnements de la reprise, plan par plan, nous mènent au même constat, très difficile à cerner. Or, malgré tout, Cousins semble bel et bien retenir le bras de Krug.

Julien n’est pas du même avis.

« L’arbitre est mal placé, il y a le filet entre lui et les joueurs », a-t-il d’abord dit en français, avant d’en rajouter en anglais.

« Ç’a changé l’issue du match, a-t-il tranché. C’était une mauvaise décision. Comme arbitre, dans un match de 1-1, tu devrais être sûr de toi quand tu prends ce type de décision. Je suis furieux [pissed as hell] de la manière dont ç’a été géré. Il n’était pas en position de le voir. Il décerne la punition et ça donne le but gagnant. »

Julien, encore : « Pendant 46 minutes, on a joué du hockey solide. On avait besoin de cette victoire désespérément, maintenant on doit rentrer à la maison et trouver une manière de gagner le prochain match. J’aurais aimé dire qu’on a joué un match solide et qu’on gagne ou qu’on a eu un point. Malheureusement ce n’est pas le cas. »

Le système défensif, la malchance, le travail des arbitres… Avec les défaites, les explications se multiplient pour les justifier.

Néanmoins, les joueurs et leur entraîneur l’ont répété, encore et encore, depuis maintenant plus de deux semaines : il faudra bien en trouver, une solution.

Car les indices d’une saison à l’eau s’accumulent, eux aussi. Et avec 55 matchs à disputer, l’hiver pourrait être très, très long.

Dans le détail

Olofsson ménagé, Chiarot surchargé

Si Claude Julien continue de l’utiliser avec autant de parcimonie, Gustav Olofsson retournera à Laval complètement reposé de son passage dans la LNH. Employé pendant un peu plus de 11 minutes contre les Flyers samedi, le défenseur suédois n’a vu que 7:04 d’action contre les Bruins – ses trois petites présences au dernier vingt ont totalisé 1:33. En outre, avec à la clé l’arrivée de Brett Kulak pour remplacer Victor Mete qui s’est blessé samedi, Ben Chiarot est devenu le seul homme de confiance de Claude Julien sur le flanc gauche de la défense. Chiarot a donc passé 29:26 sur la glace, un sommet depuis son arrivée chez le Canadien. Les combinaisons de défenseur ont d’ailleurs changé toute la soirée, alors que les droitiers Jeff Petry et Cale Fleury ont chacun eu des présences à la gauche de Weber.

Un autre faux départ des Bruins

Bruce Cassidy a parlé samedi de l’importance pour son équipe de mieux amorcer ses matchs. L’entraîneur a toutefois dû faire des gros yeux à son capitaine : Zdeno Chara a vu Joel Armia lui retirer la rondelle avec une facilité déconcertante avant de marquer d’un tir du revers, et ce, alors qu’on n’avait pas encore passé la barre des deux minutes de jeu. C’était la deuxième fois en deux matchs que le Canadien — par l’entremise d’Armia d’ailleurs — ouvrait la marque tôt avant d’échapper la victoire. Et la deuxième fois en deux matchs que les Bruins rachetaient un faux départ pour l’emporter. Mine de rien, les victoires et les défaites consécutives sont maintenant à huit dans les deux camps.

Armia en grande forme

Tout ne peut quand même pas mal aller… Joel Armia traverse présentement une très bonne séquence sur le plan offensif, avec trois buts en autant de rencontres et quatre points en cinq matchs. Dans son économie habituelle de syllabes, Armia a simplement répondu « oui » lorsqu’interrogé à savoir si cet élan lui donnait confiance pour la suite. Claude Julien a été un peu plus loquace à l’endroit de son ailier droit, mais également à l’égard de Ben Chiarot. « Ils en ont donné beaucoup dernièrement. Tu espères que ces joueurs-là vont être récompensés avec des victoires », a noté l’entraîneur-chef. Il faudra toutefois attendre encore un peu.

«On a perdu notre momentum»

Je ne peux pas me tenir ici [devant les journalistes] et dire à nos partisans qu’on est contents. On ne gagne pas. [Les partisans], ils s’en fichent de ce qu’on a à dire de positif. Je sais qu’on a mieux joué défensivement, on voyait la frustration de l’autre côté, on ne leur donnait pas grand-chose. Mais Pastrnak a marqué un but incroyable. Puis il y a eu l’avantage numérique. On a perdu notre momentum.

Claude Julien

Il ne faut pas se laisser abattre, car si on se laisse abattre, on ne s’en sortira jamais. À un moment donné, les chances vont tourner de notre côté. En travaillant fort, c’est ce qui arrive, normalement.

Claude Julien

On faisait les bonnes choses pendant la majeure partie du match, mais on a laissé leur joueur le plus dangereux sans surveillance. En deux secondes, c’était l’égalité. Contre une équipe comme ça, on ne peut pas avoir ces relâchements.

Ben Chiarot

Les gars ont vraiment bien joué au cours des deux derniers matchs. La majorité des matchs joués de cette manière devraient donner de meilleurs résultats.

Carey Price

On sait comment gagner, nos gars l’ont prouvé. On doit encore trouver le moyen de bien jouer pendant 60 minutes, mais on n’est jamais largués. Le brio de nos gardiens joue un rôle important. Notre expérience dans les moments cruciaux et le leadership de notre groupe aussi.

Bruce Cassidy, entraîneur-chef des Bruins

J’ai lu que Guy Lafleur a subi une chirurgie. J’espère qu’il va bien.

Bruce Cassidy

En hausse: Carey Price

Sans égard au résultat, le gardien a joué avec confiance et gardé son équipe dans le match.

En baisse: Max Domi

Un boulet pour son trio. Un indice de possession de rondelle insuffisant et beaucoup de mauvaises décisions.

Le chiffre du match: 46:16

C’est le nombre de minutes pendant lesquelles le Canadien a résisté aux assauts des Bruins sans donner un but, un sommet depuis la dernière victoire du 15 novembre à Washington.