Que doit faire le directeur général du Tricolore pour améliorer l'équipe pendant la saison morte ? Des lacunes ont été corrigées, mais...

Mis à jour le 8 avr. 2019
GUILLAUME LEFRANÇOIS, RICHARD LABBÉ LA PRESSE

C'est un exercice qui revient chaque année, peu importe le résultat d'une équipe. Quels sont les grands chantiers auxquels le directeur général doit s'attaquer pendant la saison morte ?

Il y a un an jour pour jour, nous avions ciblé six de ces chantiers pour le Canadien, avec l'impression que le navire coulait de partout.

Un an plus tard, force est de constater que Marc Bergevin a corrigé plusieurs de ces lacunes. Son équipe a peut-être encore besoin d'aide à gauche en défense, le club-école a peut-être connu une autre saison difficile, mais les autres problèmes sont chose du passé : 

• Claude Julien a été entouré par deux brillants adjoints en Luke Richardson et Dominique Ducharme ;

• le recrutement professionnel a permis de trouver Brett Kulak et Jordan Weal, et a vu au-delà des statistiques en baisse de Max Domi et de Tomas Tatar l'été dernier ;

•  Carey Price vient d'offrir quatre mois de hockey dominant ;

•  Domi a produit au rythme d'un premier centre.

Sans plus attendre, voici donc six chantiers que La Presse a ciblés en vue de la saison prochaine.

1. Rendre Montréal attrayant

En juillet dernier, Bergevin a révélé, avec une franchise désarmante, que le Canadien ne faisait pas partie des équipes sur les listes de John Tavares et de Paul Stastny, deux des meilleurs centres sur le marché des joueurs autonomes. Le CH venait de connaître une saison horrible et rien ne laissait entrevoir une récolte de 96 points. En ce sens, Montréal est aujourd'hui une destination plus attrayante. Mais il y a tout le reste, car les perspectives de succès d'une équipe ne sont qu'un des critères que retiennent les joueurs autonomes. La famille, les coéquipiers, la qualité de vie, la fiscalité et les entraîneurs : autant de facteurs qui peuvent guider les choix. Si on soulève ce point, c'est qu'il sera crucial l'été prochain. Artemi Panarin, Matt Duchene, Joe Pavelski, Jeff Skinner, Anders Lee, Kevin Hayes et un type du nom d'Erik Karlsson n'ont toujours pas de contrat pour la saison prochaine. Si Bergevin compose un numéro, encore faut-il que ça réponde à l'autre bout !

2. Ajouter du muscle

De la liste ci-dessus, Lee et Hayes sont particulièrement intrigants, tout comme Brock Nelson et Micheal Ferland. Ces joueurs ont tous des capacités offensives - Lee a marqué 102 buts dans les trois dernières saisons ! - et pèsent plus de 210 lb. Or, Joel Armia a été l'unique joueur de plus de 200 lb dans les trois premiers trios du Canadien. Ce désavantage de taille s'est fait ressentir à plusieurs reprises cette saison, et on notera que les deux seules défaites en temps réglementaire du CH depuis la mi-mars ont été enregistrées contre les Blue Jackets de Columbus et les Capitals de Washington, deux équipes qui comptent sur plusieurs colosses en avant. Évidemment, le but n'est pas de basculer à l'autre extrême et de devenir une version 2.0 des Kings de Los Angeles, une équipe qui n'avance plus dans la jeune LNH. Mais l'ajout d'un de ces joueurs permettrait d'arriver à un meilleur équilibre entre muscles et vitesse.

3. L'avantage numérique

À la base, c'est le problème des entraîneurs, mais quand ils sont incapables de le régler après 82 matchs, ça tombe un peu dans la cour du DG. D'abord, notons que l'avantage numérique a finalement trouvé son erre d'aller en fin de calendrier. Depuis le 18 mars, le Tricolore s'est classé 5e dans la LNH, avec 31,3 % de réussite (5 buts en 16 tentatives). Cette embellie coïncide avec l'ajout de Weal et de Phillip Danault au sein de l'unité. L'échantillon est mince, mais il y aura des tendances à étudier ici. Comme pistes de solution, on revient aux joueurs autonomes mentionnés précédemment. Un marqueur naturel comme Anders Lee ne nuirait pas. Sinon, il faudra voir ce qui adviendra de Kirk Muller, entraîneur associé de Claude Julien, longtemps réputé pour sa capacité à faire fonctionner un avantage numérique. La magie opère-t-elle encore ? Sinon, est-ce qu'un consultant, comme Martin St-Louis avec les Blue Jackets, pourrait aider ?

