Ryan Poehling vient d’être rétrogradé à Laval et personne ne déchire sa chemise ce matin.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

L’abondance de jeunes joueurs de talent au sein de l’organisation sert non seulement le Canadien, mais aussi le jeune homme. 

Imaginez seulement si les besoins du CH au centre avaient été criants, comme ce fut le cas il y a quelques années. Poehling aurait été attendu comme un sauveur et ses performances en demi-teinte cet automne auraient amèrement déçu. 

Et le jeune homme aurait ressenti une pression supplémentaire si on lui avait ouvert d’emblée l’un des trois premiers postes de centre à l’aube du camp d’entraînement. 

Mais il y avait déjà Phillip Danault, Max Domi et Jesperi Kotkaniemi, sans oublier le vétéran Nate Thompson, embauché pour une saison supplémentaire. Kotkaniemi tarde à produire, puis se blesse? Pas de soucis, on sort une autre carte de son jeu, Nick Suzuki. 

Le jeune homme obtenu pour Max Pacioretty a disputé un autre match inspiré hier. Il a obtenu une aide - une passe lumineuse - sur le but égalisateur et remporté 62% de ses mises en jeu. 

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Nick Suzuki (14) a disputé un autre match inspiré hier soir.

Kotkaniemi reviendra vraisemblablement au jeu vendredi. Lui non plus n’aura pas la pression de sauver son club. Il jouera d’abord pour s’accrocher à la formation, non pas pour combler une nécessité au sein du groupe. 

La hiérarchie au centre a le temps de changer mille fois ces prochaines années. Rappelez-vous, en janvier. Kotkaniemi était un régulier dans la formation du Canadien. Poehling était auréolé de gloire au Championnat mondial junior en méritant le titre de joueur par excellence du tournoi au sein de l’équipe américaine. Suzuki, lui, avait offert une performance ordinaire avec le Canada. Il avait obtenu trois passes en cinq matchs, pour le 12e rang des compteurs de son équipe. Mais à l’heure actuelle, il détient la pole.

Le même principe d’abondance de talent s’applique à la défense, du côté droit. Certains nous vantaient le défenseur droitier Josh Brook a répétition depuis quelques mois, après sa saison de 75 points en 59 matchs dans les rangs juniors. Mais ce choix de deuxième ronde en 2017 a montré de nombreuses failles dans son jeu lors des matchs préparatoires. Noah Juulsen, premier choix de l’équipe en 2015, un régulier en début de saison dernière, a été victime d’une rechute de sa vilaine blessure au visage au début du camp d’entrainement. 

Qu’importe, Cale Fleury, troisième choix en 2017, a connu un gros camp après une saison sous les conseils de Joël Bouchard avec le Rocket de Laval. Fleury, 20 ans seulement, fait encore parfois des erreurs de jeunesse, mais sa robustesse ajoute un élément important au Canadien. 

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Cale Fleury

Juulsen est revenu au jeu depuis et sa présence semble stabiliser la défense du Rocket. Brook a seulement deux aides en quinze matchs, mais on travaille à améliorer son jeu défensif. Rien ne presse dans les deux cas. 

Placer un jeune dans une situation de pression alors qu’il n’est pas encore prêt ne sert personne. Les Oilers d’Edmonton peuvent en témoigner aujourd’hui. Les Sabres de Buffalo aussi. Ils ont «brûlé» des jeunes ainsi en leur confiant de trop grandes responsabilités trop tôt. Ou encore en leur accordant des postes par défaut, qu’ils n’avaient pas mérité. Mais ils n’en avaient pas d’autres. 

L’abondance d’espoirs de talent, du jamais vu dans les décennies récentes, mais aussi l’éclosion des Danault et Domi au centre, entre autres, permet au Canadien d’être plus patient et d’y aller par étapes (quoiqu’il serait peut-être temps de replacer Domi à l’aile, mais ça sera pour une autre chronique...).

Poehling n’a pas à rougir de cette rétrogradation. À peine cinq joueurs de cette cuvée 2017 ont un impact majeur avec leurs formations respectives: Nico Hischier (1er choix au total), Elias Pettersson (5e choix au total), Cale Makar (4e choix au total), Miro Heiskanen (3e choix au total) et Martin Necas (12e choix au total).

À compter du neuvième rang de sélection, 17 des 23 joueurs choisis sont toujours dans les mineures ou blessés à long terme (Poehling a été repêché au 25e rang). 

On peut évidemment mettre encore plus facilement les choses en contexte avec les joueurs de la cuvée 2018. Jesperi Kotkaniemi est l’un des quatre seuls joueurs de ce repêchage à avoir disputé au moins 25 matchs dans la LNH, et l’un des dix inscrits sur les listes des 23 joueurs d’une formation de la Ligue nationale à l’heure actuelle. 

Le Canadien a une fiche de 10-5-3 ce matin, au deuxième rang de sa division, possède un beau mélange de jeunesse et d’expérience, et la banque d’espoirs est pleine. L’équipe n’est pas à l’abri d’une dégringolade, évidemment, mais avouez que l’avenir regarde bien, quand même…

À lire

Tomas Tatar - et le collègue Guillaume Lefrançois le souligne avec justesse - a joué un match à l'image de sa saison hier: un gros jeu en fin de rencontre qui a sauvé une performance décevante de sa part. Tatar a beau occuper le premier rang des compteurs de l'équipe sur un pied d'égalité avec Jonathan Drouin (15 points en 18 matchs), il ne joue pas aussi bien que l'an dernier.