(Raleigh, Caroline du Nord) La saga de l’offre hostile du Canadien à Sebastian Aho était inconfortable pour tous les acteurs impliqués du début à la fin. Et pour Aho, elle l’est visiblement encore.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

On se transporte dans le vestiaire des Hurricanes de la Caroline, après l’entraînement de mardi matin. Aho sort de la patinoire et voit les deux journalistes de Montréal qui l’attendent. « Il avait tellement hâte de vous parler ! », lance à la blague un loustic.

Le collègue de RDS François Gagnon lui fait remarquer qu’il vient probablement de connaître le plus bel été de sa carrière. Venant d’un journaliste de Montréal, à deux jours du match contre le Canadien, la remarque visait évidemment à lui rappeler que l’offre hostile de 5 ans et 42,27 millions de dollars du Tricolore - aussitôt égalée par les Hurricanes - lui avait permis de régler sa situation contractuelle dès le début juillet.

Réponse du joueur : « Tout d’abord, j’ai été en santé tout l’été, donc c’était bien. Comme on s’est rendus au troisième tour des séries, c’était bien d’avoir un été plus court qu’à l’habitude. Je prendrais des étés encore plus courts si possible ! »

Ramené sur le sujet de l’offre hostile, Aho s’est refermé. « C’était bien de régler mon contrat tôt dans l’été et de me concentrer sur mon entraînement », a-t-il répondu.

Sur ce dernier point, difficile de le contredire. C’était l’été des joueurs autonomes avec compensation dans la LNH, avec une panoplie de vedettes dans le début de la vingtaine en position avantageuse pour négocier, avec la menace d’une offre hostile agissant comme menace sur les équipes. Quatre de ces dossiers se sont seulement réglés dans la dernière semaine : Matthew Tkachuk (Calgary), Mikko Rantanen (Avalanche), Patrik Laine et Kyle Connor (Winnipeg).

De tels cas ont évidemment rappelé le fiasco de William Nylander la saison dernière. L’attaquant avait attendu au 1er décembre pour s’entendre avec les Maple Leafs, et avait conséquemment connu des difficultés à son retour sur la patinoire, contre des adversaires qui avaient deux mois de hockey dans le corps.

Étant donné le rôle qu’occupe Aho en Caroline, les Hurricanes ne pouvaient pas se permettre d’amorcer la saison sans leur meneur de jeu. La saison dernière, il a mené l’équipe pour les buts (30), les points (83) et a été l’attaquant le plus utilisé (20 min 9 s).

« C’était important pour moi d’être ici dès le premier jour du camp, c’est le moment de rencontrer les nouveaux coéquipiers », a ajouté Aho.

On ne se trompe pas trop en affirmant qu’il aurait volontiers transporté une sécheuse frontale dans un escalier en colimaçon dans le verglas, plutôt que de répondre à des questions sur le sujet.

Le travail de l’agent

Une grande partie du malaise vient des propos qu’avait tenus l’agent d’Aho, Gerry Johannson, qui a soutenu - même après que les Hurricanes eurent égalé l’offre - que son client souhaitait jouer à Montréal. Ses patrons auront passé les jours suivants à tenter de remettre le dentifrice dans le tube et à assurer qu’Aho est parfaitement heureux en Caroline.

L’autre source d’inconfort, c’était le sous-entendu que le propriétaire des Hurricanes, Tom Dundon, n’avait pas les reins assez solides pour égaler l’offre montréalaise, qui exigeait le versement de 21 millions dans les 12 premiers mois. Ce sous-entendu était entretenu par les propos de Marc Bergevin de même que de Johannson. Dundon l’a combattu en déclarant au Raleigh News & Observer que « signer ce chèque n’était rien de bien majeur ».

Aho, lui, assure qu’il n’a pas eu connaissance de la commotion. « Le décalage horaire était une bonne chose. Quand c’est arrivé, c’était le soir en Finlande. Donc je me suis couché, puis en me réveillant le lendemain, j’ai su que les Hurricanes égalaient l’offre. Donc j’ai manqué l’action !

« C’est bien d’être ici, je suis enthousiaste de commencer la saison jeudi. »

On peut toutefois s’interroger sur les répercussions qu’une telle saga a pu avoir dans le vestiaire. Après tout, Aho a accepté l’offre hostile du Canadien. Même s’il s’agissait d’une tactique de négociation, le centre acceptait techniquement de se joindre au CH, avant de redevenir un Hurricane quand l’équipe a égalé l’offre.

Rob Brind’Amour, l’entraîneur-chef des Hurricanes, affirme avoir reçu des textos de deux joueurs. « En gros, c’était : on va égaler l’offre, n’est-ce pas ? Et moi : bien sûr. Je les ai rassurés.

« C’est devenu une grosse histoire, mais ici, ce n’en était pas une. On savait qu’il restait ici, poursuit le légendaire ancien joueur. Mais la question n’était pas de savoir si on allait égaler l’offre. C’est le côté business, les joueurs engagent des agents pour soutirer le meilleur contrat possible et l’agent a fait du bon travail, il a utilisé un levier de négociation.

« Au bout du compte, j’étais content, car à ce moment-là, on ne savait pas quand ces joueurs autonomes avec compensation allaient signer leurs contrats. Mon travail était plus facile en sachant que c’était réglé. Ensuite, c’est au propriétaire de payer. Moi, j’ai simplement à coacher ! »

La saga devrait peu à peu s’estomper, surtout si les Hurricanes et Aho poursuivent sur leur lancée de la dernière saison. Reste maintenant à voir si l’affront qu’a subi Dundon, en voyant ses ressources financières remises en question, sera vengé sur la patinoire. À voir la proximité de Dundon avec son équipe (encore mardi, il flânait dans le gymnase des joueurs), on vous parie un sac de cacahuètes qu’il se chargera de fouetter ses joueurs.