On dit qu'une image vaut 1000 mots. Un silence aussi, parfois.

Mis à jour le 15 janv. 2019
Guillaume Lefrançois LA PRESSE

Josh Gorges, officiellement retraité depuis hier, est au bout du fil. On demande à l'ancien défenseur du Canadien quelle a été sa plus grande fierté. Les réponses possibles sont nombreuses. On parle ici d'un défenseur jamais repêché, pas particulièrement costaud, pas très doué offensivement, qui a disputé 13 saisons dans la LNH, qui a toujours joué avec coeur, qui a gagné une Coupe Memorial en tant que capitaine.

«C'était mon premier match dans la LNH, aucun doute. Et Montréal. Je n'oublierai jamais Montréal, nos deux parcours jusqu'en finale d'association.»

Gorges prend une longue pause, hésite entre chaque bout de phrase.

«J'essaie de le dire aux gens et je ne trouve jamais les bons mots. Mais tous les joueurs de la LNH devraient vivre un jour les séries pour le Canadien de Montréal. La passion, l'énergie, c'était fou, c'était incroyable. Je regarde ça avec le recul, et jouer pour le Canadien est la meilleure chose qui me soit arrivée.

«J'ai adoré Montréal. Pas seulement moi. Ma femme aussi. Avant que je sois échangé à Buffalo, elle me demandait si on allait rester ici à temps plein. Les gens nous traitaient avec tant de respect. On n'a que de bons souvenirs de Montréal.»

Bien à la maison

Gorges nous parlait depuis son domicile de Kelowna, là d'où il vient, là où il a joué son hockey junior. Les Rockets lui ont organisé une conférence de presse avec les médias locaux pour qu'il officialise sa retraite. L'annonce devait se faire vendredi, «mais Rick Nash a annoncé sa retraite, donc on a attendu un peu!»

Gorges a fait son entraînement habituel l'été dernier, comme s'il allait jouer. Mais il savait très bien, la saison dernière à Buffalo, que la fin approchait. Souvent laissé de côté, il n'a disputé que 34 matchs. Le message le plus clair, il l'a reçu à la date limite des transactions. Les Sabres étaient largués de la course aux séries; Gorges écoulait la dernière année de son contrat. Ce genre de joueur, dans ces circonstances, devient forcément une monnaie d'échange pour une équipe qui souhaite accumuler des choix au repêchage. Mais en ce 26 février 2018, le téléphone n'a jamais sonné.

«De la façon que ça s'est passé, je me doutais de ce qui s'en venait, explique l'homme de 34 ans. J'avais convenu avec ma femme qu'à moins qu'une équipe qui aspire à la Coupe Stanley me contacte cet été, on n'allait pas se donner le trouble de déménager. Tout ce que je voulais, c'était une Coupe. C'était le rêve ultime, c'est pour ça que tu joues quand tu es jeune.»

Pas question, cela dit, de tenter de la gagner en tant que dirigeant. Bien des anciens joueurs se reprennent de cette façon. Marc Bergevin a joué 1191 matchs dans la LNH sans la gagner; il s'est repris en la soulevant en 2010 dans l'organisation des Blackhawks.

«Je ne veux pas déménager pour le moment. Mes enfants sont trop jeunes. Je veux être à la maison et leur permettre d'avoir une vie normale. Et quand j'étais jeune, mon rêve n'était pas de gagner la Coupe en tant que dépisteur, entraîneur ou directeur général. Je ne dis pas que ce sera toujours le cas, mais pour le moment, ce n'est pas une option.»

Gorges se tient occupé en donnant un coup de pouce aux Rockets de Kelowna. Il chausse les patins pour les entraînements et assiste aux matchs à domicile. Cet aménagement lui permet de rester à la maison pour voir grandir Noah, 4 ans, et Jayden, 3 ans.

«C'était beaucoup de toujours demander à ma femme de me suivre là-dedans. Je n'aimais pas dire à mes enfants que papa n'est pas là, que papa devait dormir, se reposer. J'aurais aimé qu'ils soient plus vieux pour se souvenir de me voir jouer. Mais moi, je veux les regarder jouer! J'ai maintenant la chance de reconduire mon plus vieux à l'aréna. Ça m'apporte presque plus de joie que lorsque je jouais moi-même.»

Douleurs et tirs bloqués

Gorges était reconnu comme un joueur qui se sacrifiait, qui était prêt à souffrir pour aider son équipe.

Du 7 octobre 2005, date de son premier match avec les Sharks de San Jose, jusqu'à l'hiver dernier, il a bloqué 1671 tirs en 783 matchs. Ça lui vaut le 7e rang de la LNH au cours de cette période, derrière des noms comme Dan Girardi, Brent Seabrook et Brooks Orpik.

Ça, et les nombreuses mises en échec que les attaquants adverses lui servaient, lui ont occasionné bien des maux.

«La douleur était toujours là, elle ne partait jamais. Si je finissais un match et que j'étais en douleur, que j'avais des bleus, je sentais que j'avais accompli quelque chose. Si je me réveillais en pleine forme le lendemain, je ne me sentais pas bien, je me demandais ce que j'avais fait. La douleur, c'est ce qui me confirmait que j'étais impliqué dans un match.»

Josh Gorges aurait-il connu cette carrière s'il était débarqué dans la LNH d'aujourd'hui? On le répète au quotidien: le jeu a changé. La mode est aux défenseurs rapides, capables d'appuyer l'attaque. Dans ce contexte, l'habileté à bloquer les tirs semble moins prisée que par le passé.

«Je ne dirais pas que c'est moins valorisé, fait valoir Gorges. Chaque équipe veut que ses joueurs bloquent des tirs, s'attend à ce qu'ils le fassent. Mais les DG cherchent peut-être plus des défenseurs de talent, rapides, dont le jeu est basé sur la possession de rondelle. Donc tu as moins de défenseurs purement défensifs.

«Quand je suis arrivé dans la LNH, je n'allais pas y rester en me fiant simplement à mon talent. Par contre, je savais que si je bloquais des tirs, si j'étais un des meilleurs en désavantage numérique, je leur donnerais une raison de me garder.»

Mission accomplie.

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Josh Gorges sur...

Le joueur le plus dur à neutraliser?

«Sidney Crosby. Jouer contre lui, c'était affreux. J'adorais le défi. Chaque fois que j'affrontais Pittsburgh, j'étais tellement gonflé à bloc. On dirait que chaque fois, il terminait le match avec un but ou deux passes. Il faisait des choses... Je regardais la vidéo du match après et je me demandais: comment peut-il faire ça? La rondelle le suivait. Et il n'arrêtait jamais de travailler. J'ai passé plusieurs longues soirées contre lui.»

Celui qui t'a fait le plus souffrir?

«À la fin de ma carrière, Ryan Reaves. Il est si gros et fort, et il patine aussi vite que les plus petits joueurs. Il m'a frappé quelques fois et je l'ai ressenti. Sinon, quand j'étais à Montréal, Milan Lucic était très dur. Je suis content de l'avoir connu hors glace!»

Le joueur au tir le plus effrayant?

«Shea Weber. Le pire, c'est qu'on est de très bons amis depuis qu'on a 17-18 ans. Chaque fois qu'on s'affrontait, on savait toujours qu'il allait jouer en avantage numérique et moi, en désavantage. Je lui disais: "N'ose même pas me frapper avec un de tes tirs!" J'ai été assez chanceux au bout du compte.»