Quelqu’un, quelque part dans le monde, doit détenir une poupée vaudou de Jesperi Kotkaniemi. Le mauvais karma ne le lâche pas.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Ses difficultés depuis le début de la saison font jaser. Les doutes étaient tels que Marc Bergevin a dû répondre à des questions qui, il y a à peine deux mois, semblaient farfelues : Kotkaniemi pourrait-il bénéficier d’un séjour à Laval pour reprendre sa confiance ?

Mercredi, pour la première fois de la saison, on a revu le Kotkaniemi de l’an dernier. Du moins, celui des 60 premiers matchs, qui réussit sa part de jeux impressionnants pour un grand ado.

Mais il l’a fait contre un Craig Anderson qui était en grande forme, et au sein d’une équipe qui, dixit l’entraîneur, a « frappé un mur dans la production ». Il l’a donc fait dans une défaite de 2-1, en prolongation, aux mains des Sénateurs.

Résultat : plutôt que de rentrer à la maison le cœur léger, avec la satisfaction d’avoir contribué à une victoire, il rentrera plutôt dans une ambiance morose.

Dans le vestiaire, il ne pouvait guère claironner dans les circonstances. On l’a donc vu dans sa version la plus finlandaise, avec des réponses courtes auxquelles nous ont habitués plusieurs de ses compatriotes. « C’était mieux que mes 10 premiers matchs, mais on n’a pas marqué. On a eu des chances, donc on va dans la bonne direction », a-t-il dit, dans ce qui était possiblement sa plus longue réponse de l’entrevue.

Claude Julien n’était pas non plus d’humeur à vanter un de ses joueurs. Son évaluation de Kotkaniemi ? « Il a été meilleur ce soir. » Prochaine question.

Pourtant, dès sa première présence, Kotkaniemi ressortait comme on l’a rarement vu cette saison. Ici, en esquivant un Thomas Chabot qui tentait de se transformer en Denis Potvin près de la rampe. Tantôt en zone défensive, en intervenant pour bloquer une attaque à 3 contre 2 des Sénateurs. À chaque présence ou presque, il réalisait au moins une action significative.

À défaut de l’avoir dit en mots, Julien a laissé entendre qu’il appréciait l’effort du numéro 15 en l’envoyant dans la mêlée non pas une, mais deux fois dans les 10 dernières minutes, avec une égalité de 1-1.

« Il était meilleur ce soir, il patinait plus, a reconnu Phillip Danault.

“Il lui manque juste un peu de confiance, de maturité. À 19 ans dans la Ligue nationale, c’est dur. Et la deuxième année, c’est un autre niveau. Tu joues la première année, tout va bien, tu n’as pas de pression. T’arrives pour la deuxième année, il y a des attentes, tu as tes propres attentes, l’organisation aussi. Il a 19 ans, il a beaucoup de choses à apprendre. »

Deux soirs de suite

La tenue de Kotkaniemi rappelle donc qu’il n’y avait pas que du mauvais dans cette défaite, même que le Canadien a généralement dicté l’allure de ce match. Tout ça contre une équipe des Sénateurs qui, mine de rien, a remporté 7 de ses 10 derniers matchs. Un rendement tout à l’honneur de l’entraîneur-chef recrue D. J. Smith.

Mais c’est aussi un rappel de ce que pourrait être la vie sans Jonathan Drouin. Le CH avait une bonne attaque depuis le début de la saison, figurant régulièrement dans les cinq meilleures équipes du circuit pour les buts marqués. Mais ces succès ont été enregistrés notamment grâce à des joueurs qui produisaient à un rythme difficile à soutenir. La loi de la moyenne a fini par en rattraper quelques-uns.

Or, Drouin, avec ses 15 points en 19 matchs, ses 7 buts et son taux de réussite de 16 %, est un des rares à posséder le talent naturel nécessaire pour maintenir sa cadence.

Mardi à Columbus, mercredi au Centre Bell, on a vu que cette incapacité à « finir » les jeux a fait mal au Tricolore. « On ne finit pas et quand tu ne finis pas, tu donnes la chance aux autres équipes de rester dans le match et ce qu’on a vu ce soir arrive, a déploré Julien. C’est ce qui est frustrant, dommage. Mais on ne joue pas du mauvais hockey. »

Les Sénateurs non plus ne regorgent pas de ces attaquants aux habiletés naturelles supérieures à la normale. Mais quand ils ont eu la chance de confirmer la victoire, c’était Tkachuk, un de ces rares joueurs, qui avait la rondelle sur son bâton.

