À l’entraînement du Canadien mercredi, nulle trace de Carey Price. Keith Kinkaid défendait donc un filet, et le gardien des Éperviers de Sorel-Tracy Karel St-Laurent protégeait l’autre but.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Si le nom de St-Laurent n’est guère connu des partisans, il l’est dans l’entourage de l’équipe. L’ancien des Sea Dogs de St-Jean est invité de temps à autre pour des entraînements, au point où lui et les joueurs s’échangeaient quelques taquineries dans le vestiaire mercredi. C’est là une conséquence prévisible de l’hiver dernier, quand Price a connu une séquence où il a participé à 28 des 29 matchs de son équipe. Dans les circonstances, Price avait souvent droit à des congés d’entraînement.

La saison est encore jeune, mais Price est de nouveau en voie d’être occupé. Il a obtenu 15 des 18 départs du CH cette saison. On consulte nos notes de cours de maths 436 pour calculer que Kinkaid n’a obtenu que trois départs.

Au rythme actuel, Price terminerait donc la campagne avec 68 départs, contre seulement 14 pour Kinkaid. On est loin des 25 matchs « dans un monde idéal » que disait souhaiter l’entraîneur des gardiens Stéphane Waite l’été dernier.

« Ce n’est pas le nombre idéal. On va travailler là-dessus pour descendre son nombre de départs », a reconnu Marc Bergevin, en conférence de presse mercredi.

La charge de travail de Price fait déjà l’objet d’une gestion minutieuse, même si la saison est à peine vieille d’un mois. Le Tricolore a eu congé d’entraînement vendredi et dimanche derniers. Pour Price, mercredi était donc un troisième congé en six jours. Et il aura théoriquement droit à un autre repos vendredi ou samedi, quand le CH disputera deux matchs en deux soirs, si Claude Julien donne bel et bien un départ à Kinkaid. Et il y a un congé inscrit à l’horaire dimanche.

Le problème, c’est que le Tricolore doit disputer 14 séries de deux matchs en deux soirs cette saison et à l’heure actuelle, Kinkaid a seulement joué dans ces circonstances. Si l’idée est que Kinkaid atteigne les 25 matchs, ça signifie donc que l’auxiliaire devra aussi jouer quand l’équipe a congé la veille et le lendemain.

Départ difficile

Cela dit, Price a trouvé son rythme dernièrement, tandis que Kinkaid se cherche. Or, on n’erre pas trop en affirmant que l’auxiliaire a été plutôt moyen dans deux de ses trois sorties (à Buffalo et à Vegas). À son autre départ, au Minnesota, Bergevin l’a jugé « excellent », mais le reste de l’équipe était à plat. Montréal s’était incliné 4-3.

« Mon meilleur match est probablement celui qu’on a perdu en temps règlementaire [au Minnesota]. Les choses ont tendance à s’égaliser en cours de saison, rappelle Kinkaid. Tu peux aussi jouer des matchs moyens et gagner. L’important, c’est d’aller chercher la première victoire et ensuite, t’espères qu’elles viennent plus facilement. »

Statistiquement, ça se traduit par une fiche de 1-1-1, une moyenne de 4,35 et une efficacité de ,879. La situation illustre bien le côté ingrat du métier de gardien auxiliaire. Les occasions de se faire valoir sont rares, si bien que les entraîneurs bénéficient d’un échantillon bien mince pour l’évaluer. Et quand l’échantillon est mince, les mauvaises performances pèsent lourd.

« Numéro 2, c’est une position difficile, surtout derrière Carey Price, à cause du nombre de matchs qu’il joue. Mais je pense qu’il réalise qu’il doit encore s’améliorer, qu’il doit amener son niveau de jeu un peu plus haut. Et je pense qu’il va le faire », a estimé Bergevin.

Kinkaid refuse de tirer de grandes conclusions, justement parce qu’il a très peu joué. « Ce ne sont que trois matchs. J’espère en jouer entre 20 et 25. Les gens peuvent juger après trois matchs, mais je pense que ce sera plus facile de m’évaluer quand j’aurai trouvé mon rythme. »

Ce début de saison s’ajoute cependant à ses performances de l’an dernier sur 41 matchs. Il avait alors présenté une fiche de 15-18-6, une moyenne de 3,36 et une efficacité de ,891 chez les Devils. À long terme, la tendance devient inquiétante.

Décisions à venir

Le Canadien disputera ses quatre prochains matchs dans le cadre de deux séries de deux matchs en 24 heures :

Vendredi le 15 à Washington

Samedi le 16 contre le New Jersey

Mardi le 19 à Columbus

Mercredi le 20 contre Ottawa

Sur papier, le duel de samedi semble tout indiqué pour Kinkaid, puisqu’il aura lieu contre son ancienne équipe. Mais tel que souligné plus haut, Price obtient suffisamment de congés d’entraînement pour intégrer plusieurs matchs à son horaire. À moins évidemment qu’il se fasse cribler de 45 rondelles vendredi à Washington, un scénario pas exactement farfelu vu le punch à l’attaque des Capitals.

« Ça fait deux semaines et demie que je regarde le calendrier !, lance Kinkaid en riant. Mais quand tu joues derrière un des meilleurs gardiens, tu ne sais jamais ce qui va arriver. On ne veut pas prendre les décisions trop longtemps en avance. Carey a été extraordinaire. Sa mitaine est en feu. J’ignore ce qui va se passer, mais quand j’aurai mon prochain départ, je voudrai bâtir sur mon dernier match, puisque c’était une victoire. J’en veux une autre. »

C’est à souhaiter, pour Bergevin, que Kinkaid accumule les victoires et les bonnes performances. L’an passé, la tenue d’Antti Niemi faisait partie des facteurs qui expliquaient l’exclusion des séries du Canadien. Les difficultés de Price en début de saison aussi, mais ce sont des situations qui se gèrent différemment. Price a fini par retrouver ses repères.

Malgré le fait que plusieurs gardiens auxiliaires étaient disponibles à la date limite des transactions, Bergevin avait sauté son tour. Quand une équipe est éliminée de la course aux séries après 81 matchs, ces petites décisions refont surface.

Ce sera à Kinkaid de s’assurer que son DG n’ait pas le même dilemme que l’an dernier. D’autant plus que contrairement à l’an dernier, il a une option intéressante à l’interne du nom de Cayden Primeau. Or, dans un monde idéal, il serait préférable que Primeau poursuive son développement dans la Ligue américaine, sans brûler les étapes.