Cayden Primeau a eu 20 ans le mois dernier, mais il paraît tellement plus vieux.

Jean-François Tremblay
Jean-François Tremblay La Presse

Son visage de jeune premier trahit son âge. Il n’a pas un poil au menton, les joues encore roses, le regard curieux. À part ça, il parle comme un vétéran, pense comme un vétéran. Surtout, il garde le filet avec la confiance d’un vétéran. Même son chandail sous le plastron, qui comprend plus de trous que de tissu, ressemble à celui d’un vétéran.

« Ce n’est pas vraiment un porte-bonheur, dit-il en riant. J’aime comment il me fait. Je ne l’ai jamais changé. »

Primeau participait hier à son premier entraînement avec le Rocket de Laval. Il a fait connaissance avec la méthode Joël Bouchard, qui a étiré la séance jusqu’à 75 minutes sans interruption. Tôt dans la journée, l’entraîneur a lancé à ses joueurs l’avertissement de mise : « N’essayez pas de comprendre rendu en février, faites-le donc tout de suite ! » C’était clair.

Primeau, lui, recevait tir par-dessus tir. Les arrêts semblaient faciles, les déplacements, efficaces. Son gabarit faisait le reste, à 6 pi 3 po et 200 lb. Lukas Vejdemo, à 6 pi 2 po, avait beau essayer de lui cacher la vue, rien n’y faisait.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Cayden Primeau fait bonne impression dans l’organisation du Canadien.

La veille, Primeau avait été rétrogradé par le grand club, mais pas avant d’avoir gagné de nouveaux partisans. D’autant plus que Claude Julien avait admis avant le tournoi des recrues son impatience de voir à l’œuvre « le gardien », et que Marc Bergevin a depuis confirmé qu’il serait indélogeable à Laval. Les attentes sont grandes, mais Primeau n’a jamais déçu non plus. Son parcours universitaire à Northeastern en est la preuve.

Primeau a gardé le filet pendant une trentaine de minutes face aux Devils du New Jersey, lors du premier match préparatoire. Il a fait 16 arrêts sur 17 tirs, dont un vol sur Blake Coleman lors d’un deux contre un avec Nico Hischier. Primeau a revu l’arrêt, et il jure qu’il n’avait pas commencé son déplacement avant la passe.

« Non, je ne trichais pas ! Je pensais qu’il allait passer. Je devais respecter le tireur, surtout dans la LNH. Nico Hischier a tout un tir. Je respectais son tir, je ne crois pas avoir triché. »

Quoi qu’il en soit, quelques minutes après son entrée en matière, la foule du Centre Bell scandait déjà son nom. « C’était fou. J’ai souri, il y avait tellement d’émotions. »

Le plan

Avec trois gardiens déjà embauchés, Carey Price, Keith Kinkaid et Charlie Lindgren, tout indiquait que Primeau allait se retrouver avec le Rocket. Il reste maintenant à déterminer quel sera le plan pour son développement, surtout s’il devait se retrouver dans un ménage à trois avec Lindgren et Michael McNiven.

« Je n’ai pas pensé à ça. Je veux simplement m’améliorer chaque jour. Je n’ai pas d’attentes autres que de m’améliorer. Peu importe le nombre de matchs. »

La réponse est splendidement mature. Elle cadre parfaitement avec le personnage, au fond. Mais au contraire, aurait-il pu aborder la prochaine étape de sa carrière avec un peu plus de combativité ?

Je ne veux pas regarder trop loin en avant ni m’accrocher trop longtemps au passé. Je vis dans le moment présent. Ça veut dire m’améliorer chaque jour.

Cayden Primeau

Tournons-nous donc vers Bouchard. Quel est le plan ?

« Le plan est de continuer à travailler avec lui pour qu’il s’adapte. On l’a vécu avec des joueurs l’an passé, et vous les voyez contre des joueurs de la LNH. On avait ce plan, ça a bien fonctionné. On va continuer à s’occuper des jeunes sans avoir un plan à long terme, mais plutôt en ayant un plan à court terme pour l’adaptation. Cayden n’est pas différent de Cale Fleury, de Jake Evans. On va le guider pour s’adapter au calibre de jeu. »

Il faut dire que le calibre de jeu n’a pas trop eu l’air de l’impressionner durant ses quelques minutes contre des joueurs de la LNH. À ses yeux, l’expérience n’a pas été plus difficile que ce qu’il avait imaginé. Il avait eu le temps de se préparer adéquatement durant le camp.

Camp, par ailleurs, durant lequel il a pu côtoyer ceux qui forment le noyau du Canadien. À commencer, bien sûr, par Price.

« J’ai essayé d’absorber le plus possible et de m’améliorer chaque jour grâce à la présence de tous ces joueurs, sur la glace et dans le vestiaire. C’était énorme pour moi. Carey Price est un gars un peu réservé, comme moi. Mais il y a une aura autour de lui. Il n’est pas du tout arrogant, mais il est très confiant. C’est ce qui frappe tout de suite. »

Hier, à la Place Bell, Primeau travaillait avec l’entraîneur des gardiens du Rocket Marco Marciano et avec Sean Burke. Le vétéran de 820 matchs dans la LNH est dépisteur pour le Canadien et consultant pour les gardiens. Il le scrutait à la loupe. Primeau a tout de suite senti le sérieux que le Canadien mettait sur son développement. Il en est reconnaissant.

Quand on lui demande ce qu’on lui a dit qu’il devait améliorer en priorité, il répond « le maniement de rondelle ». Signe probable que le reste se passe plutôt bien.

Il sourit.

« J’imagine. »