4. De l'aide à gauche

La question ne se pose peut-être plus dans les mêmes termes que l'an dernier, parce que Victor Mete a joué à la gauche de Shea Weber un peu avant Noël et n'a jamais été délogé de ce poste. Mete aura 21 ans l'été prochain et est en pleine progression. Mais derrière, c'est flou. Brett Kulak a agi comme partenaire de Jeff Petry pendant la majeure partie de la saison, mais il a connu des hauts et des bas et peiné quand le jeu devenait plus robuste le long des rampes. Au sein d'une bonne équipe, il serait nettement plus à sa place dans un troisième duo. Les options à l'interne sont à peu près inexistantes : Jordie Benn est meilleur à droite, les espoirs Noah Juulsen, Cale Fleury et Josh Brook sont droitiers. Alexander Romanov est gaucher, mais il doit encore jouer en KHL la saison prochaine. La cuvée des joueurs autonomes est mince chez les défenseurs gauchers. À moins d'embaucher un vétéran pour colmater la brèche en attendant Romanov ?

5. Le cas Drouin

Ce sera un travail d'équipe. Les entraîneurs ont tenté toutes les approches, toutes les combinaisons de trio ; les résultats ont été inégaux. Comment faire en sorte que les deux derniers mois de la saison (un but en 26 matchs, un temps d'utilisation réduit) ne laissent pas de traces l'an prochain ? Bergevin a tout intérêt à ce que Drouin soit heureux et productif : il lui doit encore quatre années de contrat à 5,5 millions par saison, et il a sacrifié Mikhail Sergachev pour l'obtenir. Que ça vienne de Bergevin, de Julien, de Ducharme, de Rob Ramage ou de Diane Bibaud, quelqu'un dans l'organisation doit trouver une façon d'en faire un pilier des deux premiers trios. Le CH a présenté la 13e attaque de la LNH cette saison. La situation de l'attaque est loin d'être alarmante, mais un Drouin en hausse permettrait de compenser le ralentissement d'un des attaquants du groupe l'an prochain.

6. Un deuxième gardien

Pas besoin de revenir sur les chiffres : peu importe comment on les regarde, ils nous révèlent qu'Antti Niemi n'a pas offert le rendement attendu d'un gardien auxiliaire. La conséquence a été une surutilisation de Price, qui a tout de même évité les blessures. Mais le Tricolore a joué avec le feu, sachant les lourds antécédents médicaux du gardien numéro 1. Charlie Lindgren a connu une saison difficile statistiquement à Laval, avec une efficacité de ,884. Le simple fait qu'il détienne un contrat valide pour l'an prochain ne le qualifie pas pour le poste. Cayden Primeau arrive de l'université et n'a que 19 ans ; il est irréaliste de l'attendre comme numéro 2 l'an prochain. On se tourne de nouveau vers le 1er juillet : Brian Elliott, Petr Mrazek et Curtis McElhinney pourraient alors être sans contrat. Et ça tombe bien : Bergevin nage dans l'espace sous le plafond salarial.

Rien au centre !

On conclut ce tour d'horizon en soulignant que la ligne de centre n'est plus un chantier. Chaque année ou presque, Bergevin est allé chercher de l'aide à cette position, par transaction ou sur le marché des joueurs autonomes. Ça a notamment donné Matthew Peca, Drouin, Danault, Torrey Mitchell et Manny Malhotra. Mais avec Danault, Domi et Jesperi Kotkaniemi aux commandes des trois premières unités, Bergevin est dans une position plus confortable. S'il s'entend avec Weal ce printemps, il aura une excellente option pour sa quatrième unité. C'est sans oublier Ryan Poehling et même Jake Evans, qui pourraient mêler les cartes.

Des meilleurs qui seront encore meilleurs ?

Au Centre Bell, la saison 2018-2019 s'est conclue dans la déception - les Glorieux d'un autre temps avaient l'habitude de dire qu'une saison sans Coupe Stanley était automatiquement une déception -, mais pour le Canadien, à tout le moins, l'avenir immédiat semble prometteur.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Jonathan Drouin

C'est ainsi que malgré une troisième exclusion des séries éliminatoires en quatre ans, le Canadien a tout de même pu faire un bond de 25 points dans la colonne des points récoltés par rapport à la saison précédente.

Aussi, neuf membres du Canadien de 2018-2019 ont conclu le calendrier en connaissant la meilleure saison de leur carrière au chapitre des points.

Mais cela s'inscrit aussi dans une tendance offensive à la hausse qui a balayé toute la ligue, alors que 7664 buts ont été marqués, un record de tous les temps, qui a permis à 178 joueurs d'égaler ou de surpasser leur total de points en une saison.

Mais peu importe. C'est assurément un message d'espoir et d'optimisme que les dirigeants du club vont marteler demain au centre d'entraînement du club à Brossard, au moment de dresser le bilan de la saison.

Un tel message est-il vraiment réaliste ? Oui... si la tendance se maintient, et si les joueurs nommés ci-dessous peuvent poursuivre sur cette lancée.

