Les Maple Leafs sont débarqués à Montréal avec leur équipe B. Et ils en ont profité pour blanchir le Tricolore.

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

L’occasion ratée

Il y a certains joueurs du Canadien qui vont se réveiller ce matin avec le mauvais goût de l’occasion ratée en bouche.

Imaginez un peu. Vous êtes un espoir du Canadien, ou même un jeune vétéran. Vous avez des choses à prouver, peut-être un poste à saisir ou à protéger, et le camp tire à sa fin. Puis, la surprise inespérée qui arrive : les Maple Leafs qui décident de s’amener au Centre Bell avec leur formation de la Ligue américaine. Quelle chance !

Eh bien, non.

En fait, les joueurs qui se sont fait remarquer hier soir au Centre Bell, ce sont ceux des Leafs, qui deviendront presque tous des Marlies au cours des prochains jours. Un certain Yegor Korshkov s’est même permis deux buts dans cette victoire de 3-0 des visiteurs lors de cette soirée qui s’est conclue sous les huées.

C’est difficile d’évaluer l’équipe au complet. On n’a pas connu un gros match, on n’a pas bien patiné. On n’a pas assez bien bataillé.

Claude Julien

C’est bien ça, le problème. Dans un match d’importance pour certains, le sentiment d’urgence aurait dû être un peu plus gros que ça. Joel Armia et Brett Kulak, entre autres, ont joué avec toute l’urgence de gars qui se croient bien au-dessus de leurs affaires.

Charles Hudon ? Des hauts, des bas, mais au final, pas de point, et c’est un peu dommage pour lui, parce qu’on a l’impression que le jeune attaquant québécois va finir par manquer de temps, surtout avec Paul Byron qui a recommencé à patiner et qui prépare son retour au jeu.

Ce n’est pas que Hudon a été mauvais hier — il a tout de même récolté trois tirs au but —, mais c’est comme s’il lui manquait toujours un petit quelque chose.

« Tout le monde voudrait que je marque des buts, moi le premier, a-t-il expliqué après le match. Je pense quand même que je prouve depuis le début du camp que je suis prêt. Je fais ma petite affaire et j’essaie de ne pas trop m’en faire avec le futur. »

« Le temps des mises au point »

Ce fut ce genre de soirée, et Hudon n’est certes pas le seul à avoir connu des hauts et des bas. Cale Fleury, le jeune défenseur dont tout le monde parle, a « oublié » un rival qui a pu filer fin seul vers le gardien Charlie Lindgren, un jeu qui a mené à un but. Que voulez-vous, ça arrive.

Ce ne fut pas mieux du côté de certains jeunes vétérans. Jonathan Drouin, par exemple, a été le joueur le moins utilisé par l’entraîneur-chef Claude Julien, avec un modeste 11 minutes et 57 secondes de temps de jeu.

Ce qui n’a pas semblé le déranger, remarquez.

« C’est un match préparatoire, c’est le temps des mises au point, a-t-il expliqué. Tu ne gagnes pas la Coupe Stanley avec un match préparatoire. Ça sert plus à retrouver le timing, la confiance, et c’est bon pour l’ensemble de l’équipe. »

Heureusement pour le Canadien, ce résultat ne va pas compter. Claude Julien, lui, doit souhaiter que son club soit en mesure de passer à l’autre vitesse quand ça va compter pour vrai, la semaine prochaine.

En plus de souhaiter que cette blessure à la main gauche de son gardien vedette ne soit pas sérieuse.

Prochain match : Canadien c. Maple Leafs, demain (19 h) à Toronto

« C’était un mauvais match »

Je n'irai pas trop loin dans l'analyse, c'était un mauvais match, on a commencé lentement, on ne s'appuyait pas. Ils se sont battus plus fort que nous. Nous n'avons pas réussi à marquer et la confiance a baissé ensuite.

Tomas Tatar

Ils avaient hâte de jouer ici. Quand on voit une formation comme celle-ci, parfois ça enlève un peu de motivation, mais ce n'est pas une excuse. Peu importe qui vient, nous devons être prêts.

Tomas Tatar

On a bien commencé le match et il faut rester avec un bon état d'esprit ; on a une bonne fiche depuis le début du calendrier préparatoire. Il y a encore des choses à améliorer, par contre.

Jonathan Drouin

Je vais retenir les aspects positifs de ce match-là. J'ai été intense, j'ai démontré de la vitesse. Je suis satisfait de mon match.

