Il faut parfois revenir en arrière pour réaliser le chemin parcouru. 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

En replongeant dans le camp d’entraînement l’an dernier, difficile de ne pas réaliser les progrès énormes accomplis par le Canadien depuis 12 mois, malgré les apparences. 

D’abord, on ne connaissait pas l’identité des joueurs de centre à part Phillip Danault. Celui-ci avait été blessé l’année précédente et obtenu seulement 25 points, dont huit buts, en 52 matchs. 

Jesperi Kotkaniemi obtenait un essai intéressant, mais il avait connu un tournoi des recrues timides et la plupart des observateurs le voyaient en Finlande. 

Claude Julien a surpris dès le départ en plaçant Max Domi à cette position, après l’expérience infructueuse de Jonathan Drouin l’année précédente. Mais Domi avait marqué seulement huit buts avec les Coyotes et il y avait des sceptiques. Domi a vite été suspendu trois matchs après un assaut vicieux à l’endroit du défenseur Aaron Ekblad. On l’a peu vu en matchs préparatoires. 

Selon le plan initial, Tomas Plekanec ou Matthew Peca devait occuper le poste de troisième centre, derrière Domi et Danault. Malgré ses 18 ans, Kotkaniemi a mêlé les cartes. 

Un an plus tard, Domi a rempli sa mission avec succès et amassé 72 points, deux de plus que Logan Couture et six de plus que Ryan Johansen. Kotkaniemi a pris du coffre et son année d’expérience devrait le rendre encore plus fort. Danault a formé l’un des bons trios de la LNH avec Tomas Tatar et Brendan Gallagher, offensivement comme défensivement. 

Il n’y a plus de doutes. Danault, Kotkaniemi et Domi sont les trois premiers centres de l’équipe. Nate Thompson, dans un rôle résolument défensif, devrait occuper le poste de quatrième centre. Les jeunes loups Nick Suzuki et Ryan Poehling se retrouvent dans la peau de Kotkaniemi l’an dernier et tentent de voler un poste. Un luxe pour la direction. 

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Nick Suzuki

Après quelques semaines l’an dernier, Kenny Agostino, Michael Chaput et Nicolas Deslauriers formaient le quatrième trio du CH. Nick Cousins, Jordan Weal et Thompson leur sont nettement supérieurs.

L’autre grand changement demeure en défense. Avec l’absence de Shea Weber en première moitié de saison, on cherchait une solution temporaire à droite. Lors du match d’ouverture, Victor Mete occupait le poste de premier défenseur à gauche avec Jeff Petry à droite. Mete y était un peu par défaut après un camp d’entraînement difficile, où on avait tenté de le faire jouer à droite par moments. Mete a d’ailleurs vite eu besoin d’un stage à Laval pour retrouver son aplomb. 

La deuxième paire était formée par Mike Reilly et Noah Juulsen, la troisième de Xavier Ouellet et Jordie Benn. Karl Alzner était encore à Montréal dans un rôle de substitut. 

À moins d’un revirement de situation inattendu, les deux tiers de cette défense ne seront pas sur la glace lors du match d’ouverture. Victor Mete a pris du galon après son passage à Laval. Il a terminé la saison en force et sa place avec Weber n’est plus remise en question. 

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Victor Mete

Jeff Petry aura enfin un partenaire régulier, Ben Chiarot, 28 ans. Celui-ci n’a rien d’un Ryan Suter, mais il est supérieur à Jordie Benn. Plus mobile, plus robuste, plus doué offensivement. En deuxième moitié de saison à Winnipeg, après la blessure à Josh Morrissey, il n’était pas rare de le voir jouer plus de 20 minutes par match. 

Brett Kulak, une révélation l’an dernier, se retrouvera donc dans une chaise plus adaptée à ses capacités. Kulak jouait tantôt au sein de la première, tantôt au sein de la deuxième paire l’an dernier. Il stabilisera la troisième paire. 

