Ainsi donc, le distingué Darren Dreger, de TSN, l’un des informateurs les plus branchés du milieu, lie Taylor Hall au Canadien

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

L’attaquant des Devils, les visiteurs ce soir au Centre Bell, aura droit à l’autonomie complète à compter du 1er juillet et il ne semble pas très entiché à l’idée de signer une prolongation de contrat au New Jersey. 

Dreger croit même Hall prêt à signer une prolongation de contrat avec le Canadien si un échange survenait. L’informateur de TSN n’est pas du type à lancer un pavé dans la mare sans être sûr de ses informations.

Évidemment, il y a une marge entre rapporter des tractations et annoncer un échange. Ne faites pas broder le nom de Hall tout de suite sur votre maillot du CH. 

Amusons-nous néanmoins à analyser les implications d’une telle transaction. 

D’un point de vue sportif, Taylor Hall améliorerait évidemment l’attaque du Canadien. Hall demeure un joueur surévalué, mais son talent est indéniable. 

Les blessures demeurent évidemment dans son cas une préoccupation. Il a disputé seulement 33 matchs l’an dernier et connu une seule saison de plus de 76 matchs en carrière. En huit saisons dans la LNH (on exclut la saison du lock-out), il a joué plus de 65 matchs seulement quatre fois.

Hall a connu une grosse année en 2018. Il a amassé 93 points, marqué 39 buts et remporté le trophée Hart. Les Devils ont néanmoins été éliminés en cinq matchs malgré les six points de Hall. Il s’agissait de sa première participation en séries éliminatoires en carrière. 

En raison de ses nombreuses saisons écourtées, il s’agissait aussi de sa deuxième saison seulement de plus de 65 points, et de sa première de 30 buts ou plus.

Hall a 21 points, dont quatre buts, en 23 matchs cette saison. Les Devils occupent le 30e et avant-dernier rang du classement général. Ils sont en voie de rater les séries pour une troisième fois en quatre ans depuis l’acquisition de ce premier choix au total en 2010. 

Quel serait le prix exigé pour Hall? Mark Stone a coûté l’un des meilleurs espoirs des Golden Knights de Vegas, le jeune défenseur Erik Brannstrom et un choix de deuxième ronde.

Les Blue Jackets de Columbus ont offert un choix de première ronde et deux espoirs moyens pour Matt Duchene. Ils auraient donné un autre choix de première ronde si Duchene avait signé une prolongation de contrat avec les Jackets.  

Par contre, Vegas et Columbus étaient dans une position beaucoup plus enviable que celle du Canadien actuellement. Le choix de première ronde Montréal devrait être «protégé», c’est à dire à la discrétion du Canadien de céder celui de 2021 ou lieu de 2020 (dont le repêchage est présenté à Montréal) si le choix se retrouve dans le top 10 l’été prochain en raison d’une dégringolade au classement. 

Si un espoir était offert en appât, Marc Bergevin serait sans doute moins frileux de céder un Ryan Poehling, par exemple, depuis l’émergence de Nick Suzuki. L’avenir du Canadien au centre n’est plus une préoccupation avec la présence de Phillip Danault, Max Domi et le trio constitué des jeunes Poehling, Suzuki et Kotkaniemi.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Ryan Poehling

Poehling connaît un début de carrière difficile, par contre, le développement des jeunes demeure très variables et Poehling pourrait au cours de l’hiver faire remonter sa cote. Il y a toujours un risque à échanger des jeunes.

Ça se complique un peu au plan salarial. Marc Bergevin jouit actuellement d’une certaine marge de manoeuvre, mais Hall n’accepterait pas un contrat de moins de huit ans, à au moins 10 ou 11 millions par année. Hall vient d’avoir 28 ans, lui offrir un contrat jusqu’à 36 ans n’est pas dramatique, mais pas idéal non plus.

Le Canadien serait donc engagé pour presque 30 millions envers Carey Price, Shea Weber et Hall jusqu’à au moins 2026. 

Max Domi exigera une bonne augmentation par rapport à son salaire actuel de 3,1 millions. Brendan Gallagher et Phillip Danault deviendront joueurs autonomes en 2022. Il faudra aussi songer à payer les Suzuki, Kotkaniemi, Romanov, Caufield et tous les autres jeunes d’ici les sept prochaines années. 

Le Canadien est-il à un ailier de premier plan de rivaliser pour la Coupe Stanley? A-t-il autant besoin d’un ailier de premier plan que d’un défenseur gaucher de premier ordre? 

Je le dis et le répète: le Canadien n’est pas encore parvenu à maturité et ne constituera pas un club redoutable avant un an ou deux. 

Par contre, la pression monte au sein de la direction de l’équipe et Marc Bergevin ne voudra peut-être pas se permettre de rater les séries éliminatoires pour une cinquième fois en six ans. 

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