Contre Alex Ovechkin, John Carlson et les Capitals de Washington, Claude Julien réunira à nouveau Ben Chiarot et Shea Weber au sein d’une paire résolument défensive. Une expérience qui semble concluante depuis le début de l’année.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Au moment de dire oui au Canadien cet été, Ben Chiarot a eu une discussion avec Claude Julien. En gros, l’entraîneur lui a fait comprendre qu’il allait avoir deux partenaires de jeu cette saison : Jeff Petry la plupart du temps, et Shea Weber dans les moments les plus corsés.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

À l’aube de son 19e match dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Ben Chiarot affirme se sentir de plus en plus à l’aise avec sa nouvelle équipe, et il se dit prêt à relever tous les défis, y compris celui de contenir Alex Ovechkin vendredi soir.

À n’en point douter, le match de vendredi soir à Washington fait partie de la deuxième catégorie, et Chiarot va affronter les Capitals avec Weber à sa droite. Ce sera la troisième fois cette saison que ces deux défenseurs seront placés ensemble.

C’est le plan, ça a toujours été le plan, et aussi, il s’agit d’un plan qui fait très bien l’affaire du principal intéressé.

« On joue tous les deux un style de jeu qui est similaire, a expliqué Chiarot après l’entraînement de jeudi matin à Brossard. On retire tous les deux beaucoup de fierté à blanchir un trio adverse. Les deux, on préfère s’occuper en premier de notre propre territoire, nous ne sommes pas trop du genre à prendre des risques en attaque, même si Shea peut produire avec son tir et sur l’avantage numérique. »

Deux gros gars forts comme nous qui aiment jouer avec intensité, je crois que ça complique le travail d’un trio adverse.

Ben Chiarot

On peut présumer que la direction du Canadien avait fait ses devoirs au moment d’offrir à Chiarot un contrat de trois ans à une moyenne annuelle de 3,5 millions US cet été, peu après l’ouverture du marché aux joueurs autonomes. On peut présumer également que la direction avait vu Chiarot aller avec Dustin Byfuglien, autre défenseur gros format, alors qu’il était un membre des Jets de Winnipeg.

C’est, de toute évidence, le genre de formule à succès que le Canadien cherche à recréer ici avec le duo Chiarot-Weber.

« Shea et Dustin se ressemblent un peu, ils sont tous deux des joueurs de premier plan, répond le défenseur au numéro 8. Ils sont deux gros joueurs qui aiment le jeu physique et qui ont tous deux des lancers puissants. Mais les similitudes s’arrêtent là, parce que Buff allait toujours appuyer l’attaque et mon travail consistait à rester derrière, pour s’assurer d’avoir au moins un gars à l’arrière.

« Avec Shea, je sais que c’est lui qui va être à l’arrière et qui va se charger de l’aspect défensif. Ça se passe très bien jusqu’ici, surtout avec notre système, où les entraîneurs nous encouragent à aller appuyer l’attaque. Avec Shea, je n’ai même pas besoin de m’inquiéter, je sais qu’il va me couvrir derrière. »

Contenir Ovechkin

Ce qu’il faut donc comprendre, c’est que le duo Chiarot-Weber sera un duo d’occasion appelé à se réunir au moment jugé opportun. Et vendredi soir sera un de ces moments, puisque le Canadien aura en face de lui le trio d’Alex Ovechkin pendant 60 minutes.

« On verra cette situation-là contre certains adversaires, a confirmé Claude Julien jeudi. C’est quelque chose qu’on peut se permettre : quand on a employé cette stratégie auparavant cette saison, ça n’a pas affecté le rendement des autres duos. »

C’est simple : Ovechkin, il est gros et fort, et on va essayer de faire la même chose, en lui opposant des défenseurs qui sont gros et forts eux aussi.

Claude Julien

Chiarot, lui, affirme se sentir de plus en plus à l’aise avec sa nouvelle équipe, et il se dit prêt à relever tous les défis.

Y compris le défi que représente Alexander Ovechkin.

