Pour bien des raisons, Samuel Girard est un cas particulier parmi les joueurs de la Ligue nationale.

Publié le 1er août 2019
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

D’abord, par sa taille, parce que des défenseurs de 5 pi 10 po et 180 lb, ça ne court pas les rues. Il n’est pas le seul, et la nouvelle identité de la LNH ouvrira la porte aux défenseurs de petit format, mais ils demeureront l’exception bien plus que la règle.

Ensuite, par sa provenance géographique, parce que les joueurs avec un accent jeannois aussi prononcé que celui de Girard sont plutôt rares.

Enfin, par ses origines modestes. Le hockey d’élite devient de plus en plus difficile d’accès pour les familles aux revenus peu élevés. Hockey Canada avait commandé une étude sur la question en 2012, qui révélait que les parents de joueurs de hockey mineur avaient un revenu 15 % supérieur à la médiane. L’inscription, les tournois, l’équipement, c’est une chose. Mais viennent ensuite les cours de patinage, le perfectionnement, les écoles de hockey, autant de façons d’obtenir un avantage compétitif, pour peu qu’on puisse se l’offrir.

Alors quand on demande à un joueur de la LNH ce que ses parents font dans la vie, il est rare d’entendre des réponses comme celle que Girard, 21 ans, nous a donnée hier. « Ma mère est gardienne en milieu familial. Mon père conduit des lifts chez Résolu à Saint-Prime. »

L’histoire de Girard est maintenant bien connue. La famille ayant seulement les moyens de payer une inscription, le frère aîné de Samuel, Jérémy, a renoncé à sa saison midget AAA pour permettre à Samuel de vivre son rêve.

PHOTO STAN SZETO, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Samuel Girard

Le fil des événements des dernières années prouve que la décision a été la bonne, mais il y a des jours, comme hier, où c’est encore plus évident. L’Avalanche du Colorado a annoncé hier matin que Girard avait signé une entente de sept ans, d’une valeur totale de 35 millions de dollars, qui sera valide à compter de 2020.

Alors, 35 millions de dollars, ça signifie quoi pour toi ?

« Ça représente beaucoup de travail. J’ai travaillé fort quand j’étais jeune et encore aujourd’hui, a-t-il répondu, en entrevue avec La Presse. J’ai un bon agent et plein de bon monde autour de moi, qui vont me conseiller et qui vont s’assurer que je fasse attention à cet argent. »

Je vais penser à ma famille, à mes parents, qui ont toujours travaillé fort pour que je puisse atteindre mon rêve.

Samuel Girard

« Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire, mais c’est sûr que je vais penser aux membres de ma famille. Je vais les gâter un peu ! »

Girard prévoit retourner à Denver à la fin d’août afin de se préparer pour l’ouverture du camp. En attendant, il passe son été à Châteauguay, où il fait son entraînement sur la patinoire et en gymnase. Mais il compte bien retourner parmi ses proches pour célébrer le contrat.

« En août, je vais m’arranger pour descendre une fois au Lac. J’ai moins de temps, car je commence à patiner de plus en plus souvent. Mais on va se trouver un trou dans l’horaire pour aller souper avec la gang ! »

Nouveau rôle en vue

Voilà seulement trois ans que Girard a été repêché, et sa carrière est déjà très mouvementée.

Il y a trois ans, il a été sélectionné au 47e rang par les Predators de Nashville. Depuis, il a eu le temps de faire partie de la transaction à trois équipes qui a envoyé Matt Duchene du Colorado à Ottawa, et s’est établi comme un pilier de la défense de l’Avalanche. Et voilà maintenant ce contrat à long terme.

Ça va tellement vite. Mon agent est arrivé avec ça. Ça a peut-être pris une semaine et le contrat était réglé. Ça se fait vraiment vite, t’as pas le temps d’y penser. J’ai été repêché il y a trois ans, je signe à long terme. Je suis vraiment content.

Samuel Girard

Attendez-vous maintenant à voir Girard obtenir davantage de responsabilités. La saison dernière, il jouait en moyenne 19 min 54 s par match, dont 2 min 2 s en avantage numérique. Or, l’Avalanche a échangé le défenseur Tyson Barrie aux Maple Leafs cet été. Barrie jouait en moyenne 21 min 47 s par match, mais il avait surtout droit à 4 min 3 s d’avantage numérique. Parmi les défenseurs de la LNH, seul John Carlson (4 min 5 s) a joué davantage en supériorité numérique.

« Ils ne m’ont pas parlé depuis l’échange. Mais ma job, ce sera d’avoir une meilleure saison, affirme Girard. Tyson était très bon offensivement, et défensivement aussi. Il est très complet. Ce sera à nous de faire notre job, d’être toujours prêts. Avec le départ de Tyson, on devra élever notre jeu, amener de l’attaque et bien jouer défensivement. »

Barrie a passé la majeure partie de la dernière saison avec le vétéran Erik Johnson comme partenaire. L’ultra-talentueux Cale Makar (4e choix au total en 2017) s’est joint à l’Avalanche pour les séries, et a fait écarquiller les yeux. Avec Bowen Byram, repêché au 4e rang en juin dernier, qui se greffera ultimement au groupe, voilà à quoi devrait ressembler la ligne bleue de l’Avalanche au cours des prochaines années.

L’équipe est en bonnes mains.