Le 23 février dernier, le hockeyeur Jonathan Diaby et sa famille quittaient l’aréna de Saint-Jérôme en pleine partie, menacés par des hooligans racistes. Une histoire répugnante. Choquante. Inacceptable. 

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Trois mois plus tard, la poussière est retombée. Jonathan Diaby vit des jours plus heureux.

« Ça va super bien. Vraiment. Je suis content que la saison soit terminée. Mon corps commençait à être poqué… »

Contre toute attente, son club – les Marquis de Jonquière – s’est rendu en finale de la Ligue nord-américaine. Mais les Éperviers de Sorel étaient trop forts. Ils l’ont emporté en six matchs. Dans la nuit de vendredi à samedi, les Éperviers ont célébré leur championnat dans un bar. Avec beaucoup d’alcool. Une fête largement documentée dans des vidéos diffusées sur Facebook.

Dans un des clips mis en ligne – et retiré depuis –, on entend la chanson Ride, de Jonathan Diaby. Pour la petite histoire, le hockeyeur mène en parallèle une carrière de rappeur sous le nom d’artiste Dolo. Puis, pendant une minute, des joueurs et des partisans des Éperviers regardent la caméra, crient « Va ch... Dolo » et lui font un doigt d'honneur. La grosse classe.

Le lendemain, un joueur des Éperviers a présenté ses excuses à Jonathan Diaby. « J’ai vu son message avant la vidéo. J’ai fait : hein, de quoi tu parles ? Vingt minutes plus tard, j’ai reçu la vidéo. J’ai fait : oh, mes % $@ !#@ & ? $@. »

Une insulte. Qui s’ajoute aux autres. Jonathan Diaby ne tient plus le compte de ses détracteurs. Mais il avait dans ses cartons une surprise pour ceux qu’il surnomme ses haters. Un vidéoclip inédit, dans lequel il revient sur les incidents de Saint-Jérôme. « Le clip était prêt depuis une dizaine de jours. [Les gars de Sorel] m’ont provoqué pour que je le sorte. »

La chanson s’intitule Je suis Diaby. Elle raconte la soirée du 23 février et ses ramifications. Jonathan Diaby en est très fier. Les paroles s’adressent directement aux hooligans qui s’en sont pris à sa famille et à lui, à Saint-Jérôme.

« J’ai écrit la chanson dans la semaine qui a suivi le match. Ce n’est pas trop mon genre de faire des chansons sur ce qui se passe, sur l’actualité. Mais là, ça m’a tenu à cœur. »

Il a réuni son équipe de production chez lui, dans son studio. « C’est arrivé sur le sujet. On s’est dit : on la fait. Le projet est cool. Puis on a tourné une vidéo. »

Les paroles – en anglais – sont parfois crues. Jonathan Diaby les assume très bien. Sans détour. Je n’ai pas eu à insister pour qu’il m’explique certains passages de la chanson.

Dumb and Dumber, keep your ass out of the f… rink

Don’t try to apologize, it’s too late already

« [Trois mois après], je le pense encore. Tu l’as fait, tant pis pour toi. Tu peux t’excuser 40 fois, ça ne changera rien. Tu es un adulte. Tout ce que tu poses comme geste, même si tu t’excuses, tu en es responsable. Tu sais ce qui est bon et ce qui est mal. »

Intolerance of differences is only ignorance

Qu’on pourrait traduire librement par « l’intolérance des différences n’est que de l’ignorance ». « C’est la phrase dont je suis le plus satisfait. J’aime aussi [le couplet dans lequel] je m’adresse directement au partisan. Quand je lui dis : même si tu es gai, ça ne me dérange pas, viens me voir si tu as des questions.

— Et c’est voulu que ce partisan porte un chandail noir et rouge, qui sont les couleurs de l’équipe de Saint-Jérôme ?

— Absolument. On a fait à 100 % exprès. Ce sont des messages cachés. Mais si le chapeau te fait, mets-le !

My dad worked his entire life to get me what I got

So shut your f*** mouth

Le père de Jonathan Diaby s’était fait invectiver pendant le match à Saint-Jérôme. Sur une vidéo, on peut voir un spectateur lui passer la main dans les cheveux. « Les gens [à l’aréna] lui ont dit des choses racistes. Comme : retourne chez vous. Mon père est un immigrant. Il a travaillé très fort pour nous donner tout ce qu’on a. Tu ne parles pas à mes parents comme ça. Cette ligne [dans la chanson], c’est un hommage à lui. »

These haters put me on the spot (for real)

Jonathan Diaby est un ancien espoir des Predators de Nashville. Il y a un an, il a mis de côté sa carrière professionnelle pour percer dans la musique. Les incidents de Saint-Jérôme ont donné beaucoup de visibilité à son travail d’artiste.

« Je le dis dans ma chanson – mes détracteurs m’ont mis sur un piédestal sans le vouloir. Ma carrière musicale va maintenant très bien. Je fais des gros shows. J’ai des festivals qui s’en viennent. Je suis parti du hockey [professionnel] pour faire ça.

« Et je suis en train de gagner mon pari. »

Trois mois plus tard, que sont-ils devenus ?

Jonathan Diaby

Il consacrera les prochains mois à sa carrière musicale. L’automne prochain, il souhaite revenir avec les Marquis de Jonquière et donner des conférences dans les écoles.

Les hooligans

Deux d’entre eux ont été bannis à vie de l’aréna de la Rivière-du-Nord, à Saint-Jérôme. Des spectateurs continuent néanmoins de s’en prendre à Jonathan Diaby. Lors d’un match récent, un homme portait un chandail « Je suis pas Diaby ».

Les Pétroliers du Nord

Ils sont sans domicile fixe depuis la semaine dernière. La Régie intermunicipale de l’aréna de la Rivière-du-Nord refuse que le club poursuive ses activités dans son centre sportif l’hiver prochain. Mais selon le journal Le Nord, il y a de la dissension parmi les membres de la régie. Le dossier pourrait être rouvert la semaine prochaine à la demande de la mairesse de Sainte-Sophie, Louise Gallant.