« Pas de panique », a souvent dit Claude Julien ces derniers jours. On peut comprendre l’entraîneur-chef du Canadien de marteler ce message.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Après tout, comme il le soulignait jeudi matin, malgré la très vilaine séquence que connaît le CH, l’équipe avait la chance, avec une victoire contre les Devils du New Jersey, de se hisser au 2e rang de la Division atlantique. Présenté de façon aussi rationnelle, son message avait des chances de passer.

> Le sommaire de la rencontre

Pas de panique, donc. Mais il n’a rien dit sur la frustration. Et cette frustration se lisait partout après la défaite de 6-4 aux mains des Devils, jeudi. La sixième de suite des Montréalais, doit-on le rappeler.

Des preuves de frustration ? Prenez le pauvre bâton de Carey Price. Il l’a utilisé jusqu’à 8 : 21 de la troisième période, soit quand Damon Severson l’a battu d’un tir dans la partie supérieure. Le gardien accordait ainsi un 23e but à ses 5 dernières sorties. Son taux d’efficacité au cours de cette période : ,822.

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Était-ce la frustration d’un gardien qui se croit capable de faire mieux ? Celle d’un gars tanné de voir l’adversaire qui arrive trop souvent à 2 contre 1 ? Dur à dire. Price n’a pas rencontré les médias après la défaite, et même s’il l’avait fait, on doute qu’il aurait jeté le blâme sur ses coéquipiers.

Cela dit, trois buts ont été marqués sur des surnombres. Le quatrième, sur un tir bas de Miles Wood en échappée. Et l’autre qu’il aurait pu bloquer, il l’a accordé un retour sur un tir haut, le genre de rondelle qui lui colle à la peau 36 fois sur 37.

Du capitaine à l’entraîneur

La frustration se percevait aussi dans les propos de Shea Weber, qui est généralement d’un calme exemplaire. Écoutez son agacement quand il est justement question des surnombres.

« On ne peut pas garder trois attaquants en fond de territoire adverse. Si, comme défenseur, on voit que ça arrive, on ne peut pas s’avancer nous aussi. C’est ce qu’on nous apprend tout jeune », a dit le capitaine.

Brendan Gallagher, qui se fait demander si le Tricolore peut s’encourager d’avoir créé l’égalité à trois reprises dans le match : « Il y a une limite à accepter des victoires morales. Ça prend des victoires au classement et ça n’arrive pas en ce moment. »

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On pourrait ajouter ce joueur non identifié que l’on a entendu, à travers les murs du vestiaire, crier un mot qui rime avec Capitaine Haddock. Lui aussi semblait frustré.

Et puis finalement, Julien. L’entraîneur-chef a tout de même défendu ses hommes d’entrée de jeu. « Est-ce que la frustration prend le dessus [sur notre concentration] ? De temps en temps, quand tu veux trop en faire, tu empires les choses. Je vais le dire une autre fois, et après six défaites, ce n’est peut-être pas tout le monde qui sera d’accord. Les gars dans le vestiaire veulent bien faire. Mais peut-être qu’ils veulent trop. »

Puis, en anglais, sur le même thème, il a été un peu plus loin. « Les gars veulent bien faire, bien représenter le Canadien de Montréal. Mais je suis extrêmement frustré [frustrated as hell] en ce moment. Je suis tanné de perdre. Tant qu’on jouera comme ça en défense, ça ne se corrigera pas. »

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Les corrections techniques, les « X et les O », ce sera pour vendredi à l’entraînement, à tête reposée. Mais pour l’heure, il est normal que les réactions soient verbalisées ainsi. Le Canadien vit une séquence inédite. Selon Sportsnet, c’est la première fois de sa longue histoire dans la LNH que le Canadien accorde 20 buts en trois matchs. Même à l’époque des 21 équipes, à l’époque des gardiens qui jouaient avec des jambières minces comme des cartables d’école, ça n’arrivait pas.

Mais au-delà de la statistique, les points continuent à échapper au Canadien. La perspective de participer aux séries aussi, car les cas comme celui des Blues de St. Louis l’an dernier sont plutôt rares. Et le CH n’a assurément pas la profondeur pour partir sur une lancée similaire en deuxième moitié de saison.

Et ça, ça peut être frustrant.

