Parmi les moments qui peuvent réconcilier un joueur avec une ville, l’entrevue de Jonathan Drouin avec Renaud Lavoie, hier, lors de l’annonce des trois étoiles, se classe haut.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

La relation entre la vedette québécoise, son public et les médias est « compliquée », comme on l’écrit sur Facebook. Après une autre sortie inspirée, Drouin a reçu l’amour du public, et on le sentait légitimement ému. La fin de saison dernière et le camp d’entraînement quelconque semblent être des souvenirs bien lointains.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Un bon match hier encore pour Jonathan Drouin

Tomas Tatar, lui, a vécu ses émotions avant le match. Pendant que les hymnes nationaux suscitaient les railleries sur les réseaux sociaux, ils créaient chez Tatar un torrent d’émotions, parce qu’il pensait à son père, mort en 2014 d’une maladie du foie. Jan Tatar aurait fêté ses 67 ans mardi dernier.

« Je pense toujours à mon père pendant les hymnes nationaux. Je ne sais pas pourquoi c’est à ce moment précis. C’est un moment de quiétude dans l’aréna, tu es debout, tout seul. Je repense à lui. Il me revient toujours à ce moment-là. C’est comme s’il jouait avec moi.

Il a été très important dans ma vie et il m’a beaucoup aidé à atteindre la LNH.

Tomas Tatar au sujet de son père

Que ce soit lié aux émotions ou pas, Tatar a préparé le terrain à une soirée faste pour le trio qu’il forme avec Phillip Danault et Brendan Gallagher en ouvrant la marque à la 13e minute. Deux heures plus tard, la sirène finale se faisait entendre, le tableau affichait Montréal 6, St. Louis 3.

Deux jours après un match inaugural qui manquait cruellement d’émotions, c’est une équipe nettement plus inspirée qui s’est présentée contre les champions en titre de la Coupe Stanley. Comme quoi on a beau essayer de créer de grands moments dans une cérémonie, les vraies émotions sont généralement provoquées par ce qui se passe sur la patinoire.

L’étincelle

Le but de Tatar était le début de ce qui allait être le meilleur match d’un trio qui ne connaissait pas le départ anticipé jusque-là. Les trois complices ont terminé la soirée avec un but chacun, tout en offrant du jeu défensif impeccable.

Ils ont offert le genre de performance qu’ils offraient régulièrement l’an passé, et qui a permis au CH de connaître une saison largement au-delà des attentes.

« On se sentait bien dès la première présence. On ne manque pas de confiance. On sait ce qu’on doit faire, mais on était un peu éteints, a admis Gallagher. Que l’on marque tôt ou tard, on savait qu’on aurait un impact [hier] soir. On en a parlé. On savait que l’on devait être meilleurs l’un pour l’autre. Ça suffisait. C’était le moment d’aider l’équipe des deux côtés de la patinoire. »

Un congé crucial

L’émotion, c’est bien beau, mais ça prend aussi de la technique. Encore faut-il que les joueurs soient en symbiose et respectent certains paramètres de jeu, ce qui faisait défaut depuis le début de la saison.

Vendredi, Claude Julien a donné congé d’entraînement à ses troupes, les conviant à une séance de visionnement afin de déterminer les aspects problématiques. L’effet de la vidéo sautait aux yeux hier ; on revoyait les relances rapides, les attaquants près des défenseurs en zone défensive, afin de quitter le territoire à coups de passes courtes.

Ce matin, Danault et ses ailiers en ont remis.

« On a fait du vidéo ensemble, on a pris l’initiative, a révélé Danault après le match. On se connaît tellement, on a joué ensemble l’an passé. On avait des choses à régler, c’est ce qu’on a fait en zone offensive. Sur le but, c’est ce qu’on s’était dit [hier] matin. On est capables de protéger la rondelle, de trouver des lignes de passe derrière le filet, de se créer de l’espace. C’est ce qui est arrivé. »

Un peu de théorie, un peu d’émotion. C’était la recette du CH hier, contre une des grosses pointures de la LNH.

Cela dit, dans une saison de 82 matchs, impossible d’avoir la même charge émotive tous les soirs. Parfois, ça se gagnera beaucoup plus par ce que nos collègues anglophones appellent les X et les O. Ce qui s’enseigne au tableau et dans la salle de vidéo.

À cet effet, ce sera un autre bon test, mardi, avec la visite du Lightning de Tampa Bay. Reste à voir si la séance de vidéo fera encore effet.