Plusieurs se battent pour le poste de sixième défenseur : Mike Reilly, Christian Folin, Otto Leskinen, Cale Fleury, Josh Brook, Noah Juulsen, Karl Alzner, Xavier Ouellet. Folin, un colosse droitier de 6 pieds 3 pouces, est un candidat intéressant. Il a rendu de bons services à l’équipe en fin de saison. Reilly a joué au sein de la première paire une bonne partie de la dernière saison. Il demeure très doué offensivement. 

Fleury a joué de façon épatante hier pour un jeune de 20 ans. Il poursuit sur sa lancée du tournoi des recrues. Il possède un bon flair offensif, il se positionne bien, il frappe avec férocité. Brook a encore plusieurs failles dans son jeu. Difficile d’évaluer les chances de Alzner et Juulsen en raison de leurs blessures. Mais enfin bref, il y a une profondeur intéressante cette année. 

Devant le filet, rappelons-nous il y a un an. Carey Price venait de connaître sa pire saison en carrière. Il y avait des doutes. Il a été l’un des meilleurs en deuxième moitié de saison. On croyait encore en Antti Niemi, mais il allait s’essouffler. Charlie Lindgren était le gardien d’avenir. 

Le nouvel auxiliaire de Price, Keith Kinkaid, a six ans de moins que Niemi. Il n’a pas été très bon l’hiver dernier, mais il partageait le travail de façon équitable avec Cory Schneider chez les Devils il y a deux ans lors de leur saison surprenante. Le gardien d’avenir s’appelle Cayden Primeau. Il a laissé sa marque hier soir. 

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Cayden Primeau

Peut-être les jeunes entameront-ils tous la saison à Laval. Mais ils fourniraient à Claude Julien une profondeur intéressante. Rappelez-vous les candidats à un rappel l’an dernier. Chaput, Agostino. McCarron et Froese n’ont jamais reçu d’appel. Cette année ? Suzuki, Poehling, s’ils sont appelés à entamer la saison à Laval, pourront remplacer à tout moment un joueur offensif. Peca, Hudon et Weise, des joueurs de la formation de la LNH l’an dernier, pourraient se retrouver dans la Ligue américaine et grossir la liste de candidats à un rappel, avec McCarron.

Tout n’est pas parfait, évidemment. Victor Mete n’est pas encore le quart-arrière de rêve, peut-être ne sera-t-il jamais. Chiarot est limité offensivement. 

À l’attaque, on remarque une faiblesse évidente à l’aile droite. Après Brendan Gallagher, il y a peu de marqueurs. Joel Armia, malgré son efficacité en possession de rondelle et son gabarit, est limité offensivement. Kotkaniemi méritera mieux bientôt. On vient de placer Drouin à droite, la position qu’il occupait avec les Mooseheads d’Halifax. L’entraîneur Dominique Ducharme aimait l’utiliser de ce côté et le laisser permuter à gauche en entrée de zone. 

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Jonathan Drouin

En déplaçant Drouin à droite, on affaiblit l’aile gauche en y positionnant Artturi Lehkonen. Celui-ci pourra-t-il enfin connaître une saison de 20 buts ? 

Pour revenir à Drouin, il faudra vivre avec ses forces et ses faiblesses. Hier encore, des flashs incroyables, mais aussi des jeux en dentelle aux moments inopportuns. Il ne changera pas, mais il anime une attaque dans ses moments d’inspiration.

Les deux autres ailiers gauches, Tomas Tatar et Paul Byron, sont des compteurs de 20 buts. Mais il n’y a pas de marqueur d’élite ici. Il faudra attendre l’arrivée de Cole Caufield, peut-être aussi Jesse Ylonen, ou l’éclosion d’un Poehling ou Suzuki, de façon à replacer Domi à l’aile. 

Bonne saison. Elle s’annonce intéressante.

À LIRE

Les recrues Nick Suzuki et Cayden Primeau ont connu un bon premier match préparatoire hier soir au Centre Bell, Artturi Lehkonen aussi, «le meilleur de son trio», selon Claude Julien. L'analyse de Richard Labbé.