Jesperi Kotkaniemi avait 11 ans, Scott Gomez venait tout juste de mettre fin à une séquence gênante d'un an sans marquer et la danse du «floss» n'avait pas encore commencé à corrompre notre jeunesse.

Guillaume Lefrançois LA PRESSE

C'est dire à quel point ça faisait longtemps que Brendan Gallagher n'avait pas inscrit de tour du chapeau. Hier, le fougueux ailier droit a connu sa première soirée de trois buts depuis le 14 février 2012, menant le Canadien à une victoire sans appel de 5-1 contre les Flyers de Philadelphie.

Il lui a donc fallu attendre 467 matchs avant de réussir son premier tour du chapeau dans la LNH, lui pour qui ces triplés étaient routiniers dans les rangs juniors. À sa dernière campagne dans le junior, il a réussi 5 tours du chapeau en 54 matchs, dont celui de la Saint-Valentin 2012, contre les Americans de Tri-City.

«Ça devait être notre seule victoire à Tri depuis une éternité. On était incapables de gagner là-bas!», a lancé le petit numéro 11.

On ne manquera pas de souligner l'ironie : reconnu pour ses buts marqués à un bras de distance du gardien, Gallagher a inscrit ses trois buts sans s'approcher de la peinture bleue. Ni recevoir de double échec dans le dos. «Tu dois te diversifier si tu veux marquer plus», a-t-il rappelé.

Plus facile à dire qu'à faire. Les gardiens de la LNH sont presque impossibles à battre sur les tirs qu'ils voient venir. Sans vouloir diminuer l'exploit de l'Albertain, notons que Carter Hart, victime des deux premiers buts de Gallagher, a pour une rare fois ressemblé à ce qu'il est : un gardien de 20 ans. «Sur le deuxième but, j'ai été chanceux», dira le héros du match, poli. Les défenses adverses laissent aussi généralement moins de temps d'espace que les généreux Flyers d'hier.

Il y a les gardiens, il y a les défenseurs adverses, et il y a les blessures. Bien peu d'observateurs auraient parié sur un tel retour en force après deux blessures sérieuses - et deux opérations - à la main gauche. La cicatrice est d'ailleurs encore bien visible, un rappel qu'il avait conclu la campagne 2016-2017 avec 10 buts en 64 matchs.

«J'ai eu à travailler sur ma main, encore plus après la deuxième opération. C'était la même blessure, mais ça a réagi différemment. Tu t'y habitues», a-t-il résumé.

Malgré ces embûches, Gallagher a évolué, s'est diversifié, pour reprendre ses mots. Le défenseur du Canadien Brett Kulak est bien placé pour parler de cette métamorphose. Les deux ont joué ensemble à Vancouver dans les rangs juniors. Pour l'anecdote, notons que Kulak était là, en ce 14 février 2012, et il était même sur la patinoire pour deux des trois buts de Gallagher.

Kulak se souvient d'avoir vu Gallagher les quatre fers en l'air après avoir marqué ses buts. «Quand tu te bats comme ça tous les soirs, c'est dur sur le corps, mais il le fait et il marque souvent de cette façon. C'est la majorité de ses buts», souligne-t-il

«Il va toujours là où ça fait mal, mais il possède aussi un bon tir et il peut marquer depuis n'importe où en zone offensive. Son premier but, il a tiré sous le bloqueur du gardien. C'est un exemple, ça montre qu'il sait où placer la rondelle pour marquer», a ajouté le numéro 17 du CH.

L'évolution de Gallagher est bel et bien réelle, avec comme résultat qu'il n'est plus qu'à quatre buts de sa deuxième campagne de 30 de suite.

Un clin d'oeil à Danault

Gallagher n'a pas fait tout ce travail seul, c'est évident. Un de ses alliés hier: Phillip Danault.

Déjà, le centre québécois ressent les responsabilités de sa nouvelle vie de papa. Le petit Phillip-Édouard l'a déjà réveillé une première fois en pleine nuit; on devine que ça arrivera à quelques reprises dans les deux prochaines années.

Mais Danault a vite démontré qu'il avait chassé la fatigue. Ça ne faisait que neuf secondes qu'il était sur la patinoire que déjà, il préparait le premier but de Gallagher. Ça lui a inspiré cette boutade.

«On va peut-être le choisir comme parrain!»

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En hausse: Jesperi Kotkaniemi

C'était le jour et la nuit pour lui par rapport au match précédent contre les Flyers, le 19 janvier. Le jeune homme est revigoré depuis la pause du match des Étoiles. Mention honorable au type qui se déhanchait à l'écran géant pendant les arrêts de jeu.

En baisse: Jeff Petry

Coupable de quelques revirements, il a toutefois bien choisi sa soirée pour connaître une moins bonne sortie.

Le chiffre du match: 20

Tomas Tatar est devenu hier le troisième joueur du CH à inscrire 20 buts cette saison. C'est seulement la deuxième fois depuis 2011 qu'on retrouve trois marqueurs dans la vingtaine à Montréal. Ça en dit long sur les problèmes offensifs des dernières années...