« Quand j’ai parlé à Claude cet été, c’était déjà entendu : quand on allait affronter un très bon trio, comme le premier trio des Bruins, il choisirait de me placer avec Shea pour essayer de former un duo capable de neutraliser ce trio-là. C’est le plan depuis le départ, et contre le trio d’Ovechkin, qui est plus gros et plus fort, ça tombe sous le sens de placer ensemble les deux plus gros défenseurs du club. »

Un chiffre inatteignable ?

PHOTO JEROME MIRON, USA TODAY SPORTS

Après le premier quart du calendrier, John Carlson (74) compte 30 points, et depuis octobre 2017, le défenseur des Capitals de Washington arrive 1er chez les défenseurs de la LNH avec 168 points en 182 matchs.

Arlington, Virginie — Les débuts de saison dans la LNH sont toujours marqués par des tendances folles, qui finissent généralement par s’estomper.

L’an passé, Mikko Rantanen était, après une trentaine de matchs, en voie de conclure la saison avec 100 passes, exploit qui a été réalisé par seulement trois joueurs, dans l’histoire de la LNH, dont un qui portait le 99. L’attaquant de l’Avalanche a finalement ralenti et a fini la campagne avec « seulement » 56 passes.

Cette saison, c’est vers John Carlson que les yeux se tournent. Vendredi soir, il disputera son 21e match de la saison, à l’occasion du duel Canadien-Capitals. Après le premier quart du calendrier, Carlson compte 30 points. S’il maintient son rythme actuel sur 82 matchs, il terminera la saison avec… 123 points !

Vous a-t-on dit que Carlson joue à la position de défenseur ? Parce que le dernier joueur qui évoluait à la ligne bleue et qui a atteint la marque des 100 points s’appelle Brian Leetch. C’était en 1991-1992, à l’époque où les Penguins de Pittsburgh étaient les champions en titre du circuit Ziegler.

Karl Alzner est peut-être biaisé. Lui et Carlson ont été repêchés à un an d’écart, ont poussé ensemble dans l’organisation des Capitals, s’y sont établis à temps plein la même année (2010-2011), ont été voisins, partenaires de covoiturage et, maintenant, sont rivaux de pool de football.

N’empêche, Alzner connaît aussi Carlson comme s’il l’avait tricoté, et il est persuadé que si un défenseur atteint le chiffre magique, ce sera le numéro 74 des Capitals.

« Je ne crois pas qu’il y ait un autre défenseur aussi complet que lui », nous explique le défenseur du Rocket de Laval.

S’il y parvient, j’espère qu’il obtiendra enfin de la reconnaissance, car il est excellent depuis des années. J’ai l’impression qu’il a fallu que les Capitals remportent la Coupe Stanley pour qu’on le remarque.

Karl Alzner

Alzner n’a pas tort. Depuis octobre 2017, Carlson est 1er chez les défenseurs de la LNH avec 168 points en 182 matchs, devant Brent Burns (167 points). Mais au scrutin pour le trophée Norris, Carlson n’a jamais dépassé le 4e rang.

Mais voilà, plusieurs grands talents sont condamnés à rester dans l’ombre d’une supervedette. C’était vrai pour Andrew Ridgeley derrière George Michael. Ce l’a assurément été pour Carlson derrière Alexander Ovechkin.

De Carlzner à Carlson

Alzner et Carlson ont fait la pluie et le beau temps chez les Capitals. Le gardien Braden Holtby, qui a d’ailleurs reçu Alzner lors d’un souper de groupe le printemps dernier, semble encore nostalgique. « Ils ont tellement joué ensemble. Ça serait bien qu’ils soient encore ensemble, nous expliquait-il, à voix basse, dans le vestiaire des Capitals après l’entraînement optionnel de jeudi. Mais les choses changent. »

PHOTO GEOFF BURKE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Karl Alzner et John Carlson (74) ont fait la pluie et le beau temps chez les Capitals de Washington. La complicité des deux défenseurs était telle que le duo avait un surnom : Carlzner.

Les deux étaient d’excellents joueurs, avec différents atouts, et ils étaient complémentaires.

Braden Holtby, à propos de Karl Alzner et John Calson

La complicité des deux défenseurs était telle que le duo avait un surnom : Carlzner. Des partisans avaient même créé un chandail avec ce nom et le numéro 274 (le 27 d’Alzner et le 74 de Carlson).

