Marc Bergevin a beau avoir désormais un hambourgeois nommé en son honneur, il n’en demeure pas moins qu’il divise profondément les amateurs de hockey. Le travail de directeur général du Canadien étant ce qu’il est, Bergevin aura toujours son contingent de détracteurs.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Pour certains, c’est le développement des joueurs qui a trop longtemps piétiné. Pour d’autres, c’est le contrat de huit ans accordé à Carey Price, qui s’ajoute à celui de Shea Weber, acquis dans une certaine transaction. Ces derniers mois, ce sont plutôt les trois exclusions des séries en quatre ans qui suscitent les critiques.

Mais une chose qui pourra difficilement lui être reprochée, c’est son bilan en matière de transactions. Plus souvent qu’à son tour, il est parvenu à dénicher des joueurs utiles à un prix modique. Ses rares coups d’épée dans l’eau ne lui ont guère coûté cher. Les derniers en date sont assurément ceux de la date limite des transactions de 2017, quand il a acquis Steve Ott, Dwight King et Andreas Martinsen.

Depuis ce temps, l’unique transaction qui menaçait de lui sauter au visage – Mikhail Sergachev contre Jonathan Drouin – demeure dure à évaluer. Drouin connaît certes une carrière en montagnes russes, mais Sergachev est, encore cette saison, le 5e défenseur du Lightning au chapitre des minutes de jeu.

Du reste, Bergevin a donné très peu aux autres formations du circuit.

Bilan positif

La visite des Kings samedi soir constitue justement un rappel de ces bons coups de Bergevin. Le 11 février dernier, le Tricolore allait ainsi dénicher Thompson à Los Angeles. Le prix à payer : une inversion des 119e et 138e choix au dernier repêchage.

Depuis son arrivée, Thompson est employé en moyenne 13 minutes par match, ce qui fait de lui un centre de quatrième trio de luxe, qui permet à son équipe de gagner du temps, en attendant que la situation derrière Phillip Danault et Max Domi se clarifie.

En fait, si on prend la date limite des transactions de 2017 comme point de départ, Thompson est un des 10 joueurs de la formation actuelle acquis dans un échange. Les autres (dans l’ordre où ils ont été acquis) : 

• Jordan Weal

• Christian Folin

• Brett Kulak

• Tomas Tatar

• Nick Suzuki

• Joel Armia

• Max Domi

• Mike Reilly

• Jonathan Drouin

On retrouve dans ce groupe la totalité du deuxième trio cette saison (Drouin, Domi, Armia), un ailier productif (Tatar), un défenseur qui a joué un rôle inattendu l’an dernier (Kulak) et un des meilleurs espoirs de l’organisation (Suzuki).

En revanche, seulement six joueurs cédés dans des transactions depuis l’hiver 2017 sont aujourd’hui dans la LNH. Il s’agit de : 

• Andrew Shaw

• Nicolas Deslauriers

• Max Pacioretty

• Alex Galchenyuk

• Nathan Beaulieu

• Mikhail Sergachev

Sergachev est en voie de devenir un défenseur du top 4. Pacioretty affiche un rendement de joueur de deuxième trio depuis son arrivée à Vegas (26-28-54 en 83 matchs). Depuis son départ, Galchenyuk (19-25-44 en 79 matchs) produit à un rythme inférieur de celui qu’il avait à Montréal. Shaw est quant à lui redevenu un employé de troisième trio, ce qu’il a été toute sa carrière à l’exception de son embellie de l’an dernier. Dans son cas, cependant, son apport se mesurait aussi par l’énergie et le leadership qu’il offrait.

La Presse a en outre additionné la production dans la LNH des joueurs acquis et échangés par le CH depuis l’hiver 2017, y compris ceux qui ne sont plus dans le circuit Bettman. Là aussi, les résultats sont à l’avantage de Montréal.

Fiche combinée des 17 joueurs acquis

152 buts, 250 passes, 402 points en 871 matchs

Fiche combinée des 20 joueurs cédés

78 buts, 161 passes, 239 points en 634 matchs*

* Nous avons exclu les neuf matchs d’Al Montoya à Edmonton, puisqu’il s’agit de statistiques offensives.

Bergevin n’a pas non plus conclu ces transactions en pigeant dans les choix de repêchage, puisqu’il n’a sacrifié aucun choix dans les trois premiers tours pour obtenir des joueurs établis.

En fait, la seule transaction qu’il a officiellement perdue est celle qui lui a permis d’acquérir David Schlemko. Pas en raison du prix payé (un simple choix de 5e tour), mais parce qu’il s’est empêtré dans un mauvais contrat pour obtenir un joueur qui a donné 55 matchs de rien du tout.

Ce que ces données démontrent, c’est que les recruteurs professionnels ont fait du bon boulot en ciblant des joueurs sous-utilisés ou pris dans des contextes défavorables. Ils ont estimé que Tatar n’était pas un joueur fini, que Domi avait besoin d’un environnement plus stimulant, qu’Armia pouvait en montrer davantage que s’il restait coincé derrière les excellents Patrick Laine et Blake Wheeler à l’aile droite à Winnipeg.

Ces transactions des dernières années de Bergevin s’ajoutent aux coups de génie de ses premières années, qui lui ont valu Jeff Petry et Phillip Danault.

Le revers de la médaille

Si son bilan est aussi bon, pourquoi diantre Bergevin n’a-t-il pas les clés de la ville ? demanderez-vous.

D’abord parce que ces acquisitions n’ont pas encore débouché sur une place en séries et que l’équipe n’a pas gagné de tour éliminatoire depuis 2015.

Ensuite parce que son bilan est moins reluisant dans les autres sphères. On l’a dit et redit : le marché des joueurs autonomes a rarement souri à Montréal ces dernières années. Dans l’incapacité d’attirer des joueurs d’impact sur le marché libre ou de retenir Alexander Radulov, l’équipe n’a d’autre choix que de procéder par transaction.

Mais surtout, c’est le résultat d’années difficiles au chapitre du recrutement amateur et du développement des joueurs, particulièrement en début de mandat. Le Lightning de Tampa Bay regorge de produits maison ; ses neuf meilleurs attaquants cette saison ont tous été repêchés ou développés par l’organisation. Dans ces circonstances, l’équipe n’a pas eu à s’aventurer sur le marché des transactions.

La réalité est tout autre à Montréal. Sur 20 joueurs en uniforme jeudi à Philadelphie, seulement six ont été repêchés par le Canadien, et les deux seuls joueurs d’impact du lot (Carey Price et Brendan Gallagher) ont été des choix des administrations précédentes.

C’est cet aspect que Bergevin souhaitera redorer au cours des prochains mois. Avec Suzuki, Jesperi Kotkaniemi, Ryan Poehling et une poignée d’espoirs intéressants en Europe, le DG n’a jamais eu autant de jetons dans ses mains. Reste à voir combien il en convertira.