Au deuxième tour des séries dans la Ligue de l’Ontario, le Storm de Guelph, l’équipe de Nick Suzuki, était en retard 0-3 contre les Knights de London.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Suzuki voit ce moment précis comme celui où il est devenu un autre joueur. Un joueur plus mature, plus confiant. Un joueur qui peut rêver de LNH.

« J’ai dit, non, on ne peut pas, a expliqué Suzuki. Je ne vais pas terminer ma carrière junior comme ça. Je ne vais pas être balayé par l’équipe de ma ville natale. Moi et Isaac Ratcliffe, on en parlait tout le temps. Ça nous a poussés et ça a fini par pousser tout le monde dans l’équipe. On l’a vécu un match à la fois. Tu pourrais demander aux joueurs de l’équipe s’ils croyaient qu’on reviendrait à 3-3. Même moi j’aurais dit non. Mais on l’a fait. »

Dans ce match sans lendemain, le Storm a gagné 4-3. Suzuki a inscrit un but et deux aides, sans toutefois briller de tous ses feux. Le meilleur était à venir.

En demi-finale, le Storm était en retard 0-2, puis 1-3 contre le Spirit de Saguinaw. Le Storm a remonté la pente, pour atteindre la finale. Puis en finale, les 67s d’Ottawa ont pris l’avance 2-0 … avant que le Storm ne perde plus en route vers le titre.

Suzuki a inscrit 16 buts et 26 aides en 28 matchs de séries. Pour ajouter du lustre à une saison qui comptait déjà 94 points en 59 matchs (dont 30 matchs avec l’Attack d’Owen Sound).

« J’ai atteint un autre niveau en séries. Je ne le faisais pas toujours dans le junior, mais j’ai l’impression que j’ai découvert ce que je devais faire pour jouer chez les professionnels. J’ai vu la combativité de tout le monde quand on tirait de l’arrière. Je n’avais jamais vu ça. J’ai vu la passion de gagner et la volonté de jouer l’un pour l’autre. »

« Je n’avais jamais compris à quel point il était bon avant de jouer avec lui, a reconnu son ancien coéquipier Liam Hawel, invité au camp des recrues par le Canadien. Ce qu’il fait chaque jour, j’avais rarement vu ça. Il a tellement de talent et il est tellement brillant. On doit le voir pour vraiment comprendre. Il est incroyable comme coéquipier et comme ami. »

Suzuki s’est offert quelques jours de congé après sa défaite en demi-finale à la Coupe Memorial. Question de décompresser après une année fort chargée, et avant un été déterminant pour la suite de sa carrière. Il a pris du coffre. Il a aussi travaillé son coup de patin, avec des gourous en la matière, Barb Underhill et Dwayne Blais.

« Barb Underhill patine comme je n’avais jamais vu avant. J’ai regardé ses faits saillants de patinage artistique. Elle patine encore comme ça. Elle m’a appris une nouvelle technique qu’elle essaie d’apprendre aux Maple Leafs. C’est de ralentir un peu avant d’exploser. C’est une technique de patin, toujours être sur un patin plutôt que sur deux. »

Une place à prendre

Avance rapide, le voici au camp des recrues du Canadien de Montréal. Il aura l’occasion de se faire voir dans un tournoi à trois équipes contre les espoirs des Jets de Winnipeg et des Sénateurs d’Ottawa. Plus encore, il aura une véritable occasion de se battre pour une place avec le grand club.

Parce qu’il y a des places disponibles, surtout à l’aile droite. C’est d’ailleurs à cette position qu’il devrait amorcer son camp. Le Canadien n’aura jamais trop de prolifiques marqueurs, et c’est ce qu’il doit être au plus haut niveau pour faire sa place.

Suzuki, au premier regard, n’aurait pas vraiment de rôle sur les derniers trios du Canadien. C’est d’ailleurs ce qui joue contre lui. Tant qu’à sous-utiliser sa créativité offensive, aussi bien le laisser se développer correctement avec le Rocket de Laval.

« C’est lui qui tient le bâton, a dit l’entraîneur du Rocket Joël Bouchard. Je comprends pour les journalistes, il y a un engouement. L’année passée c’était avec Jesperi Kotkaniemi. C’est normal et c’est le fun. On a de bons jeunes joueurs et on est fiers. D’un autre côté, c’est à eux de s’adapter. On doit prendre notre temps. Il y a des attentes, ça fait partie du hockey, surtout à Montréal. De mon côté, je ne m’emballe pas trop vite avec les joueurs. Il y a un processus à respecter, pour lui comme pour les autres. »

Suzuki juge bien sûr qu’il pourrait amener beaucoup au Canadien. Il parle avec beaucoup de confiance, celle acquise par le triomphe à travers l’adversité. Il croit pouvoir utiliser son expérience des séries ontariennes si ça chauffe dans la grande ligue.

Il croit aussi que son brio en avantage numérique pourrait lui ouvrir les portes de la LNH. Surtout avec une équipe dont c’était l’une des principales faiblesses la saison dernière. Suzuki rappelle, bien humblement, que chacune de ses anciennes équipes avait un bon avantage numérique. Il n’était évidemment pas étranger à ces succès.

Suzuki a tout à prouver. Mais c’est sûr qu’une organisation l’ayant décrit comme « la pièce maîtresse de la transaction de Max Pacioretty » lui donnera l’occasion de se faire justice. C’est au joueur de la saisir.

« Pour les dernières années, je savais que je retournerais au niveau junior. Maintenant, je sais que je peux être à Montréal. Je veux vraiment être ici, je vais tout faire pour y arriver. »