Deux joueurs du Canadien ont marqué leur premier but dans la LNH, hier soir, au Centre Bell, aidant la formation montréalaise à vaincre le Wild du Minnesota par la marque de 4-0.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Analyse : le but de Mete, la réaction de Weber

C’est arrivé.

Le 17 octobre 2019, c’est enfin arrivé. Victor Mete a marqué le premier but de sa carrière, à son 127e match. Encerclez la date. Imaginez, 127 matchs, un malheureux record chez le Canadien de Montréal qui cessera enfin d’empirer.

Et Mete l’a fait dans une victoire de 4-0 sur le Wild du Minnesota, dans un Centre Bell qui n’a pas manqué de raisons de célébrer.

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Un petit mot sur le Wild. Son nouveau directeur général, Bill Guerin, a du pain sur la planche. Eric Staal a fracassé son bâton en retournant au banc en troisième période, c’était la seule réaction possible à cette pitoyable performance.

Tout le monde s’est levé d’un trait quand Mete a marqué, au banc comme dans les gradins. Les vivats étaient assourdissants. Tous ses coéquipiers, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, ont amicalement brassé le défenseur soulagé.

Weber le plus démonstratif

Dans la célébration, un joueur est toutefois sorti du lot, et pas le moindre : Shea Weber, démonstratif comme on l’a rarement vu. C’est lui qui est allé récupérer la rondelle. C’est lui le dernier qui a félicité Mete, avec conviction. On le sentait presque plus heureux que son partenaire. Et c’est là que ça devient significatif.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

À son 127e match dans la LNH, Victor Mete a finalement inscrit son premier but, ouvrant la marque à mi-chemin en première période. Ses coéquipiers étaient visiblement très heureux pour lui !

Le duo Mete-Weber est devenu un sujet de conversation incontournable, avec raison. Pour certains, Weber n’avait plus assez de mobilité pour aller prêter main-forte à son partenaire. Pour d’autres, Mete, trop petit, perdait trop de batailles et nuisait au duo. La vérité se situe quelque part entre les deux, comme on l’écrivait plus tôt cette semaine. Quand Claude Julien a prononcé les mots lourds mercredi (« Nous sommes à la recherche d’un défenseur gaucher »), instinctivement, les projecteurs se sont tournés vers le duo. Mete et Weber feraient-ils encore longtemps la paire ?

Hier, ils ont bien réagi à l’attention. Mete a reçu l’aide de ses coéquipiers quand ça se corsait le long des bandes, et il a forcé ses rivaux à rester à l’extérieur. Il s’est aussi permis quelques incursions offensives intéressantes. Weber a profité de l’occasion, parfaite, pour offrir un long plaidoyer en faveur de son partenaire.

« Il a été très bon, très rapide pour mettre fin aux jeux quand les adversaires entraient dans notre zone. Ça les forçait à pousser la rondelle dans le fond et ça nous permettait de faire une relance. Il a patiné très bien [hier] soir pour couper rapidement les jeux, et nous n’avions pas à chasser les rondelles. »

Dans le vestiaire après le match, Mete parlait comme si c’était un petit jeudi ordinaire. Personne n’est dupe. C’était beaucoup plus que ça. Pour lui, d’abord, pour ses coéquipiers aussi, qui espéraient ce moment.

Je pense que je n’ai jamais été aussi enthousiaste de voir un coéquipier marquer un but. Au banc, c’était fou. On savait que ça s’en venait.

Brendan Gallagher

« Tout le monde était heureux, a dit Mete. Tout le monde me donnait une tape dans le dos. On m’a demandé de continuer à marquer [rires]. Je ne l’ai pas vue entrer, honnêtement, j’ai seulement entendu la foule. Les gens sont devenus fous ! Les partisans l’attendaient depuis longtemps, j’étais heureux de leur donner ce but. »

Et Mete était-il plus satisfait de son brio défensif ou de son but ?

« Le jeu défensif ! Le but est un plus. »

La réponse politiquement correcte.

Mete a marqué en fonçant au filet, comme il l’avait fait si souvent en vain, après un bel effort de Nate Thompson en échec avant, et de Nick Cousins pour intercepter une passe derrière le filet du Wild. C’est d’ailleurs Cousins qui a obtenu la fameuse passe, et il s’attend à une récompense appropriée du jeune défenseur.

