Claude Julien n'a pas aimé le match d'hier, une défaite du Canadien 4-1 contre les Predators de Nashville. Mais alors, vraiment pas. Et il avait raison.

Mis à jour le 6 janv. 2019
JEAN-FRANÇOIS TREMBLAY LA PRESSE

Rarement a-t-on vu l'entraîneur si négatif dans son appréciation d'une performance. C'est quand on lui a demandé quelle leçon retenir d'un tel match qu'il s'est ouvert un peu plus. 

« [Cette leçon], on l'apprend chaque fois qu'on n'est pas prêts à jouer, a dit Julien dans un point de presse éclair. On doit jouer du début à la fin. [Les Predators] ont eu une défaite difficile [vendredi], il y avait de la hargne dans leur jeu, ils étaient précis et bons. On n'avait aucune réponse. Nous étions mous. On perdait nos batailles, nous étions deuxièmes sur la rondelle. »

« Je ne vois aucun moment, sauf ce but de Shea Weber, où nous avons eu un quelconque momentum. En plus, ils ont marqué tout de suite après. »

Dans le vestiaire du Canadien, on était unanime. Les Predators ont dicté le style, ils ont complètement étouffé le Canadien et sont ressortis avec les deux points. Dans une saison remplie de moments captivants pour le Canadien, le match d'hier se distinguait pour toutes les mauvaises raisons. L'équipe a rarement été aussi morne et le spectacle rarement aussi ennuyant. 

Un retour attendu

Pourtant, c'était le retour de P.K. Subban à Montréal. Celui des chapeaux démesurés, des dons à l'Hôpital de Montréal pour enfants, des « spinoramas » audacieux. Le même P.K. Subban qui a tant de fois enflammé le Centre Bell, et qui a obtenu deux aides, hier, dans un match tout de même plutôt tranquille. Ses partisans sont encore nombreux, et ceux qui ont appris à le détester ne se gênent plus pour se manifester. 

Subban affrontait Shea Weber pour seulement la deuxième fois depuis l'« Échange avec un grand É ». À sa dernière visite, lui et Brendan Gallagher s'étaient livré une lutte sans merci. Bref, la simple énergie d'un tel duel aurait dû créer un climat plus tendu. Mais... rien. Pas d'étincelle, ou si peu. Les Predators ont pris un malin plaisir à annuler la vitesse du Canadien, à fermer le milieu de la glace. Ils ont joué, comme le veut l'adage, « un bon match sur la route ». 

« On doit apprendre à s'ajuster en cours de match, a dit Gallagher. Nous avons répété les mêmes choses qui ne fonctionnaient pas durant trois périodes. » 

« On leur redonnait la rondelle ou on était ralentis. Nous n'avons pas réussi à utiliser notre vitesse. Nous méritons ce résultat. »

Il y a bien eu ce but de Shea Weber sur un tir de la ligne bleue. Il y a aussi eu sa mise en échec spectaculaire qui a envoyé valser le menu Rocco Grimaldi. Beaucoup de Shea Weber dans les faits saillants du Canadien. Un peu de Carey Price aussi, sans qui le verdict aurait été encore plus sévère. 

« Je ne sais pas si on manquait d'émotion, a dit le capitaine. On peut le dire. C'était tranquille. Mais si rien ne fonctionne, c'est dur de se motiver à partir de rien. » 

Le contexte 

Cette sortie sans saveur s'inscrit toutefois dans un contexte. C'est sans doute ce qui a le plus courroucé Claude Julien. Bien plus que le simple résultat. 

Les Predators disputaient un deuxième match en deux soirs, après une mauvaise sortie à Detroit, et leur réputation sur la route n'est pas toujours exemplaire. L'adversaire était prenable. 

De l'autre côté, le Canadien est dans une lutte de tous les instants pour participer aux séries (oui, il est déjà le moment d'en parler). Après une première moitié de saison qui a surpris tout le monde, le Canadien s'est résolument mis à l'heure des séries. Désormais, chaque point compte. 

Claude Julien a maintes fois répété que le grand défi de la deuxième moitié de saison serait de faire face à des défis toujours plus grands malgré l'inexpérience du groupe. Que l'implication deviendrait plus que jamais le mot d'ordre. C'est après le congé des Fêtes que les meilleurs groupes se lèvent, et le Canadien veut en faire partie. Il devra faire mieux qu'hier. 

« Il y a toujours des leçons à tirer. On aurait dû être mieux préparés au début du match. » - Carey Price

« On apprend comme groupe, a ajouté Gallagher. Nous avons bien géré certaines situations, d'autres moins, comme ce soir. On doit comprendre ce qui s'est passé, et quand ça va se reproduire, on doit mieux réagir. » 

Le Canadien a montré dans les 41 premiers matchs qu'il était rendu beaucoup plus loin qu'on le croyait dans sa relance. Les leaders, les Weber, Price, Gallagher devront ouvrir la voie dans les 41 autres, et le Canadien devra apprendre à gagner des matchs comme celui d'hier. Ce sera aussi ça le défi.