Quand 200 des meilleures joueuses du monde ont annoncé le printemps dernier qu’elles mettaient une croix sur la saison 2019-2020, aucune d’entre elles ne savait véritablement ce que l’avenir lui réservait.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Après l’effondrement de la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), faute d’une option valable à leurs yeux, elles ont préféré prendre un pas de recul, le temps d’imaginer une structure professionnelle viable et durable.

Or, lorsqu’elles ont sauté sur la glace samedi dernier à Toronto, elles ont su que leur pari en valait la peine.

Dans les gradins, des milliers de spectateurs étaient venus les encourager, le temps d’un mini-tournoi de quatre matchs mettant en vedette la crème des joueuses canadiennes et américaines. Sur les réseaux sociaux, on apercevait les partisans faire la queue par dizaines pour obtenir des autographes de leurs idoles.

« C’était extraordinaire, on a été traitées comme de vraies pros », lance Karell Émard au bout du fil.

L’ex-numéro 76 des Canadiennes de Montréal a été parmi les premières à se lancer à la recherche d’une solution après que la LCHF a mis fin à ses activités en raison de ses déboires financiers.

Malgré quelques offres de relance rapide de la ligue, les joueuses ont choisi de prendre leur destinée en main. Pendant plus d’une décennie, elles avaient disputé des saisons complètes pour quelques milliers de dollars, sans assurance ni infrastructure de soutien. C’en était assez.

Karell Émard était donc aux premières loges de la création d’une nouvelle association des joueuses, la Professional Women’s Hockey Players Association (PWHPA). C’est par le truchement de cette nouvelle entité que sont désormais organisées les activités des joueuses d’élite. Pour l’heure, l’accent est mis sur les mini-tournois dans des marchés cibles, dans le cadre du « Dream Gap Tour », destiné à effacer l’écart (gap) entre le traitement des joueurs de hockey et celui de leurs homologues féminines.

La première présentation à Toronto a été couronnée de succès – 4000 billets ont trouvé preneur et le petit aréna était rempli au maximum de sa capacité pour chaque partie du week-end. Il reste encore quelques places pour le prochain rendez-vous début octobre au New Hampshire, et l’affrontement suivant à Chicago affiche déjà complet. Montréal sera l’hôte d’un de ces événements après Noël.

On sent l’engouement, les gens comprennent ce qu’on fait. On le voit comme une chance extraordinaire de faire une différence dans la vie des gens. D’autres l’ont fait avant, pour nous ; c’est à notre tour de le faire pour les prochaines générations qui s’en viennent.

Karell Émard

Les joueurs à bord

Siégeant au conseil d’administration de la PWHPA, Liz Knox a elle aussi été soufflée par cette première expérience à Toronto.

En plus de travailler fort à l’organisation de la tournée des joueuses, l’ex-gardienne du Thunder de Markham s’affaire également en coulisse pour tisser des liens avec des commanditaires de renom. C’est d’ailleurs la désertion de certains de ces partenaires qui avait en partie coulé la LCHF au cours de sa dernière saison.

Cette fois, les équipementiers Bauer et Adidas ont répondu présents. Des chaînes de restauration aussi, tout comme le puissant syndicat Unifor.

Toutes ces athlètes olympiques sous le même toit, c’était un pouvoir d’attraction qu’on n’avait jamais eu avant.

Liz Knox

Mais c’est une récente entente avec l’Association des joueurs de la LNH (AJLNH) qui suscite tout particulièrement son enthousiasme. Le logo de l’AJLNH figure d’ailleurs déjà sur le chandail des joueuses de la PWHPA.

« Ça envoie un message très positif, souligne Liz Knox. L’AJLNH n’a pas la même posture que la LNH, elle travaille comme nous à ce que ses membres soient traités décemment. »

L’idée d’un partenariat logistique et financier a émergé à la fin de l’été. « Ils ont accepté sur-le-champ, sans questionnement », raconte la gardienne de but.

Selon elle, ce soutien des joueurs « intrigue » la LNH, avec qui la PWHPA a des « discussions » – mais il ne s’agit pas de « négociations », prend-elle soin de nuancer.

Des équipes ont toutefois déjà apporté leur soutien. C’est le cas des Maple Leafs, pour le tournoi de Toronto, et des Sharks, qui ont organisé à San Jose un match entre un groupe de joueuses et une équipe d’anciens joueurs de l’organisation.

Les intervenantes du monde du hockey féminin n’ont jamais caché qu’un modèle idéal serait calqué sur la WNBA, qui est soutenue par la NBA. Certaines ligues masculines possèdent leur pendant féminin dans le même marché.

Mais les choses n’en sont pas là au hockey. Du moins pas encore.

« Il y a une grande conversation à venir, il n’y a toujours rien de concret, conclut Liz Knox. Quand le temps va venir, on sera prêtes. »

Le « chapitre » montréalais de la PWHPA tient aujourd’hui un tournoi de golf de financement à Venise-en-Québec. Une sélection de joueuses de la PWHPA disputera quant à elle un match amical contre l’équipe collégiale des Boomerangs du cégep André-Laurendeau le lendemain à l’aréna de Mont-Royal.