Jesperi Kotkaniemi m’inquiète.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Ses ennuis de santé s’accumulent. En 2017, il a été opéré à un ligament croisé antérieur. En avril, il a subi une intervention chirurgicale à un genou. Cette semaine, c’est l’aine qui coince. Rien de grave, assure le Canadien. N’empêche. Toutes ces blessures au « bas du corps », à 19 ans, suscitent la crainte d’un colosse aux pieds d’argile.

Sur la glace, sa léthargie s’étire. Seulement deux buts lors de ses 30 derniers matchs. Depuis le début de la saison, tous les indicateurs démontrent une régression.

Son temps de jeu ? Le plus faible de l’équipe.

Sa production offensive ? La pire des attaquants du Canadien.

Sa contribution défensive ? Inexistante. En 12 matchs, l’entraîneur-chef Claude Julien ne l’a employé que cinq secondes en infériorité numérique. Autre preuve d’une confiance ébranlée : Kotkaniemi ne prend que 35 % de ses mises en jeu en zone défensive. Le plus faible pourcentage du club.

Alors, que fait-il avec le Canadien ? Pourquoi ne va-t-il pas poursuivre son développement avec le Rocket de Laval ? Deux questions légitimes, auxquelles le Canadien devra répondre plus tôt que tard. Claude Julien a indiqué lundi que l’absence de Kotkaniemi serait de courte durée. À son retour au jeu, le Tricolore aura trois options.

Le garder à Montréal.

Le rétrograder à Laval.

Ou le prêter à… la Finlande.

1. Le scénario Montréal

POUR : La situation la plus facile à gérer. Pas de crise. Pas d’ego meurtri. Pas de dommages psychologiques. Jesperi Kotkaniemi poursuit son apprentissage auprès de Claude Julien. L’entraîneur-chef du Canadien a réussi à faire de Phillip Danault et de Max Domi de meilleurs joueurs de centre. Il peut parvenir au même résultat avec Kotkaniemi.

N’oubliez pas que le Finlandais n’est âgé que de 19 ans et 4 mois. Le directeur général Marc Bergevin pense que son attaquant atteindra son plein potentiel à 23 ans. C’est d’ailleurs souvent le cas avec les gros joueurs de centre (Sean Couturier, Ryan Johansen, Dylan Strome). À ses deux premières saisons, Aleksander Barkov avait amassé seulement 24 et 36 points. Joe Thornton ? 7 et 41 points. Il y a de l’espoir.

CONTRE : L’expérience dure depuis un an – avec des résultats mitigés. Le Canadien et Kotkaniemi sont dans une impasse. D’une part, le jeune attaquant doit obtenir plus de temps de glace pour devenir meilleur. D’autre part, Julien a le mandat de gagner et Kotkaniemi ne fait pas partie de ses joueurs les plus productifs. C’est dommage, mais la LNH n’est pas un circuit de développement.

2. Le scénario Laval

POUR : Kotkaniemi a trois besoins. Jouer davantage. Obtenir plus de responsabilités. Connaître des succès.

Le Rocket de Laval peut combler les deux premiers. Mais les réussites ? Elles ne seraient pas assurées. Le calibre de jeu dans la Ligue américaine est plus relevé qu’on le pense. Ce serait un défi intéressant pour Kotkaniemi. Une rétrogradation lui ferait aussi réaliser que son rang de sélection (3e au total, en 2018) ne lui garantit pas un poste dans l’alignement du Canadien.

CONTRE : Par où commencer ?

C’est une décision lourde de conséquences. Kotkaniemi est le leader parmi les espoirs. Il tient le rôle du grand frère auprès de Ryan Poehling, Nick Suzuki et Cale Fleury. Ça agace d’ailleurs le Canadien. « KK est encore très jeune pour [prendre le rôle du grand frère] », m’avait indiqué Bergevin en septembre.

Une rétrogradation – même temporaire – nuirait à son leadership. Ça confirmerait qu’il se trouve désormais sous ses « petits frères » dans l’échelle des espoirs de l’organisation. 

Comment réagirait-il ? Probablement comme Poehling, qui a confié lundi avoir mal accepté son renvoi à Laval à la fin de septembre. « Ma tête n’était pas tout à fait là au début [de la saison]. Je pense que j’étais encore un peu en colère d’être rétrogradé. »

De plus, les espoirs avec le statut de Kotkaniemi retournent rarement dans les ligues mineures après une saison complète dans la LNH.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Que fera le Canadien avec Jesperi Kotkaniemi ?

J’ai fait l’exercice. Parmi les 50 meilleurs marqueurs de la LNH, seulement cinq ont suivi ce chemin : 

– Brent Burns, Patrice Bergeron et Ryan Ellis, en raison d’un arrêt de travail dans la LNH ;

– Tom Wilson (deux matchs) ;

– Jonathan Drouin. Le Lightning de Tampa Bay l’a rétrogradé après une saison complète dans la LNH. Souvenez-vous, ça ne s’est pas fait dans la joie et l’allégresse. L’attaquant québécois a d’abord refusé son affectation. Le lien de confiance a été rompu. Un an plus tard, le Lightning l’échangeait au Canadien.

En fouillant, j’ai trouvé d’autres espoirs qui ont vécu la même situation. Jesse Puljujarvi (4e, 2016). Adam Larsson (4e, 2011). Jake Virtanen (6e, 2014). Brett Connolly (6e, 2010). Pavel Zacha (6e, 2015). Haydn Fleury (7e, 2014). Michael Rasmussen (9e, 2017). Tyson Jost (10e, 2016). Valeri Nichushkin (10e, 2013). Il y a de bons hockeyeurs dans ce groupe. Mais il y en a aussi qui – démoralisés – ont choisi de retourner en Europe.

3. Le scénario Finlande

POUR : Le Championnat du monde junior sera présenté en République tchèque pendant le temps des Fêtes. Comme peu d’adolescents jouent régulièrement dans la LNH cette année, le calibre de jeu promet d’être relevé. Kotkaniemi pourrait y retrouver plusieurs joueurs repêchés parmi les 10 premiers de sa cohorte. En gros, ce ne serait pas l’équivalent d’une rétrogradation. Il serait à sa place.

Pour le Canadien, ce serait une belle occasion de comparer sa progression avec celle de jeunes de son âge. C’est aussi une voie que Marc Bergevin a déjà prise avec Victor Mete, alors que le défenseur avait 19 ans et jouait lui aussi dans la LNH.

Pour Kotkaniemi, les bienfaits sont évidents. Ce serait une occasion de s’amuser. D’obtenir plus de minutes. Plus de responsabilités. D’évoluer dans un environnement où il pourrait connaître du succès.

CONTRE : Les mauvaises langues diront que c’est un scénario perdant-perdant. Que si Kotkaniemi domine, c’est normal, car c’est un joueur de la LNH. À l’inverse, s’il est transparent, ça démontrera que le mal est plus profond. Soit. Mais ce serait aussi le cas avec le Rocket. Si Jake Evans et Alex Belzile jouaient beaucoup mieux que lui après cinq matchs, vous pensez que Kotkaniemi échapperait au jeu des comparaisons ?

C’est un dossier complexe, dans lequel le Canadien n’a pas le droit à l’erreur.

Dans les circonstances, le Canadien devrait garder Jesperi Kotkaniemi à Montréal en novembre. Puis en décembre, lui offrir de représenter la Finlande au Championnat du monde junior s’il ne montre pas de signe de progression.

Ce serait le moindre mal.