Si jamais Carey Price a besoin d’un peu de repos pour faire le vide, Keith Kinkaid se fera un plaisir de lever la main.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Il ne le dit pas trop fort, mais Kinkaid s’impatiente un brin ces jours-ci. Avant d’être appelé en renfort à Price lors du match de mardi soir au Centre Bell, une solide raclée de 8-1 face aux Bruins de Boston, le gardien réserviste n’avait pas joué depuis le 16 novembre, et il commençait un peu à trouver le temps long.

« Je veux jouer le plus souvent possible et aider l’équipe de toutes les façons possibles, a-t-il expliqué après l’entraînement de mercredi à Brossard. J’ai pu jouer quelques minutes mardi soir après une pause de 10 jours, et pour moi, chaque petite minute compte. Ce serait préférable que ça n’arrive pas dans ces circonstances lors d’une soirée difficile, évidemment, mais je piaffe un peu d’impatience et je veux vraiment aider l’équipe. »

Kinkaid savait dans quoi il s’embarquait au moment de signer un contrat d’un an à titre de joueur autonome avec le Canadien, le 1er juillet. Il n’a jamais été question de partager ce filet de façon égale, et personne n’a jamais prétendu que Price allait devoir se contenter d’une charge de travail plus modeste, bien que la direction du Canadien ait déjà évoqué son intention de la réduire.

Mais au moment où Price connaît ses jours les plus sombres de la présente saison – rappelons qu’il a accordé 18 buts sur 95 tirs à ses quatre dernières sorties, pour une moyenne d’efficacité de ,811 lors de cette mauvaise période –, il est permis de se demander si le gardien numéro un ne devrait pas s’asseoir sur le tabouret du réserviste plus souvent.

D’ailleurs, l’entraîneur-chef Claude Julien n’a pas voulu confirmer l’identité de son gardien en vue du prochain match, celui de jeudi soir au Centre Bell contre les Devils du New Jersey. « On verra », s’est-il contenté de répondre à ce sujet mercredi à Brossard.

Kinkaid, lui, aimerait bien voir la glace de plus près et aussi plus souvent.

J’aimerais pouvoir bâtir à partir d’un match auquel j’aurais participé la fois précédente. C’est dur d’essayer de bâtir quelque chose en ne jouant qu’une fois toutes les deux semaines.

Keith Kinkaid

On aura compris que la question du gardien demeure un sujet délicat dans le camp montréalais, et c’est encore plus vrai quand celui qui est généralement perçu comme le meilleur gardien du hockey se cherche et ne joue pas à la hauteur des attentes.

« Peut-être que les fans sont trop habitués à le voir offrir des performances miraculeuses ?, s’est demandé le défenseur Ben Chiarot mercredi. Peu importe, on sait qu’on a avec nous le meilleur gardien du monde en Carey Price. »

Un problème « psychologique »

Alors quel est le problème de cette équipe, au juste ?

« C’est psychologique, c’est une question de confiance, a répondu Chiarot. Quand il y a des erreurs en défense, c’est parce que les gars ne sont plus à la bonne place, et ça ouvre des lignes de passe aux adversaires. Un trio comme celui des Bruins avec [David] Pastrnak, on le sait, ces gars-là sont très bons pour repérer les lignes de passe et tenter d’en profiter. »

Mais selon Chiarot, il serait injuste de regarder les récents résultats du club, surtout les 14 buts accordés lors des deux derniers matchs, et de prétendre que ce désastre appartient seulement aux défenseurs de l’équipe.

« Ce n’est pas juste les défenseurs ; il y a cinq gars sur la glace. On peut analyser ces 14 buts en pensant que les défenseurs ne font pas leur travail, mais à mon avis, c’est plutôt parce que l’unité de cinq joueurs qui est sur la glace ne travaille pas ensemble. »

Si un attaquant ne fait pas son travail et qu’un défenseur est hors position, c’est la faute de tous les gars sur la glace.

Ben Chiarot

Avec tout ça, le Canadien traverse sa première véritable crise de la saison, avec cinq défaites de suite. Kinkaid, qui a déjà vécu ce genre de calvaire jadis dans le maillot des Devils, suggère à tout le monde de se mettre à respirer par le nez.

« Nous avons connu de telles séquences chez les Devils, et dans ce genre de situation, la clé, c’est de ne pas paniquer, a-t-il tenu à dire. Il faut comprendre que toutes les équipes, ou presque, traversent de tels moments dans une saison. Il faut juste être patients. »