Charles Hudon

C’était évident que nous n'étions pas contents. C'est évident que nous n'avons pas bien joué. Ils ont gagné plus de batailles que nous. C'est noir ou blanc. Quand une équipe travaille plus fort, elle gagne.

Nate Thompson

Propos recueillis pas Jean-François Tremblay et Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Quatre joueurs retranchés

Le Canadien a annoncé après le match avoir rétrogradé quatre joueurs au Rocket de Laval : Riley Barber, Alex Belzile, Jake Evans et Josh Brook. Pour Barber et Belzile, c’était une question de temps. Belzile, notamment, avait perdu de sa vigueur depuis son superbe match à Bathurst. Brook a eu plusieurs belles occasions avec des partenaires de la LNH, dont Brett Kulak, mais il a manqué de régularité défensive. Un autre choix logique, d’autant plus que Cale Fleury l’a devancé dans la hiérarchie. Il reste Jake Evans, qui s’est mis sur le radar dans ce camp, surtout dans le match d’hier, si on fait abstraction de sa pénalité inutile. Il était constamment porté sur l’échec avant et son trio s’est démarqué dans un match terne. Il a aussi fait ses preuves en désavantage numérique et en repli défensif. « J’ai été un négligé toute ma carrière, a dit Evans. Je n’ai pas besoin des caméras sur moi. Je veux faire mes choses pour m’améliorer. Je crois que je suis meilleur quand je suis négligé. » Evans dit avoir appris quelques trucs des Nate Thompson et Phillip Danault, qu’il espère appliquer à sa carrière. Claude Julien a tranché : « Il s’en va dans la bonne direction, mais il a besoin de plus de temps dans les ligues mineures. »

Des nouvelles de Price

Carey Price devait être le partant pour le match d’hier, c’est finalement Charlie Lindgren qui a obtenu le départ. Claude Julien en a offert la raison : « Il a une légère contusion à la main [du côté du gant attrape-rondelle]. Par précaution, on a décidé de ne pas le faire jouer. J’avais averti Charlie Lindgren avant qu’il saute sur la patinoire qu’il y avait une possibilité qu’il joue. On attendait les résultats, et c’est une question de quelques jours. » Devant les questions qui s’accumulaient, Julien a lancé un nouvel appel au calme. Il a répété que tout allait bien dans le cas de son gardien étoile et qu’il devrait être de retour sur la glace avant la fin de la semaine. En son absence, Lindgren avait la chance de prouver sa valeur. Il a bien commencé le match, montrant plus d’aplomb qu’à l’habitude. Mais il n’a pas su réparer les (nombreuses) défaillances défensives de ses coéquipiers. Lindgren a cédé 3 fois sur 25 tirs.

Le rôle de Thompson

Pas toujours évident de cerner exactement le rôle de Nate Thompson dans la formation du Canadien. Il y a bien sûr l’expérience et le leadership, qui ne sont pas des données négligeables. On l’a vu après le match, dans ses commentaires. « Les gars doivent comprendre que ce n’est pas important qui tu affrontes. C’est un match de la LNH et ils viennent pour jouer. Ils ont la chance de jouer dans la LNH, ils vont essayer d’en profiter. Ils en ont profité, pas nous. » Mais qu’en est-il sur la glace ? Il a été l’attaquant le plus utilisé en désavantage numérique, à 3 minutes et 49 secondes. On l’a vu en fin de première période couper une relance de Jordan Schmaltz. Il a aussi écoulé plusieurs grosses secondes dans le fond du territoire des Maple Leafs lors d’un cinq contre trois en deuxième période. Il a longtemps résisté aux assauts de trois joueurs adverses. « J’ai eu une bonne anticipation, j’ai pris la rondelle et j’ai écoulé du temps. J’ai eu l’aide ensuite de mes coéquipiers. Quand tu réussis un bon désavantage numérique comme ça, parfois ça peut donner du momentum. »

En hausse: Nate Thompson

Dans une soirée où bien peu de membres du Canadien se sont distingués, Thompson a réussi à le faire, notamment en désavantage numérique.

En baisse: Joel Armia

Armia joue comme un vétéran qui estime que sa place est déjà acquise. C’est probablement vrai, malheureusement.

Le chiffre du match: 38

Le nombre de tirs montréalais en direction du gardien Michael Hutchinson, qui a tout arrêté.