(Las Vegas) Keith Kinkaid est devenu l’histoire du match, pour toutes sortes de raisons.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Un fait demeure, le Canadien de Montréal lui a donné sa première victoire avec sa nouvelle équipe, à l’arraché, 5-4 en prolongation contre les Golden Knights de Vegas. Le résultat n’est pas banal.

Le Canadien était en retard 4-2 au pointage au milieu de la troisième période, dans un deuxième match en deux soirs. De nombreuses équipes auraient pu baisser les bras. Pas le Canadien. L’équipe a fait de cette démonstration de caractère dans les moments de défi l’une de ses marques de commerce. C’est tout à son honneur.

Mais revenons un instant à Kinkaid. Claude Julien avait lancé un message sans équivoque avant le match. 

ll faut aussi que notre autre gardien soit capable de nous donner des victoires, surtout dans une situation de deux matchs en deux jours, quand on a un gardien frais et dispos.

Claude Julien

En fait, c’est exactement pour cette raison que Kinkaid est devenu membre du Canadien au 1er juillet. Antti Niemi n’arrivait plus à aller chercher la victoire lors des soirées de repos de Carey Price. Charlie Lindgren, lui, autrefois vu comme le futur adjoint, n’inspirait plus confiance. Résultat, évidemment, Price devait jouer trop souvent. Ridiculement trop souvent.

Et les statistiques étaient limpides la saison dernière : les meilleures équipes défensives comptaient sur un tandem efficace devant le filet. D’où l’arrivée de Kinkaid.

Le gardien n’est pas dupe. Il connaît son rôle, et il savait fort bien que Julien s’attendait à mieux de lui que lors de ses deux premiers matchs cette saison. L’entraîneur-chef devait pouvoir compter sur lui. Le Canadien ne peut plus se permettre de revivre les défaillances du gardien adjoint s’il veut aspirer aux séries.

« Chaque match est important, a expliqué Kinkaid. On a de longues pauses comme gardien substitut et c’est difficile de trouver son rythme au début. Les deux dernières saisons, je jouais beaucoup. Je dois m’ajuster à cette nouvelle vie et je dois être concentré dès le départ. C’était correct [jeudi], mais j’ai eu une absence à la fin de la première période. L’important est de gagner le match. C’était un voyage difficile. »

Cette absence en première période, c’est le but d’Alex Tuch, après qu’il eut facilement dépassé Shea Weber sur l’aile. Son tir est passé entre les jambières de Kinkaid. Le gardien aurait dû faire l’arrêt. Il l’a tout de suite montré en levant les yeux au ciel en signe de découragement. D’autant plus que le but était inscrit en fin de période, un point faible du Canadien cette saison.

Puis, sur le troisième but des Golden Knights, celui de Cody Glass, Kinkaid a été incapable de protéger le bas de son filet. Il s’est en voulu, encore.

Enfin, sur le quatrième but, sa passe terrible a été interceptée par Max Pacioretty. Quelques secondes plus tard, Mark Stone faisait 4-2.

« Je dois être plus constant, il ne faut pas avoir d’absences mentales. Sur le troisième but, je dois suivre le jeu mieux et couvrir le niveau de la glace. Je dois leur donner de l’espoir et je ne peux pas les laisser tomber comme ça. »

PHOTO STEPHEN R. SYLVANIE, USA TODAY SPORTS

Brendan Gallagher a créé l'égalité en fin de troisième période.

« Je dois être meilleur »

Cela dit, tout n’était pas de sa faute, certainement pas. Shea Weber a connu des moments d’égarement, Victor Mete aussi. Jeff Petry a probablement connu son pire match de la saison. Après un cadeau intercepté devant le filet de Kinkaid, il a fracassé son bâton de rage.

De l’autre côté, Kinkaid a aussi connu ses moments de gloire. Il a réussi son plus bel arrêt aux dépens de Stone en sortant la mitaine après un grand écart. Le genre d’arrêt spectaculaire, justement, qui inspire la confiance à ses coéquipiers. Et au gardien, évidemment. Surtout au moment où il l’a réalisé, à 2-2 en deuxième période.

