Alors que le Canadien se prépare à disputer le deuxième match de sa saison, ce soir à Toronto, Karl Alzner a amorcé sa propre saison hier soir à Laval, dans l’uniforme du Rocket. Un scénario auquel il s’attendait pleinement, admet-il sans la moindre hésitation.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

« Même si je n’avais pas été blessé pendant le camp du Canadien, ça n’aurait rien changé de toute façon, a confié le défenseur à La Presse, hier matin à Laval. De la façon dont les choses fonctionnent avec le ballottage, les contrats, le plafond salarial, pour le Canadien, ça tombait sous le sens que je sois ici. Je le savais dès mon arrivée au camp. Je ne savais pas si Cale Fleury allait rester, mais je savais que Mike Reilly et Christian Folin allaient rester. Il y avait déjà sept défenseurs. Et Cale Fleury est prêt, il est assez bon pour jouer dans la LNH. Alors je comprends où est ma place au sein de l’organisation. »

Ces jours-ci, Alzner tente de garder le sourire, mais ce n’est pas si facile. Embauché par le Canadien à titre de joueur autonome en juillet 2017, avec un contrat de cinq ans pour un total de 23,1 millions, le vétéran de 31 ans voit bien qu’il n’y a aucune place pour lui au Centre Bell.

Et ça le pousse un peu à repenser à sa décision d’il y a deux ans, quand il a dit oui au Canadien alors que d’autres équipes cognaient aussi à sa porte.

« Ce qui m’arrive est en partie le résultat de mon contrat ; il y a 20 clubs de la LNH qui sont étouffés par le plafond salarial, et ils ne peuvent pas ajouter un joueur comme moi à leur effectif… »

Mais je crois aussi que le Canadien s’est engagé dans une nouvelle voie après la première année de mon contrat. Ça ne m’a pas aidé. Le Canadien veut maintenant un autre type de joueur.

Karl Alzner

Car Alzner, à 6 pi 3 po et quelque 220 lb, estime ne plus cadrer dans la vision des patrons montréalais.

« Je pense que plusieurs clubs regardent du côté de Toronto, du côté d’équipes qui misent sur de petits joueurs habiles et rapides. Ça semble être la tendance du moment, et dans la LNH, plusieurs dirigeants cherchent à faire la même chose que font les Maple Leafs. Avec la grande rivalité qu’il y a entre Montréal et Toronto, je pense que les décideurs du Canadien veulent aussi aller dans cette direction, et on peut le voir avec les joueurs qu’ils repêchent ou les joueurs qu’ils réclament au ballottage. Je suis arrivé ici à un mauvais moment…

« Si j’avais su que le Canadien allait emprunter cette direction, j’aurais envisagé d’autres options. En plus, j’ai pris part à l’une des pires saisons de l’histoire du club [2017-2018], et quand ça arrive, c’est sûr qu’il y a des changements par la suite. J’ai fait partie de ceux qui ont écopé. »

« Je ne vais pas me mettre à bouder »

Alzner reconnaît qu’il faudrait une série de circonstances hallucinantes pour qu’il puisse recevoir un appel du Centre Bell cette saison (« à moins de plusieurs blessures chez les défenseurs, je ne retiendrai pas mon souffle »), et il se demande un peu ce que l’avenir lui réserve, lui dont le contrat actuel se termine en 2021-2022.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Karl Alzner se demande un peu ce que l’avenir lui réserve, lui dont le contrat actuel se termine en 2021-2022.

Pour lui, on l’aura deviné, ce n’était évidemment pas le plan de départ quand il a dit oui au Canadien il y a deux ans, après neuf saisons chez les Capitals de Washington.

« Je ne suis pas content, je suis fâché de la situation, je suis ébranlé. Mais je ne vais pas me laisser atteindre par ça ; à mon âge, je sais qu’il me reste encore quelques années, peut-être, pour avoir un impact dans la LNH, et je veux m’assurer de bien utiliser les années qu’il me reste. C’est ce bout-là qui est frustrant, mais je ne vais pas me mettre à bouder ici à Laval. Je ne l’ai jamais fait, et je n’aime pas ceux qui le font. Et je vais continuer avec le sourire, en m’accrochant aux choses qui sont positives. Ici, la pression n’est pas la même. Je peux me concentrer sur le hockey et me concentrer sur ma famille aussi. »