On a un peu sursauté dimanche quand Jonathan Drouin, après le match amical devant les partisans, nous a expliqué que c’était plaisant de jouer avec Artturi Lehkonen parce qu’il « sait compter des buts ». Est-ce bien la réalité ? En tout cas, c’est la réalité souhaitée par Claude Julien.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Les choses peuvent changer, bien sûr, mais hier soir contre les Devils du New Jersey au Centre Bell, lors du premier match préparatoire gagné 4-2 par le Tricolore, c’est Lehkonen qui était encore à la droite du gros trio, piloté par Max Domi au centre et Jonathan Drouin à gauche.

Est-ce la solution idéale ? Pour le moment, en tout cas, ça semble être la seule.

« Nous avons des choses à améliorer, mais je pense que nous serions capables de fabriquer quelque chose les trois ensemble, a expliqué Lehkonen. Je vois une certaine cohérence entre nous trois, nous avions déjà joué ensemble à quelques reprises la saison dernière. »

Il faut bien que Julien ait vu quelque chose de spécial en Lehkonen pour le placer dans un rôle aussi important. Il convient ici de rappeler que le sympathique Finlandais n’a jamais atteint la barre des 20 buts en trois ans dans la LNH…

« Il a travaillé fort, a dit Julien à son sujet. Il a bien joué. Je pense que les deux autres ont simplement été corrects. C’est le premier match préparatoire, donc ce n’est rien de préoccupant. Mais [Lehkonen] a été le meilleur de ce trio. »

Le message est clair, n’est-ce pas ? Autant pour Lehkonen que pour les « deux autres ».

Suzuki et Primeau

Pendant ce temps, au bas de la pyramide, il y a les plus jeunes, ceux qui veulent se faire une place. 

Et de ce groupe, il faudra avoir à l’œil Nick Suzuki, l’attaquant le plus souvent employé hier, avec 16 minutes et 59 secondes de temps de jeu. Il est clair que le Canadien va lui laisser toutes les occasions de saisir un poste, et il faut se rappeler qu’il a fait partie de l’importante transaction Pacioretty il y a un an. Les dirigeants aiment bien paraître, et ça influence parfois les décisions, ne l’oublions pas.

Enfin, notons la belle soirée du jeune gardien Cayden Primeau, qui n’a rien donné de bon aux Devils, à part ce but injuste en troisième, résultat d’un mauvais bond de la rondelle sur la bande. Au fait, vous avez vu son arrêt tout en longueur sur l’attaquant Blake Coleman lors de la deuxième période ? C’était quelque chose, comme dirait le grand Mario.

« Je ne sais pas qui arrivait, mais ils étaient à deux contre un, a expliqué le jeune gardien. Je savais que je devais respecter le tireur, surtout à ce niveau. Il semblait vouloir passer. J’ai simplement poussé le plus fort possible pour faire mon déplacement. »

Et la réaction de la foule, qui s’est mise à scander son nom ? « Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Il y avait tellement d’émotions, c’était incroyable… »

Nous n’en sommes pas encore au point où on doit arriver à la question « Primeau ou Price ? », mais si le jeune poursuit sa belle progression ainsi, ça ne devrait pas trop tarder.

Prochain match : Panthers de la Floride c. Canadien, demain soir (19 h) à Bathurst, au Nouveau-Brunswick

« C’était formidable »

Je n’ai jamais connu beaucoup de succès avec mes feintes, donc j’ai simplement tiré et ça a fonctionné. […] C’était formidable. Dans cet aréna, les partisans sont fous. C’est un des plus beaux moments de ma carrière.

Jake Evans, auteur du but gagnant

La rondelle tirée par Shea [Weber] m’a atteint juste au niveau des jambières. Je suis allé le voir ensuite pour lui dire de ne pas se retenir la prochaine fois et de tirer de toutes ses forces parce que je serai là…

Artturi Lehkonen

On est capables de se lire l’un l’autre. Quand tu en vois un à droite, tu t’en vas à gauche. Sur les mises au jeu aussi, on peut changer de côté ; des fois, un est meilleur que l’autre d’un côté. Il est très polyvalent.

