Le commissaire de la Ligue nationale de hockey, Gary Bettman, n’en démord pas et remet en question tout lien direct entre les commotions cérébrales multiples au hockey et l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC). L’Association des joueurs de la LNH ne semble pas du même avis.

Michel Lamarche
La Presse canadienne

«Je ne crois pas, en m’appuyant sur tout ce que l’on m’a dit — et si quelqu’un dispose d’information contraire, nous serions heureux de l’entendre — à l’exception de quelques cas anecdotiques, il n’y a pas de lien aussi concluant», a déclaré Bettman, au début du mois de mai, lors de son passage devant un sous-comité de la Chambre des communes à Ottawa.

Or, à l’Association des joueurs, on semble reconnaître l’existence d’un lien selon cette réponse fournie par courriel à La Presse canadienne:

«Il va sans dire qu’un traumatisme au cerveau peut être dommageable et nous reconnaissons, comme l’a mentionné les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies — une agence fédérale des États-Unis —, que la recherche à ce jour tend à démontrer que l’ETC est en partie causée par des traumatismes répétés au cerveau, incluant des commotions cérébrales et des sous-commotions.»

La prise de position de Bettman a provoqué plusieurs autres réactions opposées. L’une d’elles est venue du médecin Charles Tator, un professeur en neurochirurgie à l’Université de Toronto.

«Selon moi, il y en a un (lien), a déclaré le docteur Tator en entrevue à La Presse canadienne. Nous ne savons pas combien de joueurs ayant subi plusieurs commotions cérébrales l’auront. C’est un aspect important.»

Maintenant politicien, l’ancien hockeyeur Enrico Ciccone, qui admet s’inquiéter pour son avenir en raison des commotions qu’il dit avoir subies, est troublé par les propos du commissaire.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Enrico Ciccone

«Ce n’est pas normal que des gars de 40 ans se suicident, ce n’est pas normal que des Joe Murphy vivent dans le bois et qu’ils ne soient plus capables de contrôler leurs faits et gestes. Il y a des gars, aujourd’hui, qui ont mon âge, qui perdent la mémoire, qui ne se rappellent plus d’aller chercher les enfants, qui oublient qu’ils ont monté le thermostat. Alors, quand j’entends des choses comme ça de la part de Gary Bettman, ça me dérange énormément et je trouve ça déplorable.»

L’ETC, une maladie qui ne peut être diagnostiquée pour l’instant que lors d’une autopsie, a été décelée après l’analyse du cerveau de nombreux anciens joueurs de football de la NFL. Bien que moins nombreux au hockey, des cas existent.

L’un des plus récents, qui a fait les manchettes — et même l’objet d’un livre de Ken Dryden — est celui de Steve Montador, qui a accumulé 807 minutes de punition en 571 matchs pendant sa carrière de 10 saisons dans la LNH, de 2001 à 2012. Montador est décédé en 2015 à l’âge de 35 ans.

PHOTO CHRIS CARLSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Steve Montador

«J’ai personnellement compté dans les dossiers de Steve Montador qu’il a eu au moins 19 commotions cérébrales, et son cerveau lors de l’autopsie a montré l’ETC, a déclaré le docteur Tator. Alors, pourquoi Gary Bettman ne reconnaît-il pas cela?»

Dans son courriel à La Presse canadienne, l’Association des joueurs dit avoir mis de l’avant plusieurs initiatives en matière de commotions cérébrales.

«Nous avons retenu les services de médecins consultants qui sont des experts en matière de commotions cérébrales pour nous permettre d’être à jour avec les plus récentes recherches au sujet des commotions, de l’ETC et d’autres questions relatives aux blessures au cerveau.

«Avec leur aide, le sous-comité sur les commotions a apporté et continuera d’apporter des améliorations à tous les aspects du protocole relatif aux commotions cérébrales, incluant leur détection précoce, une gestion appropriée et un retour au jeu réussi.»