Kinkaid a aussi bloqué William Karlsson en échappée avec deux secondes à jouer en deuxième période. Encore une fois à un moment charnière de la rencontre.

Ses coéquipiers ont fait le reste en profitant des lacunes des Golden Knights, qui ont un peu trop paru jeudi soir. Ils sont allés lui chercher cette première victoire qu’il attendait tant. Qu’il attendait peut-être trop, en fait.

« Quand tu arrives dans une nouvelle équipe, tu t’imposes de la pression, ou vous m’imposez de la pression [rires], a dit Kinkaid à l’intention des médias. Je dois être meilleur pour la suite, mais nous avons montré que nous n’abandonnons jamais. »

C’était important pour [Keith Kinkaid], il en avait besoin. Il a fait de gros arrêts, et nous sommes très heureux pour lui.

Tomas Tatar

Kinkaid peut célébrer cette victoire chèrement acquise. Il le mérite. Le Canadien au complet le mérite. Mais il ne doit pas oublier qu’il peut faire mieux, et qu’il devra faire mieux. Le Canadien aura besoin de son brio dans les moments chargés de la saison, sans quoi Claude Julien et Carey Price seront de retour à la case départ.

« Il a fait de gros arrêts, mais je sais qu’il aimerait revoir quelques buts, a analysé Julien. Les gardiens auxiliaires, qui jouent une fois aux deux ou trois semaines, n’ont pas la vie facile. Mais il nous a donné la victoire grâce à de gros arrêts aussi. Je suis persuadé qu’il est plus dur envers lui-même que nous le sommes. Avec le temps, nous risquons de voir un gardien qui est meilleur qu’en ce moment. »

PHOTO JOHN LOCHER, ASSOCIATED PRESS

En prolongation, Max Domi a trouvé une mince ouverture entre les jambières de Marc-André Fleury.

« Nous ne baissons jamais les bras »

Leur aréna est l’un des plus hostiles de la LNH. C’était un deuxième match en deux soirs. On a résisté durant la première période, mais j’ai mal lu un tir et la rondelle est passée entre mes jambes. Je dois être meilleur de ce côté. On a montré notre détermination encore une fois. Nous ne baissons jamais les bras. Tout le monde s’est battu pour que j’obtienne ma première victoire.

Keith Kinkaid

Chaque gros arrêt te donne confiance. Je me sentais bien après la première période, je me suis calmé et je voulais garder les gars dans le match. J’ai accordé ce but tôt en troisième période, mais tout le monde a continué à se battre, et moi aussi. Les gars sont extraordinaires.

Keith Kinkaid, sur son arrêt spectaculaire contre Mark Stone

C’est exagéré de dire que c’est un vol. On a travaillé tellement fort. On ne méritait pas que ce soit 4-2. Je comprends le terme, mais ça n’aurait pas dû être 4-2. C’est une victoire de caractère.

Phillip Danault

Grosse victoire, des arrêts clés. Grosse performance. On a vu son talent ce soir.

Phillip Danault, sur Keith Kinkaid

C’était un tourbillon, beaucoup de hauts et de bas, mais tout le monde a suivi le plan. Les meneurs nous ont permis de garder notre calme, l’entraîneur aussi, et nous avons su nous battre jusqu’à la fin.

Nick Suzuki

Quand tu joues deux matchs en deux soirs, tu ne peux pas t’attendre à ce que ce soit beau. Mais tu peux t’attendre à un bon effort de tes joueurs. C’était le cas. Personne n’a abandonné. C’est un gros deux points contre une bonne équipe qui était reposée.

Claude Julien

Je suis satisfait. Ce n’était probablement pas l’idéal contre une grosse équipe comme Vegas. Ils ont aussi des attaquants expérimentés. Mais il s’est bien débrouillé encore une fois. S’il continue à jouer à cette position, on risque de voir un joueur encore meilleur, comme il l’est à l’aile droite.

