C'était le 27 juin 2015. Pendant que les meilleurs espoirs de son âge étaient réunis à Sunrise, en Floride, pour les tours 2 à 7 du repêchage de la Ligue nationale, Philippe Myers participait à un tournoi de hockey-balle par chez lui, à Moncton.

Guillaume Lefrançois LA PRESSE

Le grand défenseur venait de terminer sa deuxième saison junior avec une récolte de huit points en 60 matchs avec les Huskies de Rouyn-Noranda.

«J'avais décidé de rester chez nous. Je ne voulais pas m'attendre à être repêché et être déçu. J'étais quand même réaliste, raconte le jeune homme. J'ai su pendant le tournoi que je n'avais pas été repêché. C'est sûr que j'étais déçu. Mais plus tard dans la journée, on a gagné le tournoi. J'étais déçu, mais la journée avait bien fini !»

Cette déception n'est aujourd'hui plus qu'une anecdote. La victoire de son équipe, les East Coast Cherry Poppers, est immortalisée sur son compte Instagram. Mais ensuite, il est passé aux choses sérieuses.

Myers s'est fait inviter à un camp des Flames de Calgary, puis des Flyers de Philadelphie. Ces derniers l'ont aimé au point de lui offrir un contrat. Ce soir, il disputera son deuxième match dans la Ligue nationale, contre le Canadien, de surcroît. Au Centre Bell.

«J'ai grandi en écoutant le Canadien. J'ai vraiment hâte à ce soir, ce sera spécial. C'est la ville la plus proche de chez nous. Je serai prêt, racontait l'Acadien», après l'entraînement matinal des Flyers.

Myers tentera de retrouver de bonnes sensations au Centre Bell. Un de ses premiers souvenirs de l'amphithéâtre: le troisième match de la finale de l'Est 2010, justement contre ces mêmes Flyers. «Le match qu'ils avaient gagné 5-1. L'atmosphère était incroyable. Je ne vais jamais oublier ça», se souvient-il.

Mais son dernier souvenir du Centre Bell, c'est la finale du Championnat du monde junior 2017. Un mauvais souvenir d'une part, parce que le Canada avait subi une défaite crève-coeur en tirs de barrage contre les États-Unis. D'autre part parce qu'il était confiné au vestiaire : une commotion cérébrale l'empêchait de jouer, et il lui a été conseillé d'éviter le bruit et les lumières de l'amphithéâtre.

Faire sa place

À première vue, les chances de Myers d'atteindre la LNH pouvaient sembler minces quand les Flyers lui ont fait signer un contrat en septembre 2015. L'équipe venait de réclamer des défenseurs au premier tour lors des trois repêchages précédents (Ivan Provorov, Travis Sanheim, Samuel Morin), en plus de Robert Hagg au deuxième tour en 2013. C'est sans oublier leur troisième choix en 2012, Shayne Gostisbehere, qui s'apprêtait à percer la formation et à s'établir à temps plein.

Malgré cette congestion, Myers a fait sa place. Vingt-et-un points en 50 matchs la saison dernière à ses débuts en Ligue américaine, puis 29 en 48 cette saison.

«Il a toujours eu le talent brut, rappelle l'entraîneur-chef des Flyers, Scott Gordon. Mais il devait comprendre que traverser la patinoire avec la rondelle, c'est facile contre des 16, 17, 18 ans ; ici, si tu peux battre un gars, tu n'en déjoueras probablement pas un deuxième. Et si tu en déjoues deux, tu n'en passeras pas un troisième. Il devait aussi comprendre comment se défendre contre les surnombres, positionner son bâton, bien jouer à l'intérieur des cercles de mises au jeu. Il a progressé rapidement.»

Cette progression a convaincu les Flyers de laisser partir Christian Folin, échangé au Canadien il y a deux semaines, et de rappeler Myers pour qu'il agisse comme septième défenseur. La suspension de deux matchs à Radko Gudas lui ouvre maintenant la porte pour revenir dans la formation. Ce soir, Myers devrait former un duo avec Gostisbehere.

En tout, 211 joueurs ont été repêchés en 2011. Du lot, 76 ont joué au moins un match en LNH, selon HockeyDB. Il est encore tôt, mais pour l'heure, Myers a donc dépassé les 135 autres joueurs qui ont été réclamés cette année-là, pendant que lui et ses amis s'éclataient au hockey-balle.

«C'est un peu une motivation [de ne pas avoir été repêché]. Après cette année-là, je devais m'arrêter, penser à mes affaires, et je voulais tout donner. J'ai eu le meilleur été de ma vie, je suis devenu plus gros, plus fort. Je suis arrivé prêt au camp des Flyers et ils m'ont fait signer un contrat. C'est là que j'ai vu que j'avais la chance de jouer dans la LNH.»

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La formation probable des Flyers

• Van Riemsdyk-Giroux-Konecny

• Lindblom-Couturier-Voracek

• Laughton-Patrick-Simmonds

• Raffl-Varone-Bailey

• Provorov-Sanheim

• Hagg-MacDonald

• Gostisbehere-Myers

• Hart