Dans le détail

Pageau, « Monsieur Hot »

PHOTO JEAN-YVES AHERN, USA TODAY SPORTS

Jean-Gabriel Pageau (44)

Jean-Gabriel Pageau est arrivé au Centre Bell mardi soir fort d’une séquence de neuf buts le début du mois de novembre. Il en a désormais 10 au compteur, et voilà que le record d’équipe pour le plus de filets en un mois semble soudain accessible – Daniel Alfredsson en avait réussi 13 en novembre 2005. « Il est hot. C’est Monsieur Hot, en ce moment : donnez-lui la rondelle, il va la mettre dans le but », a blagué Brady Tkachuk après la rencontre. Devant les journalistes, le principal concerné a avoué ne pas se souvenir d’une séquence aussi fructueuse depuis qu’il joue au hockey. « Même pas dans le junior ! », a avancé Pageau. « Je lance avec beaucoup de confiance », a-t-il expliqué, avant d’ajouter prestement que « beaucoup de joueurs avaient élevé leur jeu en novembre ».

Anderson, sobre mais efficace

PHOTO JEAN-YVES AHERN, USA TODAY SPORTS

Craig Anderson (41)

Si beaucoup de joueurs des Sénateurs ont parlé de l’importance de la rencontre, le gardien Craig Anderson n’apparaissait pas comme un exemple d’aplomb en début de rencontre. Chaque tir, même faible, semblait être une aventure. Quelques heures et 35 arrêts plus tard, il savourait pourtant la victoire, sa quatrième seulement en onze départs cette saison. Dans sa discrétion habituelle, Anderson n’a pas voulu en faire tout un plat. « Des fois on joue bien, mais on se tire dans le pied ; ce n’est pas arrivé ce soir. Mon travail est de donner la chance à l’équipe de gagner, et je pense que c’est ce que je fais. Est-ce que je peux être meilleur ? Bien sûr. Mais ce soir, on a capitalisé sur la confiance qu’on a bâtie depuis quelques matchs. Les dernières semaines ont été très amusantes. »

Hudon, les fleurs avant Laval

Malgré la défaite, Charles Hudon a certainement mérité une étoile dans son cahier. En quelque 10 minutes passées sur la glace, le Québécois a trouvé le moyen de faire sentir sa présence à plusieurs reprises, envoyant notamment trois tirs au but. On pourrait même dire quatre en ajoutant celui qui a terminé sa course sur le poteau au premier vingt, alors que Craig Anderson était battu. Son puissant lancer frappé décoché de la ligne bleue quelques instants plus tard en a également surpris plus d’un. Claude Julien lui aussi a remarqué que le numéro 54 avait bien fait. « Il est meilleur cette année, a-t-il reconnu. [Hudon] est arrivé en bonne forme, il a retrouvé sa confiance dernièrement à Laval. Il donne du bon hockey, il fait son travail. » « Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas aussi bien senti sur la glace, a quant à lui souligné Hudon. Je me sens bien, je veux travailler des choses. Chaque fois que j’embarque je veux me donner à fond. » Malgré tout, le Canadien a annoncé après le match que l’attaquant avait été cédé au Rocket de Laval.

Smith, circonspect

PHOTO PAUL SANCYA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Bobby Ryan

L’entraîneur D. J. Smith ne s’est pas étendu sur la situation de Bobby Ryan, dont on a appris hier qu’il avait adhéré à un programme de soutien aux joueurs. « Par respect pour sa famille et pour lui, je ne commenterai pas », a dit Smith dans son court point de presse d’avant-match. On ignore toujours la nature de la décision de Ryan, qui sera néanmoins absent jusqu’à nouvel ordre. Dans un communiqué, le directeur général Pierre Dorion avait été un peu plus chaleureux en soulignant dans un communiqué que le joueur de 32 ans « est un membre important de la famille des Sénateurs d’Ottawa et il a tout notre appui alors qu’il tente de régler cet enjeu ».

Ils ont dit

La paresse nous a coûté un point »

« [Les joueurs des Sénateurs] se présentent tous les soirs, ils travaillent sans cesse pendant 60 minutes. On n’a pas mal joué, mais ils ont profité de leurs chances, contrairement à nous. On doit simplement trouver une façon d’aller au filet.

Phillip Danault

La chance serait une excuse. Dans certains aspects, on peut être meilleurs, on peut créer des chances. On n’a pas mal joué, mais on leur a permis de rester dans le match. Ils ont créé l’égalité et en prolongation, la paresse de nos attaquants nous a coûté un point.

Claude Julien

Est-ce que c’est frustrant ? Oui. J’ai manqué beaucoup de chances, mais toute l’équipe aussi. Il faut juste travailler à finir nos jeux. Il ne nous en manque pas beaucoup, mais ça fait partie du hockey. Un revirement peut mener à un but adverse.

Charles Hudon

[Notre succès] est un peu inattendu. Les gens n’avaient aucune attente à notre égard. Tout le monde nous plaçait derniers, alors tout ce qu’on peut faire, c’est surprendre. C’est ça, notre motivation.

Jean-Gabriel Pageau

[Pageau] est l’un des centres défensifs les plus sous-estimés de la LNH. Il garde les choses simples et fait toujours du bon travail.

Brady Tkachuk

Ce n’était pas le plus beau hockey du monde, mais on a persévéré. On savait qu’ils allaient sortir fort à la maison, mais on s’en est sorti à 0-0 [en première période]. On était venus ici pour gagner.

Mark Borowiecki