On ne sait pas vraiment ce qu'on a tant qu'on ne l'a pas perdu. Ou quelque chose du genre.

C'est la traduction libre d'un proverbe en anglais, accessoirement aussi d'une ballade du groupe rock Cinderella. Sans transition aucune, parlons donc de Paul Byron.

Avant d'aller plus loin, les nouvelles. En fait, il n'y en a aucune.

«Je n'ai pas encore de nouvelles concrètes pour Byron, a dit Claude Julien après l'entraînement facultatif de lundi. Il passera d'autres examens. Ce n'est pas son épaule pour ceux qui se posaient la question. C'est plus une question d'avant-bras.» 

Ça résume à peu près ce qu'on savait déjà. Rappel des faits: Byron a quitté le match contre les Oilers en deuxième période après une mise en échec en apparence inoffensive de Matt Benning. Il est immédiatement entré au vestiaire en frappant de rage la baie vitrée. Byron a été vu portant une protection au bras après le match. 

Dans tous les cas, disons que les perspectives sont sombres pour le match face aux Ducks d'Anaheim mardi soir.

Mais si le Canadien devait perdre Paul Byron à plus long terme, qu'est-ce que ça signifie au juste? Concrètement, il suffit de regarder la fiche de l'équipe avec, et sans, le petit attaquant. Avec: 22-11-3. Sans: 7-7-3. Ce n'est pas tant que le fiche soit si mauvaise en son absence, c'est plutôt la disparité entre les deux qui frappe.

C'est signe que l'importance de Byron va bien au-delà des simples buts, surtout dans une saison comme celle-ci où il n'en compte que 10.

Paul Byron, c'est l'explosion. C'est aussi la responsabilité en désavantage numérique. L'adversaire marque en moyenne un but toutes les 8,6 minutes contre Byron en désavantage numérique. C'est le meilleur ratio chez le Canadien, après Artturi Lehkonen, parmi ceux utilisés fréquemment dans cette situation. Dans une équipe dont ce n'est pas la force, ça vaut beaucoup.

Byron c'est aussi le leadership, l'effort constant, l'exemple pour les autres. Un joueur qui peut dépanner à peu près partout et qui fait généralement bien paraître ses coéquipiers. Et des coéquipiers, il en a eu une tonne. Il a joué à un moment ou un autre avec tous les membres du top 9 cette saison. Ça donne une idée de sa polyvalence, et du niveau de confiance de l'entraîneur. 

Claude Julien ne s'est pas avancé sur la blessure à Byron. Mais il avait ceci à dire sur le fougueux attaquant.

«Paul a sa personnalité. Il est très sérieux. Ce que tu vois sur la glace, c'est ce que tu vois dans le vestiaire. Il est intense. Il a un bon caractère. Quand il vient au travail, c'est pour travailler, pas pour s'amuser. Il est respecté de ses coéquipiers. Il respecte aussi les critères d'une équipe, ce que les entraîneurs exigent d'un joueur.» 

Un leader

L'histoire improbable de Byron est connue de tous. Placé au ballottage par les Flames de Calgary, il a été réclamé par le Canadien dans ce qui est devenu l'un des meilleurs coups de Marc Bergevin. Avance rapide, deux saisons de 20 buts plus tard, le voici avec un contrat de quatre ans en poche et un A sur la poitrine. Aussi bien dire qu'il a déjoué à peu près toutes les projections. 

On a aussi vu l'an dernier, publiquement du moins, les premiers signes du leader qu'il est devenu. Vers la fin de la saison de misère, il s'était permis l'une de ses rares envolées après une autre défaite: «Notre contrat dit qu'on doit jouer tous les matchs. C'est 82 matchs, pas 75. Quand ce sera fini, on pourra relaxer.» Et quand il a été suspendu il y a quelques jours, plutôt que de se plaindre, il en a profité pour souhaiter bonne chance à Charles Hudon, qui aurait l'occasion de se faire voir.

Pour ses coéquipiers, l'importance de Paul Byron, et de tout ce qu'il a vécu pour arriver là où il est aujourd'hui, n'a jamais fait aucun doute.

«Il travaille fort, il ne se plaint jamais, il est de bonne humeur, a dit Matthew Peca, dont le parcours ressemble à celui de Byron à l'époque. Il est tellement rapide que même s'il ne travaillait pas, on ne s'en rendrait même pas compte ! C'est un modèle. Il a de l'expérience. Il comprend ce que tu dois faire pour bien jouer. Il sait ce que c'est que d'être un professionnel.»

«Il est très facile d'approche, a dit Kenny Agostino. Quand je suis arrivé ici, dès que j'avais une question, il m'aidait. Il mène par l'exemple sur la glace. Plus tu as de vécu, plus tu peux ensuite aider des coéquipiers qui vivent la même chose. Byron, comme plusieurs autres, a ses expériences personnelles. Ça peut aider ceux qui en ont moins.»

«C'est un gars que tout le monde respecte, a ajouté Michael Chaput. Il travaille tout le temps fort, sur glace et hors glace. Tout le monde le voit. Si on devait perdre un gars comme ça, c'est dur. Les gars le regardent travailler fort et ça nous donne de la motivation.»

Byron a déjà raté 17 matchs cette saison, 14 pour une blessure au bas du corps et 3 autres pour une suspension. Ils seront plusieurs à vous dire que c'est déjà bien assez.