« J’aime mon steak mi-saignant. On s’arrangera à St. Louis. C’est sûr que c’est lui qui paie. »

Suzuki aussi, en passant

Il y a Nick Suzuki aussi qui a marqué son premier but, bien plus tôt dans sa carrière que Mete, cela dit. Il a profité d’une rondelle libre près du filet et a effectué un tir du revers fort précis.

« C’était formidable, a dit Suzuki. J’ai vu à quel point les partisans étaient fous quand Vic a marqué, donc je me parlais, je me disais que je voulais être le prochain. Le toit a explosé. »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Avant la fin du premier vingt, Nick Suzuki (14) a également trouvé le fond du filet pour donner une avance de 3-0 aux locaux. Dans son cas, l’ailier de 20 ans disputait un septième match dans la LNH.

Pour lui aussi, c’est un moment de grand soulagement, après avoir chuté du deuxième au quatrième trio et avoir essuyé les critiques de Claude Julien. L’entraîneur-chef lui reprochait de ne plus montrer la combativité qui lui avait permis de gagner un poste au camp. Avec des coéquipiers capables de naviguer dans la circulation dense, il a bien paru, avec ce but à la clé.

« Les trois derniers matchs ont été mes meilleurs, a reconnu le nouveau numéro 14. Je veux continuer à bâtir ma confiance. Je me sens plus à l’aise de jour en jour. Ce but, c’est un poids de moins sur mes épaules. Je peux jouer comme je l’ai toujours fait. »

Évidemment, ce but de Suzuki, si important soit-il, passera dans l’ombre de celui de Mete. Pour Gallagher, c’est presque logique.

« Il en marquera beaucoup d’autres dans cette ligue. Il aura de l’attention à ce moment-là. Ce soir, c’est Meat ! »

Ils ont dit

« C’est un moment spécial ! »

C’était vraiment excitant. Ces partisans-là vont se souvenir qu’ils étaient ici pour le premier but de Mete. Il était mûr. Il a tellement eu d’occasions, mais il ne pouvait pas acheter un but. Il a eu sa chance.

Brendan Gallagher

L’autre soir, on n’en a pas donné beaucoup plus à Tampa Bay, mais on a donné des chances de qualité. Ce soir, Carey Price a pu voir la majorité des rondelles, et quand il y a eu des rondelles libres, les gars ont fait du bon travail pour dégager le devant du filet.

Claude Julien, au sujet du jeu défensif

Il a été bon. C’était son meilleur des trois matchs. Il a fait quelques bonnes passes en sortie de zone sous pression. Il a un bon tir. S’il gagne en confiance, on le verra s’en servir davantage.

Claude Julien, au sujet de Cale Fleury

J’ai aimé son match. C’est un joueur hargneux. Il n’a pas peur de se salir le nez le long des rampes. Il a aussi de bonnes mains. En avantage numérique, il n’a pas peur d’aller devant le filet. Pour un gars qui n’avait pas joué depuis un bout de temps, j’ai aimé son match.

Claude Julien, au sujet de Nick Cousins

C’est un moment spécial pour nous deux [Mete et Nick Suzuki]. Ça va lui donner de la confiance rapidement. J’ai marqué plus tard, mais les buts vont toujours finir par arriver. On va se permettre une petite célébration.

Victor Mete

Ce but [de Victor Mete] allait arriver. Il se plaçait aux bons endroits pour tirer. C’était un beau but, il n’a pas eu besoin d’un bond chanceux. Peut-être que maintenant il ne tiendra plus son bâton aussi serré.

Shea Weber

Thompson a fait un beau jeu en échec avant. Je me suis dit qu’ils feraient une passe entre défenseurs. Je les ai surpris. J’ai entendu Mete crier et je lui ai donné la rondelle. Je ne savais pas que c’était son premier but. J’étais heureux pour lui.

Nick Cousins, au sujet du but de Mete

C’était un soulagement. Je peux maintenant me calmer, recommencer à jouer à ma façon. Je me sentais vraiment mieux après avoir marqué.

