Claude Julien vivait hier son 1200match dans la LNH. Ils sont très peu dans ce groupe sélect – 19, en fait. Sur tous les entraîneurs de l’histoire du hockey. Se rendre à 1200 matchs, c’est un exploit. Et l’exploit ne vient pas par hasard. Ça prend beaucoup de flair.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Julien a montré qu’il en avait dans cette victoire du Canadien de Montréal 5-4 sur les Bruins de Boston.

Pourquoi ? Parce qu’il a su reconnaître la situation, et qu’il a su apporter les changements nécessaires. Il a modifié ses duos défensifs : Ben Chiarot était avec Shea Weber, Victor Mete se retrouvait avec Jeff Petry. Et il a choisi Chiarot et Weber pour affronter David Pastrnak, Patrice Bergeron et Brad Marchand, probablement le meilleur trio de la LNH.

Un trio qui comptait 72 points en 14 matchs cette saison, et qui n’en a obtenu aucun à égalité numérique contre le Canadien. La décision pouvait sembler audacieuse au premier regard, mais force est d’admettre que Julien a frappé dans le mille.

« On l’a décidé [mardi] matin, mais personne ne me l’a demandé, a dit l’entraîneur-chef, sourire en coin. On s’est dit que nous allions ajouter de la robustesse. On voulait rendre leur vie difficile.

« Je donne beaucoup de crédit à mes défenseurs. Ben a eu besoin d’une période d’adaptation, il a eu des matchs difficiles au début, mais il est plus à l’aise dans notre stratégie d’équipe maintenant. C’était un match solide et il a aidé Weber et le trio de Danault pour arrêter l’un des meilleurs trios de la LNH. »

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Brendan Gallagher se fait insistant autour du filet de de Tuukka Rask.

Julien reconnaît qu’il a sacrifié de la mobilité et de la relance en jumelant les deux mastodontes. Mais il voulait s’assurer que Mete ne soit pas désavantagé physiquement contre une équipe énergique, qui profite de chaque petite occasion de revirement. 

Shea Weber et Ben Chiarot n’ont pas fait dans la dentelle, et en fin de compte, ils ont gagné leur pari.

Ce qui donne l’occasion de parler un peu plus de Chiarot. L’ancien des Jets de Winnipeg n’a pas convaincu tout de suite. On reconnaissait évidemment son gabarit impressionnant, il n’avait pas son pareil pour déblayer le devant du filet, mais il y avait tellement de lacunes dans son jeu. Hier, dans un rôle balisé, il a bien paru, et il a bien fait paraître son entraîneur.

« Nous sommes deux défenseurs bons en défense pour affronter leur meilleur trio, a dit Chiarot. Ils sont ingénieux. Ils peuvent faire de belles manœuvres dans des espaces restreints. Ils savent bouger la rondelle. Il faut les contenir et placer notre bâton sur la rondelle. Ils auront leurs chances, mais moi et Weber, avec le trio de Danault, nous avons bien fait pour éliminer leurs occasions. »

Et pendant que les deux faisaient leur boulot, le trio de Phillip Danault, Brendan Gallagher et Tomas Tatar faisait le sien, tout aussi bien. À un certain moment, ils dominaient leurs adversaires directs – on le répète, le meilleur trio de la LNH – au chapitre des tirs tentés par quatre contre un.

En fait, le trio de Danault s’assurait de garder la rondelle le moins longtemps possible dans son territoire. Le meilleur exemple de son efficacité est survenu au début de la deuxième période. Le trio de Danault dominait complètement celui de Bergeron, et l’attaquant des Bruins a écopé d’une pénalité parce qu’il était sous pression derrière son filet. Et ça, ça n’arrive pas souvent à l’un des joueurs les plus complets de la LNH.

« Les défenseurs étaient très actifs, a reconnu Danault. Ils étaient difficiles à affronter. Ils font mal, ce n’est jamais agréable de jouer contre eux. Weber et Benny, ce sont deux gros bonshommes. »

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David Pastrnak nuit au travail du gardien Carey Price.

La liberté de Mete

L’autre aspect de ce changement de formation de Julien est que Mete a trouvé une fabuleuse liberté offensive avec Petry à ses côtés. Il était de toutes les actions, il fonçait en zone offensive, il sortait la rondelle, il prenait des risques. Avec à la clé deux buts.