Max Domi

Contre toute attente, il a été le meilleur marqueur du Canadien cette saison, avec 72 points en 82 matchs. Cette récolte est la plus haute par un joueur du Canadien depuis les 84 points d'Alex Kovalev lors de la saison 2007-2008, et elle est d'autant plus impressionnante que Domi, à ses trois premières saisons dans la LNH en Arizona, n'avait jamais pu démontrer de telles capacités offensives. Dans son cas, c'est la grande question : est-ce que la saison qui vient de se terminer a été la saison d'une vie, ou bien est-il dorénavant un joueur de 70 points ou plus ? Le petit attaquant avait déjà étalé ses talents de producteur de points dans les rangs juniors, entre autres avec une saison de 102 points en seulement 57 rencontres à London, dans la Ligue de hockey junior de l'Ontario. Sans oublier ce léger détail : il ne reste plus qu'une saison à son présent contrat de 3,1 millions de dollars. C'est le genre de léger détail qui peut souvent servir de source de motivation...

Jesperi Kotkaniemi

Un autre qui a su causer la surprise. Il fallait bien s'attendre à une bonne saison de la part de ce jeune attaquant talentueux, mais peut-être pas à une saison de 34 points en 79 rencontres. C'est vrai, par contre, qu'il a démontré des signes d'essoufflement vers la fin, avec seulement trois points et aucun but à ses 15 derniers matchs, et cela permet de penser qu'il devra faire gaffe à l'incontournable « guigne de la deuxième année » qui s'abat souvent sur les jeunes patineurs comme lui. Mais on a ici affaire à un jeune homme à la fois jovial et intelligent, qui ne semble pas du genre à se laisser déconcentrer par les détails et les superstitions. On peut lui prédire une récolte de points à la hausse la saison prochaine, maintenant qu'il comprend un peu mieux ce qui est exigé d'un joueur dans le quotidien de la Ligue nationale.

Tomas Tatar

Il fait partie des neuf joueurs qui ont connu la meilleure saison de leur carrière dans le camp montréalais. Et puis, dans son cas à lui, vraiment, qui aurait pu prédire une telle performance ? Joueur imposé au Canadien dans le cadre de la transaction Pacioretty par des Golden Knights de Vegas qui ne voulaient plus de son contrat, Tatar a conclu le calendrier avec 58 points, deux de plus qu'à sa meilleure saison avec les Red Wings de Detroit, en 2014-2015. On pense parfois que Tatar est un « vieux » en fin de carrière, mais il n'a que 28 ans, et il n'est pas farfelu de croire que les 58 points qu'il vient tout juste de récolter ne sont pas le résultat de la chance, mais plutôt du travail d'un joueur acharné, qui prend rarement des soirées de congé. Bref, il n'est pas non plus farfelu de croire que Tatar pourrait faire encore mieux la saison prochaine.

Phillip Danault

On entend parfois dire que Danault devrait, un jour, obtenir des votes à la candidature du trophée Selke, remis annuellement au meilleur attaquant défensif, et puis vous savez quoi ? Ce n'est pas irréaliste que de croire que ça va arriver, et peut-être même tout de suite. L'attaquant québécois a récolté 53 points, ce qui est déjà très bien, mais en premier, il a prouvé à un peu tout le monde qu'il est beaucoup plus qu'un simple joueur de soutien. Et puis mine de rien, avec Danault qui peut produire des points, avec Max Domi qui semble bien parti, avec un Jesperi Kotkaniemi en ascension et avec Ryan Poehling qui va s'amener au camp d'entraînement en pleine confiance au mois de septembre, le Canadien pourrait amorcer la prochaine saison avec sa meilleure ligne de centre depuis... depuis... depuis très longtemps !

Jeff Petry

On a souvent fait remarquer, et peut-être avec raison, que le Canadien ne mise sur aucun défenseur à caractère purement offensif, capable de faire circuler la rondelle et de relancer l'attaque depuis son propre territoire. Non il n'y a pas de Bobby Orr chez le Canadien (il n'y en a pas beaucoup ailleurs non plus). Mais peut-on suggérer un instant que Jeff Petry se rapproche un peu de ce rôle ? En tout cas, en 2018-2019, Petry s'est avéré le meilleur défenseur offensif du club, et aussi son septième compteur, avec une récolte de 46 points, sa deuxième saison de suite de plus de 40 points. Petry n'est peut-être pas le plus spectaculaire, mais il est à tout le moins un modèle de constance, et il n'a raté que deux matchs lors des trois dernières saisons, un petit détail qu'il ne faut surtout pas ignorer. À 31 ans, il n'est pas exagéré de croire que ce natif du Michigan possède encore plusieurs bonnes saisons dans son réservoir.