Nick Suzuki

C’est frustrant et déconcertant. Vous voyez nos entraînements. On travaille religieusement sur ces aspects. Nos joueurs sont tellement tendus parce qu’ils veulent connaître du succès. On a deux jours de congé, et on retrouve encore cette équipe. Je crois que c’est une bonne chose que ce soit encore contre eux.

Bruce Boudreau, entraîneur-chef du Wild

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre le Wild et le Canadien

La fin de deux séquences gênantes

Non, on ne parle pas de celle de Victor Mete, mais plutôt des unités spéciales. Le but de Joel Armia hier était le premier marqué par le Canadien à cinq contre trois depuis le 13 mars 2018. Le CH a donc été blanchi pendant toute la saison précédente dans cette situation. Le Tricolore avait passé en tout 7 min 5 s l’an dernier sans toucher la cible, et voilà qu’hier, il n’aura mis que 14 secondes à marquer. On notera sur la séquence l’apport de Max Domi, qui, en levant le bâton de Ryan Suter, a permis à Jonathan Drouin de rejoindre Armia de bord en bord de l’enclave. L’autre séquence gênante ? Pour la première fois cette saison, Montréal n’a pas accordé de but en désavantage numérique. Le Wild a été blanchi en cinq occasions, n’obtenant que cinq tirs. « On a dégagé les rondelles quand on en avait la chance et on était bons pour récupérer les rondelles libres », a jugé Claude Julien.

Courage ou folie ?

Il n’y a pas de portes dans la maison de Joel Eriksson Ek, il n’y a que des murs qu’il défonce. Bon, on l’avoue : on a simplement recyclé une des nombreuses blagues qui circulent au sujet de Chuck Norris, mais n’empêche : l’attaquant du Wild a dû gagner le respect de toute la ligue en se plaçant devant TROIS tirs frappés de Shea Weber. Dès le premier, Eriksson Ek se tortillait de douleur et avait l’air d’un gars qui souhaitait un dégagement pour rentrer au banc. Mais il n’y a eu qu’un dégagement partiel, et comme on était en deuxième période, le banc était trop loin pour effectuer le changement. Le Suédois a été ovationné après avoir bloqué le troisième tir, qui permettait à Marcus Foligno de dégager. « Ça prend du courage pour bloquer des tirs, surtout quand le premier te frappe durement. Mais tu dois faire ce qu’il faut pour l’équipe. Chapeau. Il est resté là », a dit Weber.

Premier test pour Cousins

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Nick Cousins disputait hier soir son premier match dans l’uniforme bleu-blanc-rouge. En 13 minutes de jeu, il a récolté une passe sur le premier but de la rencontre.

C’est la première qui passera inaperçue, loin derrière les buts de Victor Mete et Nick Suzuki. Nick Cousins disputait son premier match avec le Canadien, et il en a profité pour obtenir son premier point, une passe sur le but de Mete. Une jolie pièce de jeu, car il a intercepté au vol une remise molle de Kevin Fiala derrière le filet, avant de repérer Mete dans l’enclave. C’était la meilleure séquence de Cousins, qui semblait manquer de synchronisme par moments, à voir ses quelques maladresses. À sa décharge, il n’avait pas joué depuis le dernier match préparatoire, le 28 septembre. « Je réfléchissais trop en première période, a-t-il admis. C’est ce qui arrive quand on ne joue pas pendant trois semaines. Plus le match avançait, mieux je me sentais. J’ai retrouvé mes jambes et j’ai joué à ma manière. » Cousins a joué 13 min 19 s.

Le match en un coup d’œil

En hausse : Nate Thompson

Il ne va pas remplir les bulletins sportifs de faits saillants, mais il est souvent au bon endroit au bon moment, à faire exactement ce pour quoi le Canadien est allé le chercher.

En baisse : Paul Byron

Claude Julien disait qu’il avait un autre niveau à son jeu. Il ne l’a pas encore trouvé. Il compte une seule passe en sept matchs.

Le chiffre du match : 5124

Nombre de jours depuis la dernière fois où deux joueurs du Canadien ont inscrit leur premier but en carrière dans le même match. Il s’agissait de Chris Higgins et Alexander Perezhogin, le 6 octobre 2005.