Les entraîneurs ont été au cœur de l’actualité dans la Ligue nationale ces derniers jours, dans la foulée des révélations de l’ancien joueur Akim Aliu au sujet de Bill Peters, qui a ainsi perdu son emploi d’entraîneur-chef des Flames de Calgary.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Évidemment, bien des entraîneurs ont dû se poser des questions ces derniers jours. Se demander s’ils avaient parfois dépassé les limites.

Michel Therrien assure qu’il n’a pas mal dormi. Ce qui ne veut pas dire que le nouvel adjoint chez les Flyers de Philadelphie n’a pas ses regrets.

« C’est sûr. Il y a 7-8 anecdotes que j’ai toujours en tête, d’un côté comme de l’autre, a admis Therrien, rencontré avant le match de samedi.

« Il y a toujours deux côtés à une médaille. Des fois, on va trop loin et on le regrette. Si je pouvais changer des choses, je le ferais. Mais l’athlète aussi changerait sûrement des choses. On considère qu’on a aidé plus de personnes qu’on en a nui. Quand un joueur ne connaît pas la carrière qu’il aurait voulu, c’est rare qu’il va dire : c’est ma faute. Il cherche des raisons et la raison la plus facile, c’est de pointer l’entraîneur. Il ne m’a pas donné ma chance, il a été trop dur, il ne s’est pas occupé de moi. »

Therrien n’a jamais eu la réputation d’être très doux. Cette semaine, dans nos pages, Mathieu Garon a nommé Therrien et Marc Crawford parmi les entraîneurs très durs qu’il a eus.

Daniel Brière avait quant à lui écorché les méthodes de l’entraîneur dans son autobiographie, racontant la guerre psychologique que lui a livrée Therrien chez le CH.

Le hasard faisant drôlement les choses, ils ont renoué chez les Flyers, puisque Brière est à l’emploi de l’équipe.

« Quand je suis arrivé à Philadelphie, au camp de développement, tout le monde était là, et Daniel Brière était là. Dan est venu me voir et m’a dit qu’il aimerait qu’on se parle. On a pris une bonne demi-heure à se jaser et c’était le fun, je suis content qu’on ait eu l’occasion de se jaser de ces choses-là. C’est ça, la vie. Qui n’a pas déjà eu une chicane, avec sa femme, ses enfants ? Ça ne veut pas dire que tu ne les aimes pas. Ça arrive. Mais quand t’as la chance de te parler, ça fait du bien. »

Distinction

L’affaire Bill Peters était évidemment indéfendable en raison des propos racistes qu’il a tenus à l’endroit d’Aliu.

Le cas de Mike Babcock était bien différent. L’ancien entraîneur-chef des Maple Leafs, rappelons-le, avait demandé à Mitch Marner, alors recrue, de classer ses coéquipiers du plus travaillant au moins travaillant, et avait ensuite révélé aux autres joueurs le contenu de la liste. Chacun jugera de la pertinence de la stratégie.

Mais sans discuter spécifiquement du cas de Babcock, Therrien a tenu à faire une distinction entre l’histoire de Peters et les autres comportements qui ont été dénoncés.

« Il faut faire attention et ne pas mélanger tout ce qu’on entend. Des gars ont commencé à parler des mind games. Ça, c’est complètement différent. On a tendance à tout mettre dans le même panier. C’est coacher à différentes époques. Un coach veut soutirer le maximum d’un joueur. Le coach va présenter une structure. Ensuite, le défi, c’est de soutirer le maximum de chaque personne. Il n’y a pas deux personnes pareilles. Des gars vont seulement répondre si tu leur donnes une tape dans le dos. D’autre part, si tu leur donnes trop de tapes dans le dos, ils vont se satisfaire et tu dois changer la recette.

« Avec mes parents, si j’avais un E dans mon bulletin, j’avais des conséquences. Et ils ne voulaient pas mon mal. C’était comme ça à cette époque. La façon de réagir des parents aujourd’hui est complètement différente. »

Therrien assure donc que ses méthodes très dures qu’il employait dans le junior à Laval, ou dans la Ligue américaine à la fin des années 1990 sont loin derrière lui.

« C’est sûr. On évolue avec la société. L’important, c’est de s’adapter. Nous, en tant que coachs, il faut s’adapter à la nouvelle génération de joueurs. Et ils sont plaisants à coacher. J’ai du fun à mort à coacher avec Alain !  »