«  C’était rigolo. Un peu comme Meat et KK [Victor Mete et Jesperi Kotkaniemi], avec les blagues de Mint, explique Alzner. C’était le genre de blague qui ralliait le groupe. »

Les deux comparses portaient même leur chandail dans le vestiaire. « Karl est un gars le fun, qui aime rigoler. Il aime la vie, il aimait ce genre de chose », se souvient Holtby.

Alzner conserve de bons souvenirs de cette époque, même s’il avoue ne pas avoir gardé le chandail. « C’est parti dans la pile de dons ! C’était drôle quelques fois, mais à l’aréna, c’est quand même important de porter les vêtements de l’équipe. »

Un tir redoutable

Les carrières des deux joueurs sont aujourd’hui aux antipodes. Alzner est coincé dans la Ligue américaine et son aventure avec le Canadien pourrait fort bien se terminer par un rachat de contrat.

Carlson, lui, est devenu un des meilleurs à sa position. Invité au dernier match des Étoiles, il y a remporté le concours du tir le plus puissant, avec une frappe à 102 milles à l’heure.

Et ironiquement, Holtby estime que c’est parce qu’il se sert moins de ce tir qu’il éclôt offensivement.

Il ne se fie plus autant à la vélocité de son tir. Il essaie plutôt de trouver des trous, des écrans, des déviations. Il cache ses intentions pour être imprévisible.

Karl Alzner

« Il n’a plus besoin de défoncer le filet pour marquer. Regardez Erik Karlsson et Brent Burns : ils ne marquent pas toujours avec le gros tir frappé. Ils cherchent les lames des bâtons, ou des moments où le gardien a la vue voilée. »

Après examen, on note d’ailleurs que Carlson a inscrit seulement trois de ses huit buts cette saison sur des tirs frappés.

« Il a aussi un excellent tir des poignets, note Alzner.

« Je ne regarde pas beaucoup de matchs, mais je suis les Capitals de très près et je regarde toujours les faits saillants. Il a ce sixième sens pour savoir quoi faire offensivement. Quand je jouais avec lui, j’aimais l’observer, car j’essayais d’en apprendre un peu, de comprendre son synchronisme. Il s’améliore d’année en année. Ma mâchoire tombe quand je le regarde jouer ! Ça fait peur de penser qu’il n’a pas encore 30 ans. »

Vendredi soir, les regards seront évidemment tournés vers Ovechkin, car aucun autre joueur de la LNH n’a marqué aussi souvent que lui contre Carey Price. Mais il faudra certainement garder John Carlson à l’œil.

Dans le calepin

Price vendredi soir, mystère pour samedi

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Carey Price (31) et Keith Kinkaid (37)

C’est Carey Price qui va affronter les Capitals vendredi soir à Washington, mais on ne sait toujours pas qui va affronter les Devils du New Jersey au Centre Bell samedi soir. D’ordinaire, les séries de deux matchs en deux soirs signifient une garde partagée du filet, mais avec Price qui est en feu ces jours-ci, et avec le début de saison somme toute ordinaire de l’auxiliaire Keith Kinkaid, il n’y a plus rien de certain. « Nous allons observer la charge de travail de Price, a expliqué Claude Julien. S’il fait face à seulement 10 tirs [vendredi soir], ce qui serait étonnant, et ensuite en considérant qu’il a eu congé d’entraînement [mercredi], est-ce que nous allons le ramener pour un deuxième match en deux soirs ? Nous allons y penser. »

Kotkaniemi est (presque) prêt

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi

Jesperi Kotkaniemi a raté les six derniers matchs du Canadien en raison d’une blessure à l’aine, mais il devrait recevoir sous peu le OK des médecins et devrait être en mesure de jouer vendredi ou samedi. L’entraîneur Claude Julien a toutefois tenu à dire que le jeune attaquant finlandais n’allait prendre part qu’à une seule des deux prochaines rencontres, parce que l’équipe ne veut rien précipiter dans son cas et préfère jouer la carte de la prudence.