Claude Julien, sur Nick Suzuki

PHOTO JOHN LOCHER, ASSOCIATED PRESS

Nick Suzuki (14) 

Dans le détail

Suzuki au centre

Nick Suzuki avait un nouveau rôle jeudi : joueur de centre, en remplacement de Jesperi Kotkaniemi, blessé à l’aine. L’état du Finlandais sera d’ailleurs réévalué quotidiennement. Claude Julien a expliqué que Kotkaniemi avait aggravé un malaise à la fin du match de mercredi contre les Coyotes de l’Arizona. L’entraîneur-chef a parlé de Suzuki avant le match comme de sa « carte cachée » au centre. Le jeune homme, avec sa confiance habituelle, a répondu que c’était sa « seconde nature ». Suzuki avait toutefois un immense défi devant lui, entre deux attaquants qui se cherchent, Paul Byron et Artturi Lehkonen, et contre de bons trios offensifs. Il s’est bien tiré d’affaire. On l’a vu en première période venir cueillir une rondelle derrière son filet à la place de Victor Mete, coincé le long de la rampe. Byron et Lehkonen ont répondu à l’électrochoc avec quelques belles combinaisons. Suzuki a aussi soutiré une pénalité à Deryk Engelland en tricotant autour de lui dans le fond de la zone des Knights. « Je voulais bien jouer défensivement, a dit Suzuki. J’ai souvent affronté leurs meilleurs trios. »

500 pour Pacioretty

Max Pacioretty avait révélé que le match contre son ancienne équipe « allait [lui] coûter cher ». Référence, évidemment, à la tradition qui veut que les joueurs offrent des récompenses à leurs coéquipiers pour une victoire lors d’un match qui leur tient à cœur. Pacioretty n’aura pas à dépenser un sou pour le match de jeudi. Au moins, il en ressort avec son 500e point dans la LNH, sur le but de Mark Stone, après avoir intercepté une passe molle de Keith Kinkaid. L’ancien capitaine du Canadien a connu un match intéressant. Il a eu une belle occasion en avantage numérique, il a plongé pour empêcher un deux contre un, il a frappé durement Victor Mete, à lui en faire perdre son casque. Mais en fin de compte, les Golden Knights ont perdu et Pacioretty n’a toujours que deux buts au compteur.

Les 70 citrouilles de Mark Stone

En cette soirée d'Halloween, une impressionnante proportion des spectateurs avaient décidé de se costumer, ce qui ajoutait encore plus de piquant à une soirée hockey qui n’en manque généralement pas à Vegas. L’Halloween s’est aussi invitée dans le vestiaire des Golden Knights. Mark Stone s’est réveillé mercredi matin avec… 70 citrouilles dans son entrée de garage. « Je ne sais pas si c’était Marc-André Fleury, mais il y avait une citrouille portant son déguisement d’Halloween. C’était soit lui, soit quelqu’un se faisant passer pour lui. » Fleury, reconnu pour ses mauvais tours, jure qu’il n’a rien à voir avec cette histoire. Pour l’entraîneur-chef Gerard Gallant, le coupable ne fait aucun doute : « Marchessault ou Fleury. » Et lui-même a-t-il déjà été victime d’un coup pendable ? « Non, je crois qu’ils ont trop peur. »

En hausse: Jonathan Drouin

Encore une fois, rien à dire sur l’effort de Jonathan Drouin. Il a justement obtenu le but qui faisait 2-2 en refusant de baisser les bras.

En baisse: Jeff Petry

Jeff Petry a tellement donné, on ne va pas trop lui tenir rigueur de ce match très difficile. Il s’est racheté au moins avec sa passe précise en prolongation.

Le chiffre: 100

Avec une passe sur le but de Phillip Danault, Shea Weber a inscrit son 100e point dans l’uniforme du Canadien.