Le matin même où John Tortorella vantait son centre numéro un Pierre-Luc Dubois, hier au Centre Bell, Jesse Puljujarvi annonçait son intention de demeurer tout l’hiver en Finlande.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les destins des deux jeunes hommes sont liés. Puljujarvi demeure l’un des cas les plus intrigants du formidable repêchage de 2016, et les Oilers d’Edmonton en ont payé le prix. Le choix de Dubois par les Blue Jackets de Columbus, un rang devant Puljujarvi, a semé l’émoi dans le KeyBank Center de Buffalo. 

Comme quoi l’art de prédire l’avenir de jeunes joueurs de 18 ans demeure une science inexacte. 

Puljujarvi occupait le troisième rang sur la plupart des listes des observateurs derrière Auston Matthews et Patrik Laine à l’aube de ce repêchage. 

Ce Finlandais semblait avoir tous les atouts: gros ailier de 6 pieds 4 pouces et 200 livres. Un total ahurissant de 17 points en seulement 7 matchs au Championnat mondial junior. Vingt-huit points en cinquante matchs contre des hommes de la Ligue d’élite de Finlande à seulement 17 ans. 

Tout semblait le lier aux détenteurs du troisième rang au repêchage, les Blue Jackets de Columbus, les adversaires du Canadien ce soir au Centre Bell, menés par un DG Finlandais, Jarmo Kekalainen, et son directeur du recrutement et compatriote Ville Siren. 

Dubois avait obtenu 99 points, dont 42 buts, en 62 matchs avec les Screaming Eagles du Cap Breton, mais il n’avait pas un profil aussi relevé. Il n’avait pas été retenu par l’équipe canadienne en prévision du Championnat mondial junior et ne figurait pas au sein du top 5 d’une majorité de listes de recrutement à la mi-saison.

Siren a avoué quelques années plus tard en entrevue avec theathletic.com être nerveux en se présentant sur l’estrade ce jour-là, et pas seulement en raison de la taille de la foule et de son accent finlandais prononcé. 

«Je savais que nous serions critiqués en Amérique du Nord et en Finlande. Personne ne s’attendait à ça. Nous avons fait ce qu’une majorité d’équipes n’auraient pas fait. Nous avions ce sentiment. Nous savions qui nous voulions choisir. Mais je savais en annonçant ce choix que nous aurions une réaction.»

Siren et son bras droit Chris Morehouse ont vite été séduits par le jeu de Dubois à son année de repêchage, mais Kekalainen n’était pas vendu au départ, raconte-t-on dans l’article. Mais Siren et Morehouse ont insisté. Ils ont supplié leur DG d’assister à quelques matchs supplémentaires des Screaming Eagles. «Puis, j’ai vu…», a confié Kekalainen.

La décision finale a interloqué bien des gens. Puljujarvi était Finlandais comme les dirigeants des Blue Jackets. Sa carte de visite demeurait impressionnante. Mais le premier DG européen de l’histoire de la LNH et son adjoint savaient vraisemblablement des choses sur Puljujarvi que les autres ignoraient.  

Le DG des Oilers à l’époque, Peter Chiarelli, s’est empressé d’échanger Taylor Hall pour obtenir du renfort en défense après avoir repêché Puljujarvi. Celui-ci allait devenir l’ailier rêvé pour Connor McDavid, croyait-il. Le scénario ne s’est pas matérialisé.

Après trois années professionnelles difficiles en Amérique du Nord, ballotté entre Edmonton et Bakersfield, le club-école des Oilers en Californie, Puljujarvi a choisi d’entamer la saison en Finlande cette année en attendant un échange. 

L’arrivée de nouveaux dirigeants, le DG Ken Holland et l’entraîneur Dave Tippett, ne l’ont pas convaincu à rester. Il aurait pourtant pu profiter d’un nouveau départ avec la nouvelle garde et apprendre de ces deux hommes d’expérience. 

Holland n’a toujours pas reçu d’offre satisfaisante pour Puljujarvi. La patience est maîtresse dans un tel cas. Le jeune homme semble avoir retrouvé ses repères à Karpat. La barrière de la langue n’est évidemment plus un obstacle. Ni le mal du pays. Puljujarvi a déjà 20 points, dont 11 buts, en 18 matchs, avec une fiche de +17. Seulement quatre joueurs en Finlande ont plus de points que lui. 

PHOTO REUTERS

Jesse Puljujarvi

Holland devait se rendre à Helsinki ce dernier weekend pour voir Puljujarvi à l’œuvre à la Karlaja Cup, mais il a annulé son voyage quelques jours auparavant.

Certaines rumeurs lient Puljujarvi aux Rangers. Ceux-ci comptent aussi quelques espoirs décevants, parmi lesquels Lias Andersson, sixième choix au total en 2017. 

Si jamais Puljujarvi changeait de décision et voulait revenir dans la LNH cette saison, il devra signer un nouveau contrat d’ici le 1er décembre, puisqu’il est toujours joueur autonome avec compensation.

Holland ne veut sûrement pas gaspiller un espoir de cette trempe comme Peter Chiarelli l’a fait avec Nail Yakupov. Chiarelli avait attendu quatre ans avant de se résoudre à échanger ce premier choix au total en 2012. Il a obtenu en retour un joueur de la East Coast League et un choix de troisième ronde des Blues pour lui. Yakupov est rentré en Russie l’an dernier. Il a 6 points en 20 matchs dans la KHL cet automne…

Dubois est le meilleur compteur des Blue Jackets avec 11 points en 17 matchs. Il a amassé 61 points, dont 27 buts, l’an dernier. 

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J'ai toujours ressenti un profond malaise à voir mes collègues se précipiter vers les téléviseurs de la salle de presse du Centre Bell aux entractes pour écouter Don Cherry. Je l'ai toujours trouvé méprisant envers non seulement les francophones (sauf Guy Lafleur, qui avait triomphalement éliminé ses Bruins à la fin des années 70), mais aussi des Européens. Sa volonté de promouvoir la violence et les bagarres me puaient aussi au nez. J'avais passé une vingtaine de minutes seul avec lui à Toronto il y a une vingtaine d'années pour une interview dans La Presse. J'avais découvert un homme charmant et posé, bien différent du personnage télévisuel. Mais ses propos au cours des décennies suivantes demeuraient toujours inacceptables à mes yeux. La chronique d'Alexandre Pratt aujourd'hui sur ce grand narcissique est parfaite à mes yeux.