Le Tricolore a franchi la première moitié de la saison, Quelles conclusions peut-on en tirer?

Mis à jour le 7 janv. 2019
Jean-François Tremblay LA PRESSE

1- L'attitude

Quand Marc Bergevin a déclaré que «l'attitude» était à l'origine de tous les maux du Canadien lors du bilan de la dernière saison, le diagnostic a été accueilli avec un froncement de sourcils collectif. D'une part, le mot fourre-tout semblait avoir le dos large. De l'autre, le directeur général venait de connaître sa pire saison depuis son arrivée en poste (Ales Hemsky? Mark Streit? Le dossier Alex Radulov?). Bref, il avait des sceptiques à confondre.

Force est d'admettre après une demi-saison que le patron a connu un bel été. Le Canadien est beaucoup plus avancé dans sa renaissance qu'on aurait pu le croire et, plus encore, l'équipe est redevenue intéressante à regarder. La statistique la plus frappante de la nouvelle «attitude»: le Canadien est deuxième dans la LNH pour les remontées en troisième période. Tout ça dans un vestiaire en apparence nettement plus sain sous le leadership de Shea Weber.

Au rayon des changements, Bergevin a congédié à peu près tous les responsables du développement des joueurs et les a remplacés par les Dominique Ducharme, Joël Bouchard et Luke Richardson. D'excellentes prises, selon les premières estimations. Sur la glace, il a conclu deux transactions majeures: Alex Galchenyuk contre Max Domi, puis Max Pacioretty contre Tomas Tatar et l'espoir de premier plan Nick Suzuki.

Impossible d'ignorer la clairvoyance du DG, qui a trouvé en ces deux attaquants d'importants morceaux du casse-tête. Claude Julien et son DG avaient en tête une équipe de son temps, rapide, portée sur l'échec avant et la relance. Domi et Tatar cadrent à merveille dans cette philosophie. À la mi-saison, ils occupent d'ailleurs deux des trois premiers rangs chez les marqueurs de l'équipe (38 points pour Domi, 31 pour Tatar).

2- La ligne de centre

Ce qui nous amène à la ligne de centre, que plusieurs voyaient comme le talon d'Achille de l'équipe. Phillip Danault était la valeur sûre. Il aimerait sans doute marquer un peu plus (sept buts), mais ses assignations défensives sont généralement à point et il est le leader de l'équipe au cercle des mises en jeu.

Claude Julien a pris plusieurs décisions audacieuses pour s'attaquer de front au problème. D'abord, il a offert un poste permanent au centre à Jesperi Kotkaniemi, même s'il était de trois mois le plus jeune joueur de la LNH.

Depuis, le grand adolescent suit sa courbe d'apprentissage, notamment avec son jeu défensif de plus en plus précis. Avec pour preuve un indice Corsi (qui compte les chances de marquer de son équipe comparativement à celles de l'adversaire) qui frôle les 60%, l'un des meilleurs non seulement chez le Canadien, mais dans la LNH pour les joueurs réguliers. Il est aussi devenu samedi le troisième joueur de l'histoire du Canadien à inscrire 20 points dans la LNH avant l'âge de 19 ans, après Mario Tremblay et Petr Svoboda.

L'autre décision audacieuse de Julien a été de placer Domi au centre, même s'il était utilisé à l'aile la saison dernière en Arizona, en lieu et place de... Jonathan Drouin. Domi traverse en ce moment sa première sécheresse avec le Canadien, 12 matchs sans but. N'empêche, il a connu une séquence de 11 matchs avec au moins un point en octobre et il est en voie de connaître la meilleure saison offensive de sa carrière. Surtout, il a insufflé à l'équipe une énergie nouvelle dont elle avait sérieusement besoin, par sa fougue et son charisme. Et il pourrait contribuer à régler un autre des grands défis de Claude Julien: relancer Jonathan Drouin.

3- Le Drouin nouveau?

Soyons clairs, le dossier Drouin n'est pas réglé. Il est le type de joueur à faire dresser les cheveux sur la tête, capable du meilleur comme du pire dans la même séquence. C'est le plus enrageant pour ce joueur dont le talent brut sort par les oreilles.

Mais avec Domi comme joueur de centre, il a pu délester certaines de ses anciennes responsabilités défensives et se concentrer sur ce qu'il fait de mieux: attaquer. Comme ailier, le voici donc à 13 buts et 33 points, en route vers la meilleure saison offensive de sa carrière. Il a longtemps produit au rythme d'un point par match avec Domi et un Andrew Shaw ressuscité. Deux autres indices sont à la hausse: son différentiel (à -3 en ce moment, contre -28 la saison dernière) et son taux de conversion de tirs (à 12,2% contre 7,9%).

Le problème avec Drouin est qu'il disparaît des matchs entiers ou cause des revirements inutiles, comme ça a été le cas un peu plus souvent récemment. Il pourrait être l'une des révélations de l'année, mais il doit encore travailler sa constance.

