Chaque saison de hockey a de ces moments qui changent le cours des événements et qui, avec le recul, constituent des tournants. Parfois, aussi, des indications du caractère d'une équipe. Ces moments peuvent être des victoires impressionnantes, des défaites crève-coeur, une blessure à un joueur d'impact ou un retour au jeu qui galvanise les troupes.

Mis à jour le 10 mars 2019
GUILLAUME LEFRANÇOIS LA PRESSE

Dans la saison 2018-2019 du Tricolore, on peut facilement relever une demi-douzaine de ces moments marquants. Le premier match à Toronto en était un : malgré la défaite en prolongation, le CH avait donné le ton à sa saison et prouvé qu'il n'allait pas être la risée des amateurs comme il l'avait été en 2017-2018.

Le retour au jeu de Shea Weber en est un autre. Malgré, là encore, une défaite, l'arrivée du capitaine allait lancer les Montréalais pour un mois de décembre fructueux (10-5-0) tout en permettant à Carey Price de redevenir un gardien dominant.

L'impressionnante victoire de 5-2 contre les Jets de Winnipeg, le 7 février, laissait également croire qu'elle allait définir la saison des hommes de Claude Julien. Rappelons le contexte : troisième victoire de suite, la huitième en dix matchs, performance de quatre points pour Jonathan Drouin, qui portait ses totaux à 17 buts et 29 passes, soit 46 points en 55 matchs. Le Tricolore se dirigeait alors vers une saison de 101 points et la place en séries semblait en poche. Le genre de projection pas mal plus réaliste après les deux tiers du calendrier qu'après 20 matchs...

Le problème, c'est que cette grande victoire a été suivie par une défaite crève-coeur en prolongation contre les Maple Leafs, le premier de quatre revers consécutifs qui ont semblé ébranler l'équipe.

Les défaites subies à San Jose et à Anaheim nous rappellent donc que le Canadien vient de traverser un mois pénible depuis qu'il a battu les Jets. La fiche des Montréalais depuis : 5-8-1, avec 49 buts accordés en 14 rencontres. Ces 11 points valent au CH le 25e rang de la LNH au cours de cette période.

Julien doit maintenant espérer que la défaite de vendredi est le dernier point de bascule de son équipe, la gifle au visage nécessaire pour remettre tout le monde sur le droit chemin. Car les tendances du dernier mois ne sont guère rassurantes pour lui.

Drouin en panne

On revient sur le cas du 92, qui connaissait ses meilleurs moments avec le Canadien lors de la victoire contre les Jets, avec 9 points à ses trois matchs précédents. Depuis ? Il n'a plus marqué un seul but. Il présente une fiche de zéro but et quatre passes en 14 matchs. Plus inquiétant : ses quatre passes ont été obtenues dans le même match, la victoire de 8-1 à Detroit. Il a été blanchi dans les 13 autres matchs.

Julien a tenté des solutions pour le relancer. L'association avec Phillip Danault et Brendan Gallagher n'était plus productive ; on l'a replacé avec les boules d'énergie Max Domi et Andrew Shaw. Puis, traitement-choc : Julien l'envoie avec Jordan Weal et Joel Armia, des coéquipiers résolument moins offensifs.

Vendredi, il était de retour avec Danault et Gallagher, mais on verra ce qui adviendra si Tomas Tatar (malade) est prêt à revenir mardi.

Un Drouin productif est essentiel aux succès du CH. Dans les 36 victoires du Canadien, il totalise 40 points. Dans les 33 défaites : 10 points.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathan Drouin

Un duo qui prend l'eau

Les succès du tandem de Weber et Victor Mete laissaient croire que Julien avait trouvé une solution acceptable pour son premier duo. Au moment de la victoire contre les Jets, Weber et Mete avaient passé 274 minutes ensemble à cinq contre cinq. Selon le site NaturalStatTrick, le Canadien avait marqué 16 buts et en avait accordé... 4 ! Ces chiffres dépassent l'entendement.

Depuis : cinq buts marqués, et 13 accordés, en près de 200 minutes.

Certains se demandent si Weber joue en dépit d'une blessure, une question légitime. Julien a refusé d'y répondre lorsqu'il a été interrogé là-dessus ces derniers jours. Mais le capitaine du Canadien ne prend pas non plus systématiquement congé d'entraînement, ce que l'on voit parfois quand un joueur tente de composer avec la douleur.

Que ce soit une blessure ou de la fatigue, la fin de semaine offrira à Weber une belle occasion de recharger les piles, avec une journée de déplacement hier et un congé aujourd'hui.

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Victor Mete (à gauche), Carey Price (au centre) et Shea Weber (à droite)

L'avantage numérique aussi

On s'excuse sincèrement de gâcher votre dimanche en vous parlant de l'avantage numérique du Canadien. Mais cette unité n'a marqué que 3 buts en 37 occasions depuis la victoire contre les Jets, soit 8,1 % de « succès ».

Cela dit, il y a peut-être ici de l'espoir pour le Tricolore.

On a vu cette semaine des séquences nettement plus convaincantes, avec des patrons de jeu qui permettaient d'exploiter le tir frappé de Weber, qui a d'ailleurs inscrit l'unique but de l'équipe à cinq contre quatre pendant le voyage en Californie. Weber a aussi très peu touché à la rondelle en sortie de zone dans ces situations, ce travail étant plutôt confié à des patineurs plus fluides. Enfin, l'utilisation de la vitesse de Paul Byron en entrée de zone est une autre nouveauté observée.

À suivre dans les prochains matchs.

PHOTO KELVIN KUO, USA TODAY SPORTS

Shea Weber (au centre)

Le quatrième trio

L'avantage numérique est un problème récurrent de l'édition 2018-2019 du CH. L'autre épine au pied, c'est ce quatrième trio, pour lequel Julien n'a toujours pas trouvé de formule durable. Il tenterait de sortir de la retraite son ancien quatrième trio composé de Shawn Thornton, Daniel Paillé et Gregory Campbell qu'on ne serait pas surpris.

Les acquisitions de Nate Thompson et de Dale Weise devaient offrir de nouvelles pistes de solution. Idem pour le retour en santé des blessés, ce qui lui permettait d'employer un attaquant du top 9 dans la quatrième unité. Artturi Lehkonen a été l'heureux élu et il a inscrit jeudi à San Jose l'unique but de quatrième trio en 2019.

Thompson a été bon aux mises en jeu depuis son arrivée (57 %), mais il présente tout de même un différentiel de - 5 en neuf matchs avec sa nouvelle équipe. C'est encore pire pour Lehkonen, à - 11 en 14 matchs depuis le 7 février. Weise, lui, n'a pas de point en neuf matchs, avec un différentiel de - 2.

Si Tatar est rétabli mardi et que Jesperi Kotkaniemi demeure dans la formation, Julien aura une autre occasion de tester une nouvelle formule pour cette unité. Les adversaires mardi sont toutefois les pauvres Red Wings. Il faudra donc au moins attendre le match à Long Island jeudi pour tirer des conclusions, si embellie il y a.

Prochain match : mardi 19 h 30 c. Detroit, au Centre Bell (RDS/TSN2)

PHOTO JAE C. HONG, AP

Nate Thompson (21)