(Raleigh) Dans un amphithéâtre hostile pour les équipes adverses, le Tricolore a soutiré un point contre les Hurricanes. Notamment grâce au jeu de Jonathan Drouin et de Jesperi Kotkaniemi. Analyse et réactions.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Un point rassurant

Ça s’annonçait lourd dans le vestiaire du Canadien hier. Pendant que les journalistes attendaient l’ouverture des portes, un joueur y est allé d’un gros juron dont l’écho s’est propagé dans les couloirs du PNC Arena. Le genre de cri que l’on entend après les pires défaites de l’équipe.

Puis, une quinzaine de minutes plus tard, c’est un Claude Julien dans de relativement bonnes dispositions qui s’est adressé aux médias. Son message : « Un point pour lequel on a travaillé fort. »

Face aux Hurricanes, l’équipe Cendrillon de la dernière saison, dans l’un de ces amphithéâtres devenus hostiles pour les équipes adverses, le Tricolore a soutiré un point dans un revers de 4-3 en tirs de barrage.

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Cette défaite honorable n’est peut-être pas aussi surprenante que la performance offerte par les Montréalais, exactement un an plus tôt, contre des Maple Leafs qui, sur papier, auraient dû les dévorer. Le CH s’était également incliné au bris d’égalité, mais la défaite allait servir de tremplin à une équipe nettement plus compétitive que prévu, qui raterait les séries par deux points.

En ce début d’automne, les attentes sont plus élevées qu’elles ne l’étaient à pareille date l’an dernier. Cela dit, bien des experts s’attendent à une autre exclusion des séries, notamment parce qu’il persiste des inquiétudes au sujet de cette équipe.

Passons en revue les dangers qui guettent le CH :

• l’avantage numérique, l’une des principales raisons de l’exclusion des séries l’an passé ;

• la tenue de Jonathan Drouin, qui a connu un camp d’entraînement difficile après une fin de saison qui l’était tout autant ; des signaux inquiétants pour le plus haut salarié de l’équipe parmi les attaquants ;

• le jeu de Jesperi Kotkaniemi, encore un qui a manqué d’essence en fin de parcours l’an dernier, et qui a tardé à se mettre en marche au camp. La progression du joueur de 19 ans est l’une des clés du succès du Canadien cette saison.

Évacuons rapidement l’avantage numérique. L’unité a généré cinq tirs en moins de cinq minutes, Tomas Tatar a touché la cible, et c’était le but clé du match, marqué au moment où les Hurricanes auraient pu filer avec la victoire, eux qui venaient de prendre l’avance 2-0.

Le taux d’insuccès de l’an dernier était une chose, mais c’était souvent aux pires moments que l’unité connaissait des défaillances.

Drouin a quant à lui haussé son niveau d’intensité de plusieurs crans. Il a certes préparé le but de Kotkaniemi au terme d’une présence inspirée. Mais il s’est aussi replié énergiquement à plusieurs reprises. Au bout du compte, il a passé plus de 16 minutes sur la patinoire, et les Hurricanes n’ont pas marqué pendant ces minutes.

PHOTO JAMES GUILLORY, USA TODAY SPORTS

Jesperi Kotkaniemi a marqué le deuxième but du Canadien hier contre les Hurricanes.

De son côté, Kotkaniemi a joué 13 minutes, soit trois de moins que Drouin, parce que le Finlandais n’a pas été employé en avantage numérique. Lui aussi a répondu avec une performance nettement plus convaincante que celle qu’on lui avait vue au camp et en fin de saison dernière. Il a enfin brisé la glace à l’étranger, après y avoir été blanchi toute la saison dernière. Mais surtout, on a revu le Kotkaniemi créatif en possession de rondelle, comme dans ses bons moments l’an passé.

« La semaine dernière, je disais que le camp, c’était fait pour se préparer. Maintenant, les vrais matchs commencent », a affirmé le numéro 15, après le match.

Lourde tâche

La performance de Kotkaniemi, Drouin et Joel Armia est particulièrement impressionnante quand on regarde la qualité de l’opposition. C’est que toute la soirée, ils ont eu un certain Sebastian Aho dans les pattes. Le même Sebastian Aho qui avait terminé la dernière saison avec 83 points.

On peut comprendre Rod Brind’Amour d’avoir cherché à exploiter cet affrontement. Il voyait, au sein d’un même trio, deux joueurs exposés aux problèmes évoqués ci-dessus. Leur opposer son meilleur centre était alléchant. Mais les deux complices n’ont guère paru impressionnés.

« On a vu qu’on allait être matchés contre eux. On voulait jouer simple, on voulait jouer notre match. On ne voulait pas se concentrer sur nos adversaires », a lancé Drouin.

On est peut-être le troisième trio, mais il faut créer de l’attaque. Je pense qu’on l’a fait.

Jonathan Drouin

Cette situation sera intéressante à suivre. Demain, le Canadien débarque à Toronto, contre une équipe dont les deux premiers trios sont pilotés par Auston Matthews et John Tavares. On devine que Mike Babcock tentera lui aussi de mettre Kotkaniemi à l’épreuve. Ce sera au jeune homme de prouver qu’il peut se débrouiller avec de telles affectations sans être protégé par son entraîneur.

On vous parlait des trois principaux dangers qui guettaient le Canadien. On aurait pu en ajouter un quatrième, soit la force de la division Atlantique. Facteur qui pourrait déterminer le sort des Montréalais en avril. À cet égard, les Sabres et les Bruins ont donné le ton à leur saison respective en signant des victoires à l’étranger à Pittsburgh et à Dallas.