Dans le détail

Blackwood bombardé

Jamais MacKenzie Blackwood n’avait reçu plus de 42 lancers au cours d’un match depuis le début de sa jeune carrière. Il pourra maintenant effacer ce sommet de son palmarès, lui qui a été bombardé de 48 rondelles à son 40e match dans la LNH. Brendan Gallagher, avec sept tirs, ainsi que Shea Weber, Ben Chiarot, Joel Armia, Jordan Weal, avec cinq chacun, ont été ceux qui lui ont donné le plus de travail. En ajoutant les 25 tirs bloqués par ses coéquipiers ainsi que les 17 lancers hors cible décochés par le Canadien, ce sont donc 90 tirs au total qui ont été dirigés vers le filet des Devils. De l’eau au moulin de Claude Julien, qui répète que le problème de son équipe ne se situe pas en attaque…

Du gros travail des cols bleus

On attendait Taylor Hall, Jack Hughes, P. K. Subban, Nico Hischier… Ce sont plutôt les prolifiques Blake Coleman (deux fois), Miles Wood et Jesper Boqvist qui se sont retrouvés sur la feuille de pointage dans le camp des Devils. En ce sens, ce n’était pas un match rêvé pour les poolers, mais tous les entraîneurs le diront : c’est une bonne soirée lorsque les cols bleus s’inscrivent au pointage. Le quatrième trio, celui de Wood, Pavel Zacha et Jesper Bratt, a tout particulièrement donné du fil à retorde au Canadien. Wood s’est même fait le cadeau d’un joli but en échappée en deuxième période alors que le premier trio des locaux était sur la patinoire.

Arrêt miraculeux (en vain)

Blake Coleman (décidément !) s’amène en zone adverse. Tout laisse croire qu’il va tirer, mais il mystifie Shea Weber et Ben Chiarot en remettant la rondelle loin à sa droite à Kyle Palmieri. Ce dernier tire dans ce qui lui semble une cage déserte, mais la mitaine de Carey Price apparaît et lui vole un but quasi certain. On reverra cet arrêt plusieurs fois, mais Price n’a pas vraiment mis en application le manuel des gardiens de but, faisant l’étalage d’un déplacement décousu, presque raté. Mais avec 10 secondes à jouer en deuxième période, le Centre Bell a explosé, souhaitant sans doute que le Canadien soit fouetté par ce coup de main de son gardien qui traverse des moments (très) difficile. « C’était un arrêt énorme, ç’aurait pu envoyer le match dans une autre direction », a d’ailleurs dit Weber après la rencontre. Hélas, pour le conte de fée, on repassera.

« Les autres équipes flairent le sang »

On s’est placés dans cette situation, et ça ne sera pas plus facile la prochaine fois. Les équipes arrivent dans notre amphithéâtre, elles flairent le sang. Elles savent dans quelle situation nous sommes. C’est à nous de changer ces résultats. Nous faisons des erreurs, nous nous faisons mal. Nous n’avons pas de plaisir en ce moment.

Brendan Gallagher

Chaque fois qu’un défenseur tirait au but ou transportait la rondelle en zone adverse, leurs attaquants ne regardaient pas derrière eux et fonçaient à l’attaque. Ça nous a surpris. Évidemment, on veut que nos attaquants se dirigent vers le but, mais quand ils jouaient trop profondément, ça se transformait en revirement.

Mike Reilly

Chaque fois qu’on perd, on perd un peu de confiance. Il faut qu’on se sorte de cette situation d’une manière ou d’une autre.

Shea Weber

On a assez de respect pour Carey Price, il faut mieux le protéger. Comme équipe, on ne veut pas avoir la réputation de se fier [seulement] sur notre gardien. […] On est dans une phase où chaque erreur qu’on fait semble finir dans le fond de notre filet. C’est décourageant, c’est frustrant, c’est ce qui rend équipe encore plus vulnérable.

Claude Julien

Nous avons presque 50 tirs, on marque 4 buts. Normalement, on devrait pouvoir gagner un match de hockey comme ça. Mais une mauvaise décision, choisir le mauvais homme, un mauvais changement… On a vu tout ça sur vidéo. On doit le corriger.

Claude Julien

En hausse: Phillip Danault

Son trio a été menaçant toute la soirée, particulièrement en première période. Le Québécois a aussi connu du succès aux mises au jeu (67 %).

En baisse: Max Domi

Ç’a été pénible pour lui mardi contre les Bruins et ça n’a guère été mieux jeudi, avec de nombreuses passes ratées et remises à l’adversaire. Son retour au centre n’a pas produit les résultats escomptés, après un premier match encourageant.

Le chiffre du match: 14

Avec son but, Jesperi Kotkaniemi a mis fin à une séquence de 14 matchs d’affilée sans avoir marqué. C’était aussi son premier point après une disette de 9 matchs.