Vous avez bien lu, deux buts. Avec ses trois buts, il est désormais le meilleur marqueur parmi les défenseurs du Canadien cette saison. Fascinant revirement de situation pour celui qui a tellement longtemps cherché sa première réussite. Il faut dire, évidemment, que Mete avait le luxe de ne pas affronter le meilleur trio adverse.

« J’ai joué de la même manière qu’à tous les autres matchs, a assuré Mete. Je voulais seulement essayer de patiner un peu plus. Je l’ai fait. Nous sommes plus offensifs tous les deux, mais on se lisait bien. Sur mon premier but, on était tous les deux trop avancés en territoire des Bruins ! On aurait pu être dans le pétrin. »

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Brad Marchand trébuche près d’Artturi Lehkonen.

Cela dit, on salue le choix de Julien, le brio défensif de certains, l’éclosion offensive de Mete. Mais c’était loin d’être un succès sur toute la ligne. Le Canadien a dû prendre l’avance quatre fois dans le match avant de finalement réussir à la conserver. Mike Reilly et Cale Fleury ont redéfini la notion de soirée difficile. Le Canadien a trouvé le moyen de céder après seulement six secondes en désavantage numérique, son talon d’Achille cette saison. Ryan Poehling avait perdu de sa superbe.

Le reste de la victoire tient surtout à la chance. Une chance de quelques millimètres quand le but de Charlie Coyle a été annulé pour un hors-jeu. Le Canadien a fait 5-4 quelques minutes plus tard sur un but de Chiarot.

Chance, peut-être, mais un peu de flair aussi. Après tout, c’est Julien qui a tranché et choisi de contester le jeu quand peu auraient osé se mouiller. On le disait, on ne se rend pas à 1200 matchs derrière le banc par hasard.

Prochain match : Canadien c. Flyers, jeudi (19 h) à Philadelphie

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Claude Julien a contesté avec succès le but de Charlie Coyle.

« Je vais prendre la victoire »

La radio était silencieuse. Personne ne voulait se prononcer trop trop. […] Des fois, c’est clair. Quand c’est serré, ça devient la décision du coach. Je vais prendre la victoire. Avec ce que je voyais, j’y croyais.

Claude Julien au sujet de sa décision de contester de but de Charlie Coyle

On sait ce qu’il est capable de faire malgré son départ un peu lent. C’était un gros match, et il s’est présenté pour jouer le gros match. On compte sur lui pour la rapidité, mais il est aussi bon dans les deux sens de la patinoire.

Claude Julien au sujet du premier but cette saison de Paul Byron

C’est tôt dans la saison, mais c’est le signe d’une équipe qui ne baisse pas les bras, peu importe le pointage. On joue toujours de la même manière et on sera récompensés. On l’a été quelques fois cette saison.

Ben Chiarot au sujet des quatre fois où le Canadien a pris l’avance

Tout le monde me dit de rester productif, même si je n’avais qu’un but ! Ça me gardait motivé.

Victor Mete au sujet de ses deux buts

Nous pouvions monter en attaque. Chaque présence, l’un de nous était le quatrième attaquant. On bougeait la rondelle rapidement et on a bien fait à l’attaque ce soir.

Victor Mete au sujet de son duo avec Jeff Petry

Ne pas écoper de pénalités. Ils sont tellement bons. Leur but avait l’air tellement facile, mais ce n’était pas facile du tout. Ils y trouvent leur énergie. Ils peuvent marquer à tout moment.

Shea Weber au sujet du secret contre le meilleur trio des Bruins

Dieu merci, [Artturi] Lehkonen m’avait donné la rondelle dans l’enclave de l’autre côté, mais elle s’est retrouvée de notre côté rapidement. Quand tu affrontes une équipe comme celle-là, le vent peut changer de bord assez vite. Nous avons été chanceux.

Ryan Poehling au sujet du but refusé pendant qu’il était sur la glace

Certaines décisions vont en notre faveur, d’autres pas. Dernièrement, les décisions des arbitres n’ont pas été en notre faveur. […] Il y a hors-jeu ou il n’y en a pas. De toute évidence, ils cherchaient quelque chose. Quand j’ai vu que ça prenait autant de temps, je savais que ça n’irait pas en notre faveur. Ça a été un facteur important dans le match.

Bruce Cassidy, entraîneur-chef des Bruins

J’ai vraiment apprécié la réaction de la foule. Les fans du Canadien ont démontré beaucoup de classe. C’est quelque chose que je n’oublierai pas. Ils sont passionnés pour leur équipe, nous avons vécu de grandes batailles entre ces deux équipes remplies d’histoire, c’est toujours agréable de disputer ces matchs.

