Vous savez, ce très mauvais sentiment de faire un cauchemar ? Vous rêvez que vous êtes en retard, en chute libre, ou coincé quelque part, peu importe. Le réveil devient une sorte de libération. Une tartine au beurre de cacahuètes plus tard, c’est oublié.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Jack York, lui, a vécu un cauchemar bien réel. Le défenseur de 19 ans a participé au camp des recrues du Canadien à titre de joueur invité. Sans grande surprise, il a été retranché hier. Jamais repêché, ce sera à recommencer pour lui l’été prochain. Mais sans un coup de malchance, peut-être aurait-il été repêché, et ainsi aurait-il eu une deuxième chance de se faire valoir en 2020.

Malchance, vous dites ? York a été ignoré à sa première année d’admissibilité, en 2018. Cette année, à la mi-saison, il pointait au 212e rang de la Centrale de recrutement de la Ligue nationale. C’était loin de l’assurer d’être repêché, mais il avait bon espoir de grimper au classement final et d’être réclamé dans les tours tardifs. Échangé à Barrie en décembre, il commençait à y prendre ses aises.

Le 10 mars, il se présente à Niagara. York vient d’amasser six points à ses quatre matchs précédents et aide du mieux qu’il le peut son équipe à lutter pour une place en séries éliminatoires. Des recruteurs affluent au match, et certains croient que le Canadien avait notamment à l’œil le fils de l’ancien défenseur Jason York.

C’est là que la catastrophe survient. Jack York nous la raconte.

« On jouait au soccer pour s’échauffer avant le match. Le ballon s’est retrouvé coincé près d’une lumière au plafond. Les gars ont essayé de donner des coups pour le faire retomber, mais un morceau métallique est tombé et m’a coupé le genou. La pièce était très coupante et très lourde. Ça saignait beaucoup. Ça ne faisait pas si mal, mais c’était dégoûtant ! J’ai eu besoin de 30 points de suture sur place et j’ai raté les cinq derniers matchs de la saison. »

Cinq matchs ratés, cinq défaites. On vous disait que Barrie se battait pour une place en séries. Ces cinq défaites ont achevé les Colts, exclus des séries par sept points. York n’a donc jamais eu la chance de retourner jouer et d’ainsi favoriser ses chances d’être repêché.

C’est un bête accident, une malchance. Ça ne m’a vraiment pas aidé en vue du repêchage.

Jack York

« Ce n’était pas une question de vie ou de mort, mais je me disais que ça allait affecter mon rang de repêchage, car en fin de saison, plusieurs recruteurs nous suivent. En séries, il y a encore plus de gens qui nous regardent. Je pensais à ça, mais aussi à l’équipe qui a raté les séries. Je savais que ce n’était pas ma faute, mais c’était décevant », se souvient le jeune homme de la région d’Ottawa, rencontré au tournoi des recrues à Belleville.

York en était à son deuxième séjour dans l’entourage du Canadien. L’équipe l’avait aussi invité au camp de développement de juin dernier. « Il doit bien y avoir une raison pour laquelle ils m’ont invité de nouveau », rappelle-t-il. À suivre l’été prochain.

Trois blessures en un an

Cameron Hillis, lui, a été repêché par le Canadien en 2018, au 3e tour (66rang). Lui aussi malchanceux, lui aussi retranché hier.

Hillis représentait un pari intéressant pour Montréal. À ses débuts dans la Ligue junior de l’Ontario, à 17 ans, il avait amassé 59 points en 60 matchs à Guelph. « Un petit moteur qui n’arrête jamais », avait dit Trevor Timmins au terme du repêchage.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Cameron Hillis

Mais son corps l’a laissé tomber. Une blessure aux côtes, une à un genou, puis deux blessures de suite à la même clavicule. La deuxième est survenue lors du deuxième match des séries, et a nécessité une opération afin de lui insérer cinq vis. Sa saison était terminée. C’est donc à titre de spectateur qu’il a assisté au formidable parcours de ses coéquipiers. Mené par Nick Suzuki, le Storm a atteint la Coupe Memorial, comblant notamment un retard de 0-3 au deuxième tour.

« Tu dois trouver du positif dans tout, rappelait Hillis, rencontré hier. Ma façon de le faire, c’était de regarder l’équipe, de voir comment les joueurs se sont regroupés, ce que ça prend pour gagner un championnat. J’ai pu passer des heures supplémentaires sur la patinoire à travailler sur mon jeu. Je pense que j’ai rattrapé le temps perdu. »

Plusieurs joueurs vivent leur première adversité une fois chez les pros. Je suis content d’avoir déjà vécu ça, d’en avoir eu beaucoup. Je sais comment composer avec ça. Honnêtement, c’est un autre aspect positif.

Cameron Hillis

Les droits de Hillis appartiennent encore au Canadien, mais il ne lui reste plus qu’une saison pour convaincre l’équipe de lui accorder un contrat, sans quoi il deviendra libre comme l’air le printemps prochain. À l’image des autres attaquants repêchés en 2018 par le Tricolore, il n’a guère été visible pendant le tournoi des recrues.

Hillis retourne à Guelph à titre de capitaine d’une équipe qui a perdu bien des éléments, dont Suzuki. Il devra maintenant démontrer qu’il n’a pas gardé de séquelles de son année de malchance.