Il faudra évidemment plus qu’un jeudi soir occupé pour statuer sur la force de la division. Mais disons que de tous les nuages qui flottent au-dessus du Canadien, c’est peut-être celui dont on risque d’entendre parler le plus longtemps.

Ils ont dit

Une échappée est probablement la dernière chose à laquelle je m’attendais. Je pense avoir fait une bonne feinte, mais j’ai été incapable de soulever la rondelle par-dessus sa jambière. Mais j’ai pu rester dans le moment présent. J’ai senti le jeu ralentir.

Cale Fleury, qui disputait son premier match dans la LNH

J’ai tout aimé de notre troisième période. Je ne sais pas si c’est le résultat des trios qui ont changé, ou des joueurs qui ont réalisé qu’on ne jouait pas de la bonne façon, mais les gars ont puisé dans leurs réserves et on a gagné.

 Rod Brind’Amour, entraîneur-chef des Hurricanes

Il fallait travailler, parce qu’on a du talent, on est capables de faire des jeux. Si on a la rondelle sur notre bâton, on va créer des jeux.

Jonathan Drouin

Ça a pris du temps, mais c’est fait. Je suis content de l’avoir marqué, mais j’aurais aimé en marquer plus pour nous aider à gagner.

Jesperi Kotkaniemi, auteur de son premier but à l’étranger dans la LNH

Les joueurs qui méritent d’être là, ils vont être là, ce n’est pas une question d’âge. Suzuki, c’est un gars capable de bien gérer la rondelle, il prend de bonnes décisions. Il est capable d’aller gagner des matchs, alors pourquoi pas ?

Claude Julien, au sujet de sa décision d’employer Nick Suzuki en prolongation

– Propos recueillis par Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

À surveiller en avantage numérique

PHOTO GERRY BROOME, ASSOCIATED PRESS

Jonathan Drouin

Jonathan Drouin était employé à la pointe en avantage numérique, dans les unités concoctées par Claude Julien pour ce début de saison. La décision allait un peu de soi ; le Canadien ne regorge pas de talents offensifs à la ligne bleue, et la mode semble de plus en plus à des formations de quatre attaquants et un défenseur pour jouer à cinq contre quatre. On a toutefois vu les risques de cette approche. En première période, Drouin s’est retrouvé à un contre un, à reculons, à tenter de se défendre contre Sebastian Aho, qui lui a servi une majestueuse feinte. Sur une autre séquence, Warren Foegele est parti seul après que Drouin eut avancé dans l’enclave pour obtenir une chance de marquer. Sur le jeu, le Québécois a semblé figé après avoir raté son tir. Avec Shea Weber, qui n’est pas le plus mobile, comme partenaire, Drouin devra surveiller ses arrières s’il demeure dans ce rôle.

Le maillon faible ?

PHOTO GERRY BROOME, ASSOCIATED PRESS

Petr Mrazek

Les Hurricanes possèdent une bonne ligne de centre sous-estimée. Ils ont assez de profondeur en défense pour employer Jake Gardiner au sein du troisième duo. S’il reste un point d’interrogation, qui fait en sorte que certains hésitent encore à leur prédire une participation aux séries, c’est devant le filet. Petr Mrazek n’a jamais obtenu plus de 50 départs en une saison, et les statistiques de son auxiliaire, James Reimer, sont en déclin depuis deux ans. Hier, c’est un cadeau de Mrazek à Tomas Tatar qui a permis au Canadien de reprendre vie alors que c’était 2-0 pour les Hurricanes, car un gardien de la LNH ne devrait pas être battu par une rondelle qui passe « à travers » lui. Le nouveau retraité Cam Ward était invité à faire sonner la sirène de l’ouragan au PNC Arena pour ce premier match de la saison ; un an après son départ, il n’a pas été remplacé.

Chiarot comme prévu

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Ben Chiarot

On nous avait décrit Ben Chiarot comme un défenseur qui ne craint pas le jeu rude. On l’avait vu une première fois en match préparatoire quand il a jeté les gants devant Bobby Ryan pour défendre Carey Price. On a maintenant pu l’observer dans un match de saison. Chiarot a passé la soirée à donner des coups d’épaule et à mettre à profit sa grosse charpente de 6 pi 3 po et 225 lb. Sur une séquence, il a fini par en mettre trop et ça lui a valu deux minutes au banc des pénalités. Cela dit, l’ancien des Jets n’a sans doute pas connu le départ espéré, et a semblé débordé à plusieurs reprises contre une équipe rapide.

Le match en un coup d’œil

En hausse : Jordan Weal

PHOTO JAMES GUILLORY, USA TODAY SPORTS

Jordan Weal (43) bataille avec Jordan Staal (11) et Dougie Hamilton (19).

Même s’il amorce la saison au sein du quatrième trio, il a montré qu’il n’allait pas s’éteindre offensivement pour autant. Un but, une autre bonne occasion de marquer, quatre tirs au but.

En baisse : Victor Mete

PHOTO GERRY BROOME, AP

Victor Mete (53), Carey Price (31) et Erik Haula (56).

Tant pour lui que pour Shea Weber, ç’a été une entrée en matière difficile. Les passes manquaient souvent de précision.

Le chiffre du match : 18 680

Foule annoncée au PNC Arena, une salle comble. Le regain de ferveur observé l’an dernier ne s’est manifestement pas atténué pendant l’été, car il y avait une ambiance des séries dans l’amphithéâtre.