Charles Hudon n’a pas encore retrouvé le sourire, mais on sent que ça s’en vient. En tout cas, si c’est pour arriver, c’est à Laval que ça va se passer.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Une rétrogradation dans la Ligue américaine est rarement une bonne nouvelle. Être ignoré au ballottage est une gifle, toujours. Mais dans ce cas précis, on pourrait presque croire l’inverse. On pourrait croire que ce nouveau départ à Laval marquera pour Hudon une cassure nécessaire. Une véritable page blanche, loin de la pression de Montréal, et dans un environnement positif.

Hudon a d’ailleurs choisi des mots durs pour illustrer son état d’esprit à la fin de la dernière saison.

« C’est difficile. Comme si j’étais un clou qui recevait des coups de marteau sur la tête chaque fois. Le mot déprimé était là l’an passé. Cette année, je me suis dit de recommencer, et c’était une bonne manière de recommencer en venant ici. »

Un commentaire qui va de pair avec ce qu’il avait démontré au bilan, quand il avait quitté les médias les yeux dans l’eau. Qui complète aussi son affirmation de l’été, selon laquelle « il avait changé, il était rendu négatif avec ses enfants ». Des signaux qui ne trompent pas.

Hudon a pris l’été à se relever. Il s’est concentré sur sa famille, il a passé beaucoup de temps à jaser avec son frère, son proche confident. Il s’est beaucoup entraîné, il a perdu 17 livres pour retrouver son explosion. Au camp, sans dire qu’il a tout cassé, il a au moins laissé une belle impression. On l’a vu engagé, motivé, malgré qu’il n’ait pas inscrit de point. À sa décharge, on lui a refusé un but contre les Maple Leafs de Toronto qui aurait sans doute été accepté avec la reprise vidéo.

Bref, il s’est présenté à Laval pour créer ce que Joël Bouchard a appelé le « Charles Hudon 2.0 ». Un Charles Hudon capable de « cocher toutes les cases », donc d’être capable de tout faire avec un certain succès. Déjà, la reconstruction a commencé hier, dans une séance privée avec Hudon, Bouchard et le capitaine du Rocket Xavier Ouellet. Ça faisait trois jours que Hudon n’avait pas touché la glace, il avait besoin de chasser la rouille. Il avait aussi besoin de se familiariser avec sa nouvelle vie.

« J’ai eu une bonne rencontre avec Joël, on est sur la même longueur d’onde. Il faut que j’améliore des choses, que j’apprenne des choses, c’est avec Joël que je vais pouvoir le faire. Quand je vais avoir la chance d’être en haut, je vais être prêt. »

La nouvelle vie

Dans cette nouvelle vie, il y aura Bouchard, bien sûr, qui connaît Hudon depuis qu’il a 15 ans. Il se promet d’être dur avec son nouveau protégé, et il l’a été sur la glace dans une séance de plus d’une heure. Il y aura aussi Dale Weise, Karl Alzner, Ouellet autour de lui, des joueurs qui connaissent le tabac et qui permettront à Hudon de relativiser sa situation.

Bouchard a donné le ton en conférence de presse. Les leaders ont suivi.

« Il y a pire que ça dans la vie. On l’aime tous Charles. C’est un bon petit gars. Mais il est chanceux. Il a l’opportunité de jouer, il a une paire de gants, un chandail, un bâton. Il est en santé, il a de beaux enfants. Je ne peux pas me sentir mal pour quelqu’un comme ça, quand on a tous autour de nous des gens qui traversent bien pire. Ça n’a pas fonctionné à certains niveaux, ce n’est pas le premier à qui ça arrive. Je regarde en avant, il va faire quoi à partir d’aujourd’hui pour devenir Charles Hudon 2.0. Je le dis avec beaucoup d’amour parce que je l’aime beaucoup, comme j’aime tous les joueurs ici. »

Ouellet : « On est cinq ou six dans la même situation. On sait comment ça affecte un joueur. Ma job est d’amener une énergie positive. Montrer aux jeunes qu’il y a pire que ça dans la vie. Et tant qu’à être dans la Ligue américaine, aussi bien essayer de gagner. »

Alzner : « La bonne nouvelle avec ma situation est que je vais jouer au hockey. Sinon, je dois seulement apprécier la vie. »

Weise : « Ce que je pourrais leur dire est de respecter la ligue ici. Amuse-toi, profite du chemin. Charles a l’occasion de se mettre en vitrine aussi pour d’autres équipes de la LNH. Tout le monde a une raison d’être ici. »

Hudon, d’ailleurs, a mentionné une discussion marquante avec Weise dans laquelle le vétéran lui a suggéré de recommencer à s’amuser. De retrouver le goût d’être sur une patinoire, de faire des jeux sans le stress de la LNH et du Canadien. De retrouver le sourire, simplement ça. Si facile et si complexe à la fois.

Hudon est bien entouré, et Laval sera peut-être le coup de pouce qu’il attendait.

Et ce nouveau départ se fera avec le numéro 18. Fini le 54, il devait choisir un numéro sous 44. Il n’a pas hésité longtemps.

« Le 18, c’était un des seuls numéros qui restait. C’est la fête à mon père. J’ai tout de suite pensé à lui. J’en ai parlé beaucoup avec mon frère aussi. On s’était dit qu’on recommençait à zéro. »