Marc Bergevin doit-il craindre pour son poste advenant une autre exclusion des séries éliminatoires? 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

The Hockey News posait la question hier en podcast.

Si le Canadien ne se qualifiait pas ce printemps, il raterait les séries pour une quatrième fois en cinq ans. Il s’agirait évidemment d’un échec lamentable. Une seule fois l'équipe a-t-elle vécu pareil affront, entre 1998 et 2003.

Mais pour analyser avec plus de justesse le travail de Marc Bergevin, il m’apparaît important de diviser son règne en deux temps. 

Le DG du Canadien a été embauché en 2012. Les premières années de son plan quinquennal ont produit des résultats intéressants, après la fin de règne catastrophique de Bob Gainey et Pierre Gauthier. 

Bergevin a ouvert la porte aux jeunes, entre autres Alex Galchenyuk et Brendan Gallagher, et relancé la carrière de Carey Price avec l’embauche avisée de Stéphane Waite. 

Le CH a participé aux séries trois années de suite, atteint le carré d’as en 2014 et la deuxième ronde en 2015. Ça s’est gâté par la suite. L’arrivée de Shea Weber, obtenu pour P.K. Subban, et d'Andrew Shaw, acquis en retour de deux choix de deuxième ronde, n’a pas donné les résultats escomptés. 

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Shea Weber et Andrew Shaw

Bergevin aurait pu être congédié au terme de sa sixième année en poste, en 2018, après une saison fort décevante. Le Canadien venait d’être écarté des séries pour une deuxième fois en trois ans malgré sa volonté de gagner à court terme.

Geoff Molson a réitéré sa confiance en Marc Bergevin et les deux hommes ont remis les compteurs à zéro. Ainsi allait s’amorcer une phase de réinitialisation, ou de reconstruction partielle, si vous préférez. 

En mettant les compteurs à zéro nous aussi, on peut évaluer le travail du Bergevin de 2019-2020 avec plus de clarté. Le plan mis en place en avril 2018 est-il sur la bonne voie? Une exclusion des séries cette année serait-il synonyme d’échec du plan de réinitialisation? 

Analysons le travail du DG depuis le jour zéro de son «deuxième règne», en juin 2018. Il a congédié son personnel d’entraîneurs dans la Ligue américaine et a embauché l’un des plus brillants entraîneurs au niveau junior, Joël Bouchard. Il a fourni à son entraîneur Claude Julien un coach progressiste derrière le banc, Dominique Ducharme, l’associé de Bouchard pendant deux ans avec l’équipe nationale junior. 

Bergevin a ensuite échangé deux de ses meilleurs compteurs. Alex Galchenyuk, 24 ans, pour Max Domi, 23 ans. Galchenyuk a déjà été échangé des Coyotes aux Penguins après une autre saison décevante et Domi est devenu le premier centre du CH après une saison de 72 points, dont 28 buts. 

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Max Domi

Le capitaine Max Pacioretty, presque 30 ans, est passé aux Golden Knights de Vegas à l’aube du camp d’entraînement. Le CH a obtenu Tomas Tatar, 27 ans, Nick Suzuki, l’un des espoirs les plus prometteurs de la LNH, et un choix de deuxième ronde. 

Tatar a amassé 58 points, dont 25 buts, au sein d’un trio avec Phillip Danault et Brendan Gallagher. Pacioretty s’est contenté de 40 points en 66 matchs.

Avec 42 points en 24 matchs de séries dans la Ligue junior de l’Ontario, le meilleur total au pays, Suzuki, 20 ans, est proche d’un poste dans la LNH. Le Canadien a repêché deux défenseurs gauchers, Mattias Norlinder (3e ronde) et Jacob Leguerrier (5e ronde) grâce au choix de deuxième ronde obtenu pour Pacioretty. 

Bergevin a refusé d’échanger ses meilleurs choix au repêchage et ses espoirs de premier plan pour des solutions à court terme. 

Malgré de nombreuses offres, le Canadien a conservé son troisième choix au total en 2018 et mis la main sur Jesperi Kotkaniemi, l’éventuel premier choix de l’équipe. 

REUTERS

Jesperi Kotkaniemi, entouré de Trevor Timmins et Marc Bergevin.

Le Canadien a bénéficié de dix choix dans les trois premières rondes depuis deux ans, et trois choix dans les deux premières rondes en 2017. 

Bergevin a récupéré des choix de deuxième (2020) et de troisième (2021) rondes pour Andrew Shaw. 

En plus de son choix de première ronde en 2020, le CH a deux choix de deuxième ronde l’an prochain, un choix de troisième et quatre choix de quatrième. 

Une majorité d’experts estiment que le Canadien possède l’une des meilleures banques d’espoirs de la Ligue nationale, à toutes les positions: Cayden Primeau, gardien par excellence dans la NCAA et invité au Championnat mondial par l’équipe américaine malgré ses 20 ans; Noah Juulsen, Josh Brook et Cale Fleury du côté droit de la défense; Alexander Romanov, le défenseur par excellence au plus récent Championnat mondial junior, Jordan Harris et Jayden Struble du côté gauche de la défense, avec Victor Mete, 21 ans, déjà dans la LNH; Jesperi Kotkaniemi, Ryan Poehling et Nick Suzuki au centre; Cole Caufield et Jesse Ylonen aux ailes. On ne parle pas des Allan McShane, Cole Fonstad, Cam Hillis ou Joni Ikonen. 

Ils ne perceront évidemment pas tous. Mais au volume, l’avenir s’annonce prometteur. Le créneau favorable de succès vient de s’élargir.

Par ailleurs, sept des huit premiers compteurs de l'an dernier ont 28 ans ou moins. Seul Paul Byron a 30 ans. 

Le Canadien devrait atteindre son sommet d’ici deux ou trois ans et ne dépendra pas nécessairement de Carey Price ou de Shea Weber. Atteindre les séries en 2020 constituerait un intéressant boni. 

Le plan de réinitialisation mis en place par Marc Bergevin en 2018 est-il sur la bonne voie? Poser la question, c’est y répondre. Son poste ne devrait pas dépendre d’une participation aux séries, malgré les déceptions des dernières saisons.

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Une mine d'informations se trouve dans ce texte de Jean-François Tremblay sur les joueurs autonomes avec compensation. L'agent de joueurs Allan Walsh nous donne des pistes de réflexion intéressantes.