Zdeno Chara

[L’ovation à Zdeno Chara], c’était incroyable. Beaucoup de classe. C’est un des six clubs originaux. Il y a une grande rivalité entre le Canadien et les Bruins, mais les fans connaissent leur hockey et j’étais heureux de voir ça.

Bruce Cassidy

- Propos recueillis par Mathias Brunet et Jean-François Tremblay, La Presse

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Zdeno Chara a salué la foule lorsque l’organisation du Canadien a souligné son 1500e match dans la LNH en première période.

Dans le détail

Mathias Brunet Mathias Brunet
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Surprenante ovation pour Chara

Scène irréelle en première période lorsqu’on a souligné le 1500e match en carrière du défenseur Zdeno Chara : après quelques huées éparses, la foule s’est levée pour accorder une ovation au défenseur des Bruins, longtemps considéré comme l’ennemi no 1 de la formation montréalaise. Comme une majorité des joueurs des Bruins, Chara, 42 ans, n’a pas connu son meilleur match. Tomas Tatar a pu s’échapper partiellement pour compter le deuxième but du CH en première période alors que le capitaine des Bruins était hors de position. Sur le quatrième but du Canadien, Chara a nui à son gardien Tuukka Rask en poussant Nate Thompson sur lui au moment où Victor Mete décochait son tir. Chara a joué seulement 17 min 54 s, le plus bas total chez les défenseurs des Bruins après Connor Clifton. Chara devient le sixième défenseur, après Chris Chelios, Larry Murphy, Scott Stevens, Nicklas Lidstrom et Raymond Bourque, à atteindre une telle marque. Une place l’attend au Temple de la renommée après sa retraite. D’ici là, il espère sûrement remporter une autre Coupe…

Ne jamais écoper de pénalité contre Boston

Les Bruins possèdent le meilleur taux d’efficacité de la LNH en supériorité numérique : 30,6 % avant le match d’hier, soit presque un but toutes les trois tentatives. La première unité des Bruins en pareilles circonstances avait aussi marqué 13 des 15 buts de l’équipe. David Pastrnak, lui, avait déjà 14 buts, et l’un des meilleurs taux d’efficacité tirs/buts de la ligue à 29,2 %. Quand Victor Mete a écopé de la première pénalité du Canadien en première période, les Bruins, et Pastrnak, ont mis… cinq secondes à marquer. Patrice Bergeron a remporté sa mise en jeu devant Phillip Danault, Torey Krug, le meilleur défenseur offensif de Boston cette saison, a remis prestement à Pastrnak dont le puissant tir sur réception n’a donné aucune chance à Carey Price. Heureusement pour le Canadien, la défense s’en est mieux tirée à la deuxième occasion en début de troisième période.

Performance modeste de Poehling

Ryan Poehling disputait son premier match de la saison, son deuxième en carrière, au centre de Paul Byron et Artturi Lehkonen, contre les Bruins. Le contexte était bien différent de son baptême, l’an dernier, contre les Maple Leafs de Toronto, dans un match sans signification au classement. Poehling a bien bataillé, mais il semblait parfois dépassé par les événements en zone défensive. Les Bruins n’ont pas manqué non plus de le bousculer rondement. Poehling s’est fait piéger sur ce qui aurait été le cinquième but des Bruins en oubliant sa couverture devant le filet de Price, mais le but a été refusé après une contestation du Canadien, en raison d’un hors-jeu. Le choix de premier tour du CH en 2017 a néanmoins réussi un beau jeu sur le but de Paul Byron en effectuant une sortie de zone intelligente. Il n’a pas obtenu de passe sur le jeu, mais ce but n’aurait pas été possible sans son calme avec la rondelle en zone défensive. Poehling a sauté quelques tours en fin de deuxième après avoir reçu une rondelle au visage. Il a joué 9 min 20 s, de loin le plus bas total chez les attaquants du club.

En hausse: Victor Mete

Le petit défenseur a marqué deux buts, évidemment pour la première fois de sa carrière, et il a joué avec une superbe liberté en compagnie de Jeff Petry.

En baisse: Cale Fleury

On aurait aussi bien pu choisir Mike Reilly. Le duo pourra remplir le montage vidéo des mauvais moments du match à lui seul.

Le chiffre du match: 3

Mine de rien, avec trois buts, Victor Mete est maintenant le meilleur marqueur parmi les défenseurs du Canadien.