4- Vivre sans Weber

Parlant de révélations, que dire de Jeff Petry? La simple évocation que le Canadien devrait se débrouiller plusieurs mois sans Shea Weber faisait craindre le pire. Cette absence a plutôt donné l'occasion de découvrir la valeur de Petry.

Il y en aura toujours pour rappeler que ce n'est pas un défenseur numéro un, et ils ont raison. Mais il est un meilleur second que l'on aurait pu le croire.

Le Canadien a maintenu une fiche de 11-8-5 sans le capitaine, et Jeff Petry y est pour beaucoup. Il totalise déjà 29 points, ce qui lui donne le 11e rang parmi les défenseurs de la LNH (toutes les statistiques excluent les matchs d'hier). Il a même vécu la plus grosse soirée de travail de la dernière année (excluant les séries) en passant 33:51 sur la glace contre les Capitals le 19 novembre dernier.

Cela dit, tant qu'à parler de Petry et de Drouin, il faut aussi souligner le terrible avantage numérique du Canadien, dont ils sont des piliers. À 13,1%, il pointe à l'avant-dernier rang de la LNH. Pire encore, il est sous les 10% d'efficacité depuis le retour de Weber. Il y a bien eu un soubresaut de quatre buts en cinq matchs à la fin de décembre, mais c'est encore trop peu. Ce sera l'un des grands défis de la deuxième moitié de saison.

5- À la gauche de...

De Weber, passons à... la gauche de Weber. La «défenseur gauche Académie», comme le collègue Guillaume Lefrançois a nommé la quête pour trouver le partenaire de Shea Weber.

Claude Julien a annoncé à la stupéfaction générale que David Schlemko obtiendrait la première audition. Elle n'a duré qu'un match, pour des raisons évidentes. À l'issue de cette unique rencontre, l'entraîneur avait déclaré que le partenaire de Weber devait faire mieux bouger la rondelle.

Puis est arrivé Brett Kulak, fraîchement rappelé de la Ligue américaine, qui a fait illusion quelques matchs avant que les lacunes générales de son jeu ne deviennent évidentes. Jordie Benn est arrivé ensuite, mais le duo était trop défensif (malgré les récents succès offensifs de Benn). Victor Mete s'est imposé de lui-même puisqu'il est le complément parfait de Weber.

Le petit défenseur au coup de patin explosif revenait tout juste d'un séjour avec le Rocket de Laval qui devait le préparer au défi. Joël Bouchard l'avait fait jouer de longues minutes et avait travaillé sans relâche sur sa capacité à annuler les attaques adverses. Shea Weber ne lui a donné qu'un conseil: «Patine et ça va bien aller.» Et c'est à peu près ce qui s'est passé.

Parmi les solutions à l'interne, il est celui qui s'est le mieux tiré d'affaire. Statistique avancée rassurante: il est 14e dans la LNH parmi les défenseurs réguliers (300 minutes ou plus) dans la colonne du pourcentage de buts pour (GF%, donc les buts marqués pendant qu'il est sur la glace comparativement aux buts accordés, à cinq contre cinq). Mais les longues soirées de travail contre les meilleurs trios adverses exposent parfois ses faiblesses le long de la rampe. Ce qui laisse croire que la quête n'est pas encore terminée.

6- Pendant ce temps, les gardiens

Ne nous attardons pas trop longtemps sur Carey Price. Voici ses statistiques depuis le 1er décembre: 9-4-0, moyenne à 2,29 et efficacité à ,922. Durant cette période, parmi les gardiens réguliers (10 matchs ou plus), il est 2e pour les victoires, 2e pour la moyenne et 4e pour l'efficacité. Bref, ça va bien.

C'est plus son absence pour une «irritation» qui a révélé un nouveau problème. Si Price se blesse, ou s'il a besoin de repos, l'équipe est dans le pétrin. Antti Niemi n'est plus l'ombre de l'adjoint qu'il a déjà été.

Sur les 62 gardiens qui ont joué 10 matchs ou plus cette saison, Niemi est... 62e pour la moyenne (4,01) et 61e pour l'efficacité (,881). Et ce, malgré une performance de 45 arrêts contre les Stars le soir du réveillon. Si bien que le simple fait que Price quitte l'entraînement avant ses coéquipiers il y a quelques jours, pour ce qui s'est finalement révélé être des étourdissements, a causé une commotion. C'est que le gardien a déjà un dossier médical garni, alors la panique vient plus rapidement dans ce cas-là.

Ce nouveau problème de gardien, inattendu avouons-le, signifie deux choses. Un, Claude Julien et Stéphane Waite devront gérer avec soin l'utilisation des gardiens. Deux, le Canadien, pour l'instant, n'a pas la profondeur nécessaire pour traverser une succession de malheurs. C'est vrai à chacune des positions, mais particulièrement devant le filet.