Rappelons-nous les mots d’André Tourigny à l’endroit de Nick Suzuki, ce printemps.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

« Je le trouvais très bon, très intelligent, je trouvais qu’il faisait plein de bonnes choses sur la glace, mais en l’affrontant, tout s’est amplifié, me confiait l’entraîneur des 67 d’Ottawa en mai, après l’élimination de son club aux mains du Storm de Guelph et de sa vedette. C’est son intelligence dans les mises au jeu, sa façon d’absorber les mises en échec, sa façon de protéger sa rondelle, plein de choses qui en font un joueur très difficile à contrer. Je le savais, mais je ne savais pas à quel point… »

Ce jour-là, Tourigny, l’ancien adjoint de Patrick Roy avec l’Avalanche du Colorado, avait osé le comparer à Ryan O’Reilly, son ancien centre à Denver. O’Reilly disputait ce jour-là le deuxième match de la finale de l'Association de l’Ouest avec les Blues. Il n’avait pas encore soulevé la Coupe Stanley et son trophée Conn-Smythe remis au joueur par excellence en séries. 

« Comme pour Suzuki, il faut affronter ou diriger O’Reilly (qui lance de la gauche cependant, contrairement à Suzuki, un droitier) pour réaliser à quel point il est meilleur que ce qu’on croit. Il fait plein de choses : il lit le jeu, il coupe les passes, il ne fait pas beaucoup d’erreurs. Ces gars-là sont difficiles à affronter. Tu vois Suzuki jouer contre les autres clubs et tu penses savoir à quel point il est bon, Tu te dis d’accord, il est fort, mais ça risque d’être différent contre ton défenseur de 6 pieds 6 pouces et 236 livres Kevin Bahl. C’est un autre animal quand même "Bahler". Mais tu l’affrontes et tu réalises qu’il est capable de faire les mêmes choses contre "Bahler"... »

Après avoir impressionné à ses trois premières rencontres préparatoires, au centre deux fois, puis à la droite de Phillip Danault et Tomas Tatar, Suzuki a été envoyé dans la gueule du loup hier soir à Toronto. Il affrontait pour la première fois une formation complète de la LNH. Il avait dans les pattes soit le trio d’Auston Matthews, soit celui de John Tavares. Aux ailes, se trouvait un Jonathan Drouin à la recherche de l’étincelle d’antan et un Charles Hudon en quête d’un poste régulier. 

Suzuki a relevé le défi avec brio. Comme André Tourigny le mentionnait, il faut suivre attentivement le jeune homme sur la glace pour apprécier encore plus ses qualités. On commençait déjà à apprécier ses habiletés naturelles, sa vision et sa créativité. Il a fait plus hier. Suzuki a récupéré un nombre incalculable de rondelles libres en fond de territoire défensif. Il a gagné de nombreuses batailles de long des bandes. Mais son meilleur atout, hier ? Son sens de l’anticipation, une qualité innée. À certains égards, contre les Leafs et leurs gros canons, il pouvait rappeler Guy Carbonneau, dont le sens de l’anticipation justement constituait son fer de lance. 

En plus de bien jouer à cinq contre cinq, Suzuki s’est signalé autant en supériorité qu’en infériorité numérique. « Il s’est présenté au camp pour mériter un poste et nous pouvons vous affirmer qu’il retient notre attention… », a déclaré Claude Julien à nos collègues après la rencontre.  

Suzuki a aussi fait preuve de pugnacité, après avoir été solidement mis en échec par Matthews. Quelques présences plus tard, il attendait Matthews avec un solide coup de hanche au centre de la glace. « Il n’a pas peur, il n’est pas timide, et c’est ce que nous aimons voir », a ajouté Julien. 

Les éloges ne proviennent pas seulement de Montréal. L’ancien défenseur Jason York, aujourd’hui analyste à Sportsnet et Hockey Night in Canada, a mis son grain de sel hier sur Twitter. « Je regarde le match entre les Leafs et le Canadien ce soir. Le QI hockey de Nick Suzuki est exceptionnel dans toutes les zones de la glace. Il s’agit seulement de matchs préparatoires, mais son sens de l’anticipation et sa compréhension du jeu sont exceptionnelles. »  

Même s’il n’a disputé aucun match régulier de la LNH, Nick Suzuki offre un jeu mieux poli que celui de Jesperi Kotkaniemi à l’heure actuelle. Celui-ci a encore montré des signes de progression hier et obtenu de bonnes chances de marquer, mais il y a encore du travail à faire au plan défensif. Malgré son année d’expérience au niveau professionnel, le troisième choix au total en 2018 a presque un an de moins que Suzuki. 

Les trois membres du quatrième trio hier soir, Matthew Peca, Dale Weise et Phil Varone, n’ont rien fait pour prouver qu’ils méritaient un poste à Montréal. Plusieurs défenseurs en ont arraché. Le pauvre Mike Reilly, ordinaire depuis le début du camp, a été placé dans une situation fort délicate. Les entraîneurs l’ont placé du côté droit, une position peu familière pour lui. Reilly s’était lui-même offert à cette position au début du camp. Mauvaise idée de lui offrir ce baptême contre une formation aussi redoutable et non lors des premières rencontres préparatoires. 

Plusieurs ont apprécié la performance de Karl Alzner. Je l’ai trouvé aussi lent que d’habitude. La troisième paire a connu une soirée à oublier. Xavier Ouellet n’est plus que l’ombre du défenseur de l’an dernier au camp d’entraînement. Il a multiplié les bourdes. Christian Folin a tenté de réparer les pots cassés, mais c’était un peu trop lui demander compte tenu de son talent limité. Les déboires de ces quatre défenseurs ouvrent peut-être la porte à Cale Fleury, brillant depuis le début du camp, mais en congé hier soir. 

* Jonathan Drouin serait sur le marché, confirme Eric Engels, de Sportsnet. Je comprends l’entraîneur Claude Julien de s’impatienter en voyant son attaquant chercher ainsi ses repères, et surtout ceux ce l’équipe, sur la glace. Mais le moment est-il bien choisi de tenter de l’échanger alors que sa valeur n’est pas à la hausse ? 

* Le Canadien vient d’annoncer avoir soumis au ballottage, sans surprise, Dale Weise, Phil Varone, Matthew Peca, Karl Alzner et Xavier Ouellet. Charlie Lindgren sera sans doute le prochain. Nick Suzuki occupait une place au sein d’un trio avec Max Domi et Artturi Lehkonen à l’entraînement de ce matin. Nick Cousins, Ryan Poehling et Charles Hudon semblaient les joueurs en trop. Si Poehling revient en forme d’ici samedi, il restera encore trois coupures à effectuer, incluant Lindgren. Hudon, Poehling, Mike Reilly, Christian Folin et Cale Fleury doivent se croiser les doigts. Trois d’entre eux resteront.

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