Quand Nick Cousins a signé un contrat avec le Canadien de Montréal, on n’en a pas fait grand cas. C’était un joueur de profondeur de plus dans une équipe qui n’en manquait pourtant pas.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Quand Claude Julien a dit que « huit joueurs se battaient pour cinq postes », on a logiquement cru qu’il en faisait partie. Qu’il était un parmi d’autres, ni plus ni moins.

Après tout, Cousins n’a jamais dépassé le plateau des 12 buts, et il revient d’une campagne modeste de 27 points avec les Coyotes de l’Arizona. À des années-lumière de ses glorieuses années juniors, à Sault Ste. Marie, dont il n’a jamais su recréer la magie.

Pourtant, hier, Claude Julien a prononcé une phrase qui laisse croire que Nick Cousins n’est peut-être pas, au fond, un parmi d’autres.

« Je ne sais pas encore quel rôle il aura. On a beaucoup de compétition. On voit un peu d’Andrew Shaw en lui. Un gars qui est capable de se salir le nez. C’est aussi un gars qui a des habiletés offensives. Avant de répondre à la question, j’aimerais le voir dans les matchs préparatoires. […] On croit que c’est un gars qui peut venir nous aider, surtout avec la perte d’Andrew Shaw. Ce genre de joueur t’aide à gagner des matchs contre certaines équipes. »

On sait ce qu’Andrew Shaw représentait pour le Canadien. Ce qui donne encore plus d’importance à la comparaison de l’entraîneur.

Shaw a traversé des tempêtes pour redevenir un joueur important sur la glace. Tandis qu’on le croyait sur le déclin, il a relancé sa carrière en complétant à merveille un trio avec Jonathan Drouin et Max Domi. Il était un travailleur acharné, sans peur, et qui savait propager son énergie à ses coéquipiers.

Puis, on est tombés sur ce sondage de l’Association des joueurs et on a compris bien des choses. À la question « Quel joueur est le meilleur pour utiliser un langage ordurier sur la glace ? », qui retrouvait-on au 5e rang ? Nick Cousins. Quant à savoir qui était le pire, Cousins venait au 4e rang. Ce qui veut dire que dans un cas comme dans l’autre, Cousins sait déranger sur la glace. Comme Shaw le faisait.

J’ai vu ça ! J’étais parmi les pires et les meilleurs. C’est amusant. Je ne le savais même pas, mais quelqu’un me l’a envoyé. Je vais accepter le compliment.

Nick Cousins

Quels sont ses trucs en la matière ?

« Tu dois être prêt à tout moment et avoir plusieurs bonnes répliques [good one-liners en anglais] déjà prêtes. C’est ce qui fait de Brad Marchand le meilleur de la ligue. Tu dois seulement être toujours sur le qui-vive si quelqu’un t’insulte. »

A-t-il quelques valeurs sûres ?

« Oui, mais je ne peux pas les répéter. »

Détester Domi

Cette comparaison avec Shaw a fait sourire Cousins. C’est que les deux joueurs, originaires de Belleville en Ontario, se connaissent très bien. Ils s’entraînent ensemble l’été et Shaw lui a souvent vanté les mérites de la métropole.

« J’espère pouvoir amener ce qu’il a amené à l’équipe. Ça a de la valeur dans la LNH de pouvoir jouer sur n’importe quel trio, n’importe quel soir [comme le faisait Shaw]. Je crois que je peux jouer à toutes les positions à l’attaque et je suis un joueur polyvalent. […] Je suis un bon coéquipier et je suis prêt à tout pour aider l’équipe. »

Dans cette courte discussion avec Cousins, on a découvert un joueur habile devant les médias, et qui savait très bien dans quoi il s’embarquait en signant un contrat avec le Canadien.

Il avait d’ailleurs échangé la saison dernière des textos à ce sujet avec Max Domi, son ancien coéquipier chez les Coyotes.

« Je lui ai envoyé quelques textos pour savoir comment il se débrouillait. Ça a vraiment bien été pour lui ici, il a adoré être sous les projecteurs. Il ne m’a dit que de belles choses sur l’organisation. Il m’a accueilli à bras ouverts. »

On a aussi appris qu’il n’y a pas si longtemps, au niveau junior, Cousins et Domi se détestaient royalement. L’un jouait à London, l’autre à Sault Ste. Marie. Cousins avait pour mandat de déconcentrer Domi, et les deux joueurs, que l’on devine assez intenses aussi à l’époque, ne se faisaient pas de quartier.

« On ne se lâchait pas. Il serait le premier à dire qu’on ne s’entendait pas très bien. En même temps, quand j’ai été échangé aux Coyotes, il a été le premier à me texter. Même chose quand j’ai signé mon contrat avec Montréal. On a mis nos différends de côté et nous sommes devenus de bons amis. »

Domi, pour sa part, s’est un peu raidi quand on lui a mentionné la comparaison entre Cousins et Shaw.

« Il n’y a pas deux Andrew Shaw. On ne le remplacera pas. On ne partira pas les comparaisons. Je peux simplement vous dire que j’ai joué avec Cousins et je sais ce qu’il apporte à une équipe. Il s’entraîne fort, il travaille fort et il est un très bon coéquipier. Il est génial dans un vestiaire. Il est rassembleur puisqu’il est très drôle. »

Sauf que…

« Sauf que dans le junior, je voulais le tuer la majeure partie du temps. Il sait comment te faire sortir de tes gonds. Mais il ne fait pas juste parler, il peut jouer. »

Bien sûr, rien n’est gagné pour Cousins. Il n’est pas le seul à se présenter au camp avec l’espoir d’y laisser sa marque. Mais on comprend un peu mieux maintenant pourquoi il y est, et pourquoi il sera peut-être encore là au premier match de la saison.