(Toronto) Claude Julien a longtemps expérimenté avant de trouver un quatrième trio à son goût.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Plusieurs fois la saison dernière, l’entraîneur-chef du Canadien de Montréal avait subtilement (mais pas toujours non plus) fait part de ses doléances à ce sujet. Julien cherchait l’unité qui allait lui donner l’étincelle, le brio défensif et l’échec avant soutenu. Il cherchait aussi un peu plus de rigueur aux cercles de mise en jeu.

Après deux saisons d’alchimie, il est arrivé avec Paul Byron, Nate Thompson et Jordan Weal. Il y a aussi Nick Cousins qui attend son tour dans l’antichambre, et Ryan Poehling qui ne devrait pas tarder avant de revenir avec le grand club. Selon les propos rapportés par Pierre Houde, descripteur des matchs du Canadien à RDS, Julien verrait même ce quatrième trio comme potentiellement le meilleur dont il ait été l’entraîneur.

Tout un compliment venant de celui qui a dirigé les Shawn Thornton, Gregory Campbell et Daniel Paille, un trio d’énergie bien de son époque, avec qui il a gagné la Coupe Stanley en 2011.

« Ça fait plaisir d’entendre cela, a dit Nate Thompson lors d’une conversation téléphonique, malgré la journée de congé du Canadien à Toronto. C’est très flatteur. »

Mais en même temps, s’il y va d’une telle déclaration, il faut répondre aux attentes. Nous aurons besoin de rester constants.

Nate Thompson

Au premier match de la dernière saison, Claude Julien optait pour Matthew Peca, Charles Hudon et Andrew Shaw pour son quatrième trio. Peca avait été acquis à l’été et on lui présidait un bel avenir. Hudon avait éclos l’année d’avant malgré une saison de misère pour le Canadien. Shaw semblait nettement sur le déclin, c’était grosso modo l’endroit qu’il lui restait dans la formation. Il y avait aussi Nicolas Deslauriers, blessé au visage à ce moment, et un Tomas Plekanec à la poursuite de son 1000e match.

Julien n’a pas apprécié la formule. Le 7 novembre, il rappelait le nouveau venu Kenny Agostino. Le 20 novembre, c’était au tour de Michael Chaput de prêter main-forte. Et le lendemain, Julien abattait ses cartes.

« On a besoin de meilleures présences de notre quatrième trio, qu’il soit plus fiable. On n’est pas en position de changer les trois joueurs, mais il faut mettre tout le monde en alerte. C’est le trio au complet, on se fait marquer des buts. […] On s’attend à plus. Ce n’est pas toujours de marquer des buts, mais on ne veut pas en accorder autant quand ils sont sur la glace. »

Le 23 novembre, l’entraîneur réunissait donc Deslauriers, Chaput et Agostino. Hudon et Peca glissaient dans la formation, Plekanec venait de quitter la LNH, tandis que Shaw connaissait une résurrection offensive sur un autre trio.

La date limite…

Julien a essayé diverses combinaisons de ces joueurs… jusqu’à l’approche de la date limite des transactions. Puis, quelques semaines avant, un autre message à son patron.

« On regarde les différentes formules du quatrième trio parce qu’on doit être satisfaits quand arrive la date limite des transactions. Donc, en ce moment, on regarde toutes les options. »

Et la date limite est arrivée, emportant avec elle le trio. Chaput a été échangé contre Weal, Thompson est arrivé contre un choix au repêchage, et ç’a été le coup de foudre. Exit Agostino, réclamé au ballottage, et Deslauriers, échangé à l’été. Puis Hudon et Peca, désormais avec le Rocket de Laval. Page blanche, on recommence à neuf, avec une toute nouvelle mouture du quatrième trio.

Ce premier match contre les Hurricanes a donné un bel avant-goût, même si ce n’était pas parfait. Thompson, par exemple, a perdu une mise en jeu défensive sur le premier but des Hurricanes. Par contre, Weal et Byron patinent comme le vent en échec avant. Thompson, même plus effacé, a quand même rempli son rôle sur les mises en jeu (9 en 12, dont 7 en 7 en zone offensive) et en désavantage numérique. Le trio s’est même fendu d’un superbe but, après un courageux effort de Thompson pour monter la rondelle, et une belle lecture de Byron et Weal au filet. Un trio de 2019, qui marque parfois, et qui sait embêter l’adversaire.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Nate Thompson est aussi là pour encadrer les plus jeunes membres du Canadien.

« Tout à fait, le rôle du quatrième trio a bien changé, a reconnu Thompson. Il y a une grande différence entre mes débuts dans la LNH et maintenant. Il y a 10 ans, le quatrième trio était composé de joueurs de rôle. Ils étaient là pour créer de l’énergie et marquer de temps en temps. Maintenant, on s’attend à ce qu’un quatrième trio apporte une contribution offensive, tout en jouant contre les meilleurs trios adverses. En séries, les troisième et quatrième trios jouent de grands rôles. Les équipes gagnantes des dernières années misaient sur quatre bons trios. »

Et pour Thompson personnellement, bien sûr que sa place n’est pas garantie. Ils sont deux à n’attendre que sa défaillance. Mais comme on l’écrivait un peu plus tôt cette saison, le vétéran de 35 ans (aujourd’hui, d’ailleurs) n’est pas utile que sur la glace. Il est aussi là pour encadrer les plus jeunes membres d’une équipe qui ne s’est pas vieillie avec Nick Suzuki et Cale Fleury.

« Oui, je leur ai parlé. J’étais assis à côté de Nick Suzuki dans le vestiaire. Je n’essayais pas de lui faire un discours de motivation. Je lui ai juste dit d’avoir du plaisir. Ça ne peut pas être mieux que ça. Je voulais juste l’aider à se sentir à l’aise et m’assurer qu’il profite du moment. C’est tout ce qui compte. Tu joues ton premier match dans la LNH, tu veux juste être dans le moment présent et en profiter. »