Charles Hudon n'a jamais été du genre à cacher comment il se sent. À travers ses entrevues, on a vécu avec lui les hauts et les bas, les doutes aussi, qui accompagnent la vie de joueur de hockey professionnel. Quand il a rencontré les médias après son match de samedi contre les Flyers de Philadelphie, au cours duquel il a offert une performance honnête, il l'a fait avec toute l'honnêteté dont on le sait capable.

Mis à jour le 21 janv. 2019
Jean-François Tremblay LA PRESSE

Il a parlé de la difficulté d'être exclu si souvent de la formation, sportivement bien sûr, mais humainement aussi. Il a comparé son équipe à une famille dont il se retrouvait un peu à l'écart, après avoir été laissé de côté dans 21 des 25 derniers matchs.

L'exemple le plus concret de ce que Hudon vit, on l'a vu à Boston après la victoire en prolongation contre les Bruins. Tous les joueurs célébraient bruyamment leur triomphe dans le vestiaire. On remettait symboliquement la cape de joueur du match à Nicolas Deslauriers pour sa bataille contre Kevan Miller. Hudon, lui, vêtu d'un complet, marchait seul vers l'autobus de l'équipe. Les deux scènes contrastaient.

Quand Hudon a révélé que Paul Byron lui avait immédiatement texté des encouragements, une fois sa suspension confirmée, on a compris l'importance du geste. Pour Paul Byron, c'était pourtant tout naturel d'encourager son coéquipier. Une autre preuve du leadership qui lui a valu de porter le «A» cette saison.

Il faut dire que les deux joueurs sont très proches, les familles se côtoient et partent en vacances ensemble. Mais surtout, Byron peut facilement comprendre ce que vit Hudon en ce moment.

«Je pense à lui. Je me vois beaucoup en lui. Je sais comment ça peut être frustrant de ne pas jouer. Il a plusieurs chances de marquer, mais des fois, ça ne rentre pas dans le filet. J'ai beaucoup d'expérience avec ce qu'il vit. J'ai essayé de lui dire de bons mots, pour qu'il garde confiance et qu'il sache qu'on le regarde.

«Il y a beaucoup de hockey dans une carrière. Même si tu ne joues pas aujourd'hui, ça ne veut pas dire que tu ne vas pas jouer demain.»

Des parcours semblables

Byron sait de quoi il parle. Il a lui-même joué au yo-yo pendant cinq ans entre la Ligue nationale et la Ligue américaine, avec les Sabres de Buffalo puis avec les Flames de Calgary. Quand il était dans la LNH, il n'était pas rare non plus qu'il soit laissé de côté. Puis, le 6 octobre 2015, il a été réclamé au ballottage par le Canadien dans ce qui reste l'un des meilleurs coups de Marc Bergevin. Le reste est connu de tous.

Après deux saisons de 20 buts, Byron vient de signer un contrat de 4 ans et 13,6 millions. Son avenir est assuré, ce qui était loin d'être le cas il y a quelques années à peine. Il peut maintenant faire profiter aux autres de son expérience.

«Hudon ne reçoit pas nécessairement beaucoup de feedback des entraîneurs. Ça veut dire beaucoup quand tu en reçois d'autres joueurs. J'ai été dans sa position à Calgary. Je sais ce que c'est que de rester sur les lignes de côté sans jouer. Tu dois passer au travers. C'est un bon jeune joueur, on sait ce qu'il peut amener à l'équipe. Il a une bonne opportunité maintenant, il doit en profiter. Il a une longue carrière devant lui.»

Byron assure que Hudon n'est pas exclu de «la famille». Il rappelle que son jeune coéquipier participe aux entraînements, comme tout le monde. Qu'il s'exerce au soccer avant les matchs, comme tout le monde. Qu'il est sur la glace pendant la période d'échauffement, comme tout le monde.

«Même si tu ne joues pas, tu fais partie de l'équipe. Tu fais de ton mieux, tu travailles fort, tu démontres ton attitude positive. Tout le monde sait qu'il est à une ou deux blessures d'entrer dans la formation. Tu dois rester prêt.»

Même son de cloche pour Nicolas Deslauriers. Il a lui aussi goûté à la fameuse rotation pendant huit matchs cette saison, dont une séquence de cinq matchs juste avant Noël. Il explique qu'il y a une certaine camaraderie qui s'installe entre joueurs dans cette situation. Un groupe de soutien, si on veut.

«Quand on avait la rotation, moi, [Matthew] Peca et Hudon, on se disait ce qui se passait, ce que les entraîneurs pensaient. On se parlait beaucoup. On est un groupe serré chez le Canadien. Ça aide. C'est difficile de ne pas jouer. On sait que la rotation peut frustrer aussi. Mais quand l'équipe va bien, tu es moins affecté. Même si tu ne joues pas, tout le monde paraît bien.»

En attendant, Byron purgera mercredi le troisième et dernier match de sa suspension pour un coup à la tête de MacKenzie Weegar, des Panthers de la Floride. Peca a profité de la première occasion, Hudon, de la deuxième. Il reste à voir qui recevra l'appel de Claude Julien contre les Coyotes de l'Arizona.

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