Jonathan Drouin, qui a fait plusieurs permutations avec Artturi Lehkonen

Je me sentais bien, je trouve que la vitesse du jeu est un peu différente pour moi, mais ça n’a pas été un problème. J’ai l’impression d’avoir beaucoup progressé depuis la saison dernière.

Cale Fleury

Propos recueillis par Richard Labbé et Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Premier test réussi

Les circuits juniors ne compilent pas le temps d’utilisation des joueurs, mais Nick Suzuki pouvait facilement jouer 25 minutes par match l’an dernier en séries à Guelph. Ça donnait un joueur qui, malgré son grand talent, n’avait pas toujours l’air d’avoir la pédale au plancher. Un peu normal quand vous jouez pratiquement une présence sur deux… Hier, il a été l’attaquant le plus utilisé de son camp, mais dans des proportions raisonnables. On a donc vu un joueur qui affichait une belle intensité, capable d’embêter l’adversaire le long des rampes. Et avec son bon travail en désavantage numérique, sa candidature devient plus intéressante, car il pourrait aider l’équipe de plusieurs façons. « Il est beaucoup plus fort que l’an passé. Il ne manque pas de confiance, surtout avec la saison qu’il a connue l’an passé. Il a travaillé fort pour améliorer son patin. L’année de plus fait la différence », a estimé Claude Julien.

En attendant l’avantage numérique…

On ignore toujours si l’avantage numérique du Canadien sera potable cette saison (peut-il vraiment être pire que l’an passé ?), mais en attendant, il ne manquera visiblement pas de joueurs pour le désavantage numérique. Avec Phillip Danault, Artturi Lehkonen, Joel Armia et compagnie, il ne manque pas d’attaquants pour écouler ces minutes avec le CH. Mais avec les six pénalités dont a écopé le Tricolore, on a vu que d’autres joueurs pourront jouer ce rôle à Laval. Phil Varone s’est montré tenace sur une séquence avec Suzuki, et Julien a souligné son bon travail après le match. Le but gagnant de Jake Evans était le résultat d’un effort inspiré. Et en défense, Cale Fleury a passé 19 minutes sur la patinoire, dont 4 min 35 s en désavantage numérique. « Probablement un de nos meilleurs défenseurs [hier] soir », a dit Julien.

Butcher, le modèle

À 5 pi 10 po et 190 lb, Will Butcher a un gabarit similaire à celui de Victor Mete. Bon patineur, porté vers l’attaque, Butcher joue aussi à la façon de Mete. Et comme le petit défenseur du CH, Butcher ne remplit pas les filets adverses : 9 buts en 159 matchs dans la LNH jusqu’ici ; mais il a tout de même connu des campagnes de 44 et 30 points. Bref, on le regarde aller et on peut imaginer ce que Mete peut atteindre comme plafond. Mete est toujours à la recherche de son premier but dans la LNH, et Butcher a démontré comment un joueur de son style peut toucher la cible. En fin de première période, il a accepté une passe à pleine vitesse en entrée de zone, avant de marquer d’un bon tir des poignets. C’était toutefois en avantage numérique, et si on se fie à ce que l’on voit depuis le début du camp, Mete n’est pas destiné à jouer dans cette situation.

En hausse : Cale Fleury

On n’attendait rien de ce défenseur, un troisième choix au repêchage de 2017, mais encore quelques performances de la sorte et on pourrait devoir se raviser.

En baisse : Josh Brook

Lui, à l’opposé, on s’attendait certes à un meilleur match de sa part. Il a paru confus sur la glace pendant une bonne partie de la soirée.

Le chiffre du match : 16

C’est le total des arrêts du gardien Cayden Primeau après une moitié de soirée de travail. Il a accordé un but.