Le Canadien d’hier ressemblait à celui d’avril dernier. Son attaque est rapide. Dynamique. Capable de jeux spectaculaires. Mais sa défense est lente et trop souvent permissive envers les adversaires qui colonisent le territoire autour de Carey Price.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Cinq constats sur une défaite somme toute encourageante.

PHOTO JAMES GUILLORY, USA TODAY SPORTS

Jesperi Kotkaniemi a inscrit son premier but en carrière sur une patinoire adverse.

UNE TROISIÈME LIGNE INSPIRÉE

À écouter les tribunes depuis une semaine, Jonathan Drouin, Jesperi Kotkaniemi et Joel Armia étaient responsables à eux seuls du réchauffement climatique, de la disparition des abeilles et de la pénurie de main-d’œuvre. Tout le monde a donc été surpris quand Claude Julien les a réunis au sein d’une même ligne. Un pari payant. Le trio a vite trouvé ses repères et terminé la rencontre avec neuf tirs. Sur certaines séquences, Drouin avait les mains d’un pianiste capable de jouer du Rachmaninov les yeux fermés. Il a souvent maintenu la rondelle en zone adverse grâce à du jeu inspiré en espaces restreints. Cela a d’ailleurs mené à un but de Kotkaniemi, son premier en carrière à l’étranger.

Le trio a gagné la confiance de l’entraîneur-chef et s’est vu confier des responsabilités accrues au fur et à mesure que le match progressait. On a vu Kotkaniemi s’occuper de mises au jeu en zone défensive. Ça arrivait rarement à la fin de la saison dernière. Ses coéquipiers et lui se sont retrouvés sur la patinoire avec seulement deux minutes au cadran, alors que le Tricolore devait protéger une égalité de 3-3. Les trois joueurs ont aussi eu une occasion à trois contre trois en prolongation. Chacun mérite une étoile dans son cahier.

DANGERS EN AVANTAGE NUMÉRIQUE

Les fleurs : le Canadien a compté en avantage numérique. Une belle réussite de Tomas Tatar, qui a profité du travail en échec avant de Joel Armia (encore lui). On a aussi vu quelques belles exécutions en triangle avec Jordan Weal.

Le pot : le Tricolore a accordé pas une, mais deux échappées à cinq contre quatre. Inacceptable. Sur la première, Sebastian Aho s’est retrouvé à un contre un face à Jonathan Drouin. Tous les fans du CH ont retenu leur souffle comme des poissons-lunes. L’équipe a aussi écopé d’une pénalité pour avoir eu trop de joueurs sur la glace. Une erreur coûteuse qui a mené à un but des Hurricanes.

Les entraîneurs devront apporter des correctifs. Et vite.

UNE DÉFENSE SUSPECTE

Le temps de jeu des défenseurs du Canadien n’a pas été réparti également. Par moments, entre deux présences, Cale Fleury et Brett Kulak auraient eu le temps d’aller souper ensemble au restaurant. Claude Julien faisait alterner ses deux autres paires, avec plus ou moins de succès. Jeff Petry a terminé le match avec 25 minutes, Shea Weber avec 24. En troisième, ça allait vite pour le capitaine du Canadien. Son partenaire, Victor Mete, a aussi connu un match difficile. Son indice Corsi de 30 % (tirs tentés vs tirs alloués) a été le pire de l’équipe.

BON DÉPART POUR SUZUKI

J’ai aimé les premières présences de Nick Suzuki. Son énergie était contagieuse. Après 20 minutes de jeu, il avait été sur la glace pour sept tirs tentés, contre un seul accordé. Une excellente moyenne pour un premier match dans la LNH. Puis il a disparu. On ne l’a presque pas vu les 20 minutes suivantes, si bien qu’après deux périodes, il était le joueur le moins employé par Claude Julien. En troisième, il a causé un revirement dangereux qui a permis aux Hurricanes de s’établir longuement dans le territoire du Canadien. Mais ce fut son seul faux pas. Signe que son entraîneur ne lui en a pas tenu rigueur, il a été sélectionné pour les tirs de barrage.

PRICE SOLIDE

Carey Price a accordé trois buts avant les tirs de barrage. Honnêtement, il n’aurait pas pu faire mieux. Sur le premier but, il a bloqué une déviation. Sauf que ses défenseurs n’ont pas saisi le rebond. Sur le deuxième, la rondelle a (encore) été déviée par un attaquant enraciné devant lui. Sur le troisième, il y avait plus de monde autour de son demi-cercle que dans un wagon de la ligne orange à 17 h 12. Je retiens plutôt ses gros arrêts. Contre Sebastian Aho. Contre Erik Haula avec son bâton en infériorité numérique. Il a aussi réalisé un bel arrêt de la mitaine contre Teuvo Teravainen en tirs de barrage.

Une performance relativement encourageante. Mais les défenseurs devront se ressaisir. Les 43 tirs accordés hier soir, c’était beaucoup trop.