Ça brasse à Toronto. Pour la première fois de son illustre carrière, le job de l'entraîneur de 6,2 millions par année, Mike Babcock, est remis en question. 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les Leafs ont perdu leurs cinq derniers matchs. Ils comptent deux victoires en temps réglementaire à leurs quinze dernières parties. 

Leur fiche de 9-9-4 les place au 10e rang dans l’Association de l’Est. Ils sont à seulement deux points de la dernière place donnant accès aux séries éliminatoires, mais avec deux matchs de moins à disputer que son occupant, les Flyers de Philadelphie. 

Toronto se classe 23e au chapitre des buts alloués par match (3,41), 21e en supériorité numérique avec un taux de succès de 16,7% et 25e en infériorité numérique avec un taux d’efficacité de 75%. L’attaque n’est pas trop mal, au 12e rang avec une moyenne de 3,18 buts marqués par match, mais on s’attendait à mieux.

La défaite de 6-1 à Pittsburgh, samedi, sans Sidney Crosby en uniforme pour les Penguins par surcroît, a provoqué une explosion de colère dans la Ville-Reine. Toronto venait d’accorder vingt buts à ses quatre dernières rencontres. 

PHOTO GENE J. PUSKAR, ASSOCIATED PRESS

Les Maple Leafs de Toronto ont subi une défaite de 6-1 contre les Penguins de Pittsburgh, samedi.

Pour ses détracteurs, la réputation de Babcock est surfaite. Il a gagné la Coupe Stanley à Detroit en 2007-2008, atteint la finale l’année suivante, mais après la retraite du défenseur Nicklas Lidstrom en 2012, Babcock et les Red Wings ont franchi la première ronde une seule fois en trois ans. 

Ses dernières années à Detroit marquaient le déclin d’une grande organisation, et ses premières saisons à Toronto visaient à reconstruire une équipe en pleine déroute. Avec pour résultat net aucune victoire en séries éliminatoires à ses six dernières années, peut-être une septième ce printemps. 

Quant à ses médailles d’or olympiques en 2010 et 2014, ses critiques les plus sévères affirment qu’il avait tous les outils en main pour gagner avec dans sa formation les Crosby, Bergeron, Toews, Getzlaf, Tavares, Doughty, Weber, Pietrangelo, Keith, Price, Brodeur et compagnie. 

PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mike Babcock derrière le banc d'Équipe Canada en 2016, avec Brad Marchand (63), Sidney Crosby (87), Patrice Bergeron (37) et Jonathan Toews (16).

«Il y a une seule solution possible pour sauver la saison, congédier Mike Babcock, écrit Michael Traikos, du Toronto Sun. Le club a trop de talent et de profondeur pour rater les séries.» 

Craig Button, de TSN, semble du même avis: Mike Babcock est le seul coupable. 

Babcock a évidemment ses torts. Mais il n’est pas le seul à blâmer. Le DG Kyle Dubas lui a fait un cadeau empoisonné en embauchant John Tavares sur le marché des joueurs autonomes il y a deux ans. Dubas a fait des jaloux au sein de l’équipe en couvrant Tavares d’or. Il est au moins aussi difficile de gérer des égos que de motiver une bande de joueurs affamés. 

Dubas n’a pas réussi non plus à améliorer la défense. Même avec sept marqueurs de 20 buts ou plus l’an dernier, les 47 buts de Tavares et les 94 points de Marner, les Leafs ont terminé la saison avec seulement quatre points de plus que le Canadien. 

Le temps presse à Toronto. L’équipe est déjà coincée par la masse salariale et trois de leurs quatre premiers défenseurs, Tyson Barrie, Jake Muzzin et Cody Ceci deviendront joueurs autonomes sans compensation à la fin de la saison.

Barrie est en mode panique. Il a six aides en 22 matchs, avec une fiche de -10, et il voit les dollars s’envoler en fumée en prévision de son prochain contrat. 

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Tyson Barrie

Son utilisation au sein de la deuxième unité en supériorité numérique avec Jason Spezza, Nic Petan, Zach Hyman et Kasperi Kapanen ne doit guère l’enchanter. Barrie a amassé 57 et 59 points à ses deux dernières années à Denver. Parions qu’il ne se trouve pas dans le camp de Babcock. 

Alexander Ovechkin leur avait fait la leçon à la fin octobre lors d’une visite des Leafs à Washington. «Ils sont encore très jeunes. J’espère qu’ils apprendront. C’est à eux de choisir leur destin, avait déclaré le capitaine des Capitals aux journalistes. Ils doivent déterminer s’ils veulent jouer pour eux ou s’ils veulent gagner la Coupe Stanley. S’ils visent la Coupe, ils doivent modifier leur façon de jouer.»

Quand on vous parlait de la difficulté pour Mike Babcock de gérer des égos…

Les Leafs ont entamé leur reconstruction en 2014, avec la nomination du président Brendan Shanahan. Si les choses ne se replacent pas, leur ascension pourrait prendre fin sans même avoir remporté une ronde de séries éliminatoires en six ans. 

Ils ont perdu leur choix de première ronde en 2019 dans l’échange de Muzzin, sans compter les jeunes Sean Durzi et Carl Grundstrom. Ils ont aussi sacrifié un choix de première ronde en 2020 pour se débarrasser de Patrick Marleau et ainsi alléger leur masse salariale. Difficile en pareilles circonstances de se régénérer. 

Si le repêchage avait lieu ce matin, Toronto aurait la huitième place en prévision de la loterie avec 6% de chances d’obtenir le premier choix au total. Mais ce choix cédé aux Hurricanes est protégé. Si Toronto obtient l’un des dix premiers choix au repêchage, il peut céder son choix de première ronde en 2021 au lieu de celui de 2020. 

Cet échange forcé par des impératifs salariaux demeure néanmoins un fiasco. Et en accumulant les décisions douteuses depuis deux ans, on se demande pourquoi les regards ne se tournent pas vers Kyle Dubas également…

À lire

Très amusant exercice de Guillaume Lefrançois ce matin. Il isole quelques statistiques après un quart de saison et se demande si elles tiendront la route: 100 points pour le Canadien? 80 points pour Tomas Tatar? 40 victoires pour Carey Price? Les impressions de Guillaume ici.