(Sainte-Marie-de-Beauce) Thomas Chabot ne contrôle qu’une seule chose : ce qui se passe sur la glace.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

C’est un cliché sportif usé à la corde, mais c’est parfois véritablement tout ce qu’il reste.

C’était vrai en tout cas quand on est allé le rencontrer à Sainte-Marie, à l’occasion de son tournoi de golf au profit de l’association de hockey mineur de Beauce-Nord. Il a accueilli les invités sous la pluie, mais que pouvait-il y faire au juste ?

C’est vrai aussi avec les Sénateurs d’Ottawa, une organisation devenue le paratonnerre de la LNH. Qu’est-ce que Chabot peut faire devant assez de rebondissements pour écrire une série Netflix ? Jouer au hockey. C’est cliché, mais c’est ça. Il n’y a rien d’autre à faire.

Tout ce qui pouvait arriver de mal à une équipe professionnelle est arrivé aux Sénateurs, d’un propriétaire devenu honni des partisans à une vidéo de joueurs insultant un entraîneur. En passant par les congédiements, le nouvel aréna qui n’arrive pas, même un membre de la direction accusé de harcèlement.

Tout ça au sein d’une équipe qui a terminé au dernier rang de la LNH et qui, comble de malheur, avait échangé son premier choix pour un joueur, Matt Duchene, qui a levé les voiles. Le simple fait d’écrire ces paragraphes procure un frisson, imaginez faire partie de l’équipe.

« Ç’a été beaucoup de hauts et de bas, reconnaît Chabot. On l’a vu avec les échanges de l’été. C’est difficile, mais ça fait partie du hockey. J’ai juste 21 ans et je suis déjà passé au travers de ça. C’est de l’expérience. J’essayais de me concentrer sur le hockey. On ne prend pas les décisions sur qui part et qui reste. Je me suis concentré toute l’année à jouer au hockey.

Au classement, ça n’a pas bien été, mais pour le futur, ça regarde bien. On a plusieurs bons jeunes.

Thomas Chabot

Chabot jure que le bruit entourant les Sénateurs n’a jamais pollué le vestiaire. Plusieurs fois durant la saison, il a parlé d’un groupe uni qui a préféré se serrer les coudes plutôt que de s’entredéchirer. N’empêche, les Matt Duchene et Mark Stone ont préféré regarder ailleurs dès qu’ils en ont eu l’occasion.

Avec comme résultat, comme le dit Chabot, que l’équipe est entre les mains des jeunes. Elle l’était déjà l’année dernière, c’est encore plus vrai pour la saison à venir. Chabot est le quart-arrière, à 22 ans. Il sera entouré des Brady Tkachuk, Colin White, Drake Batherson, Logan Brown, Max Véronneau, Anthony Duclair, Christian Jaros, tous plus jeunes les uns que les autres.

Le directeur général Pierre Dorion s’y est attaqué en allant chercher l’un des plus vieux joueurs de la LNH en Ron Hainsey sur le marché des joueurs autonomes. Il a aussi acquis le défenseur d’expérience Nikita Zaitsev dans une transaction d’envergure avec les Maple Leafs de Toronto.

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Thomas Chabot, dont le contrat vient à échéance l'an prochain, ne s'en fait pas trop avec son avenir.

Je vois mon rôle de la même façon. L’acquisition de deux gars plus âgés, ça va nous aider. On est vraiment jeunes. Ils vont nous guider, ils ont vécu des choses, Hainsey s’est rendu jusqu’au bout [avec les Penguins de Pittsburgh]. C’est positif pour notre équipe.

Thomas Chabot

« J’ai hâte au camp, ajoute-t-il, pour rencontrer ces nouveaux gars-là et voir la compétition. On sera plusieurs jeunes à vouloir gagner notre place et notre temps de glace. »

Dorion a aussi confié l’équipe à un nouvel entraîneur, DJ Smith, reconnu pour son travail avec les jeunes d’abord dans la Ligue de l’Ontario, puis comme adjoint avec les Maple Leafs. Chabot a discuté avec Smith dès son embauche, tandis qu’il représentait le Canada au Championnat du monde. Il s’est dit très impressionné par le ton de leur discussion et l’enthousiasme du nouveau pilote.

Long terme

C’est bien beau de se projeter dans l’avenir à Ottawa, mais peut-on vraiment le faire sans aucun des jeunes joueurs sous contrat à long terme, à l’exception de Colin White qui a paraphé hier une entente de six ans ?

C’est le cas de Chabot, qui entame la dernière année de son contrat de recrue et qui, par le fait même, deviendrait joueur autonome avec restriction à la fin de la saison. Quand on lui demande s’il s’imagine s’engager pour sept ou huit ans avec les Sénateurs, il reste vague.

Je ne pense pas à ça. Il me reste un an de contrat, et tout ce que je peux contrôler est d’avoir une bonne saison. Je n’y ai pas pensé cet été, je continue la même routine pour arriver prêt au camp. Ce qui arrivera arrivera.

Thomas Chabot

« Avec la saison dernière, j’étais premier défenseur. Je suis bien à Ottawa, tout va bien, et j’espère connaître une autre bonne saison. Tout le reste, je laisse ça à mon agent. »

Encore le fameux cliché, « tout ce qu’il peut contrôler ». Mais c’est vrai, encore. Ça prend deux partenaires pour danser, un joueur qui aime assez sa situation et une équipe prête à sortir le chéquier. Le propriétaire Eugene Melnyk a peut-être dit qu’il dépenserait bientôt sans compter, c’est archifaux pour la saison prochaine.

En acceptant des contrats de joueurs blessés (comme Ryan Callahan) et en allant chercher par transactions des joueurs qui avaient déjà encaissé leur boni du 1er juillet (Zaitsev, Artem Anisimov et Connor Brown), la masse salariale véritable des Sénateurs est à 47,5 millions (selon Capfriendly). À des lieues des équipes qui frôlent le plafond de 81,5 millions.

« On voulait avoir des jeunes joueurs. Ce qui vient avec ça, ce sont des joueurs avec des contrats de recrues. Ça donne de la place aux jeunes, ça donne des gars qui veulent jouer avec Ottawa. Mais ça ne nous dérange pas, tout ce qu’on contrôle est de jouer au hockey. »

Encore là… il a raison.