C’est maintenant essentiellement confirmé : le Canadien a raté son coup dans le dossier Sebastian Aho.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Le résultat net de la saison morte jusqu’ici, c’est donc un trou à l’aile au sein des trois premiers trios avec le départ d’Andrew Shaw, échangé aux Blackhawks de Chicago.

Et un autre trou du côté gauche de la défense (qui était déjà mince) avec la perte de Jordie Benn.

Outre le gardien numéro deux Keith Kinkaid, il n’y a donc pas de sang neuf au sein de cette formation qui a raté les séries éliminatoires malgré une récolte de 96 points la saison dernière.

Quelles sont les prochaines étapes ?

La marge de manœuvre

Reprenons les paramètres de notre simulation de samedi. En projetant que Karl Alzner et Dale Weise seront dans la Ligue américaine, et que les joueurs autonomes avec compensation Joel Armia et Artturi Lehkonen totaliseront ensemble 4,8 millions en salaire, le Canadien serait à 9,9 millions sous le plafond salarial. Tant que les Hurricanes de la Caroline n’ont pas officiellement signé le contrat d’Aho (ils ont jusqu’au 8 juillet pour le faire), il faut toutefois y enlever les 8,454 millions qui étaient réservés pour l’attaquant finlandais. On tombe donc à 1,5 million. Par contre, entre le 1er juillet et le dernier jour du camp d’entraînement, les équipes ont le droit d’excéder le plafond salarial de 10 %. Cet ajout temporaire de 8,15 millions équivaut essentiellement au contrat d’Aho. Donc, techniquement, on revient à nos 9,9 millions de marge de manœuvre.

Joueurs autonomes sans compensation: les attaquants

Il ne reste que trois attaquants qui ont amassé au moins 50 points la saison dernière : Ryan Dzingel, Joe Thornton et Justin Williams. Dzingel est le plus jeune du groupe, à 27 ans. Mais il ne joue pas toujours avec la hargne que Claude Julien demande de ses hommes. De plus, avec une femme fortement impliquée dans le golf, on l’imagine davantage dans un marché où il y a plus de trappes de sable et moins de patinoires extérieures Bleu Blanc Bouge. Les Hurricanes ont bon espoir de retenir les services de Williams, tandis qu’on ne voit pas Thornton ailleurs qu’à San Jose. Les Sharks sont toutefois coincés sous le plafond, ce qui peut ralentir les discussions. Sinon, Micheal Ferland est un candidat intéressant. L’ailier manitobain marque sa vingtaine de buts par année, mais surtout, il pèse 217 lb et aiderait en ce sens les petits attaquants du CH. Par contre, son nom est surtout associé à des équipes de l’Association de l’Ouest jusqu’ici.

Joueurs autonomes sans compensation: les défenseurs gauchers

On parlait du départ de Jordie Benn ; il signifie qu’à l’heure actuelle, Mike Reilly a sa place dans la formation tous les soirs, au sein du troisième duo. Ce n’est évidemment pas une situation idéale pour le Tricolore, puisque Reilly ne jouait pratiquement plus après la date limite des transactions. Curieusement, les trois plus « gros » noms sont encore disponibles. Ces trois joueurs sont Jake Gardiner, Ben Hutton et Ben Chiarot (c’est pour ça qu’on mettait « gros » entre guillemets). Gardiner est très doué offensivement, mais à risque défensivement. Hutton a seulement joué à Vancouver jusqu’ici, ce qui explique ses différentiels négatifs année après année, un peu comme Jeff Petry à son arrivée à Montréal, après son passage chez les Oilers. Chiarot fait du travail honnête à Winnipeg, mais c’est un défenseur de troisième duo.

Une autre offre hostile?

Tant que les Hurricanes ne signent pas le contrat d’Aho, le directeur général Marc Bergevin est limité dans ce qu’il peut accomplir. Car d’ici là, la LNH considère que le Canadien n’a pas ses choix de premier, deuxième et troisième tours pour 2020 qui étaient cédés aux Hurricanes s’ils laissaient partir Aho. Or, pour déposer une offre qualificative, une équipe doit détenir les choix qu’elle doit céder en guise de compensation. Don Waddell rend ici un beau service à ses homologues DG… Il reste tout de même une possibilité : une offre d’une valeur annuelle moyenne de 10,568 millions ou plus. La compensation pour ce type d’offre est quatre choix de premier tour, mais l’équipe a cinq ans pour les donner. Bergevin pourrait donc déposer une telle offre à Mitch Marner, par exemple, tout en promettant ses premiers choix de 2021 à 2024. Par contre, une telle offre lui ferait dépasser le plafond salarial. Et les Maple Leafs de Toronto se sont dotés de la marge de manœuvre nécessaire pour régler ce dossier.

Les transactions

On vous parlait des Sharks qui sont coincés. Il leur reste en effet 6,4 millions d’espace sous le plafond, selon CapFriendly, et doivent encore s’entendre avec le joueur autonome avec compensation Kevin Labanc, en plus de devoir faire de la place à Thornton. C’est le genre d’équipe qui pourrait avoir besoin de larguer un salaire. Avec un an de contrat à écouler, à 3,2 millions, le défenseur gaucher Brenden Dillon est vulnérable dans une telle situation. Ça chauffe aussi chez les Rangers de New York, qui doivent s’entendre avec le défenseur Jacob Trouba, joueur autonome avec compensation. Et au risque de paraître insistant, l’avenir de Chris Kreider à Manhattan est incertain. Kreider a une année à écouler à son contrat, à 4,625 millions, et pourrait drôlement aider une équipe qui a besoin d’un ailier costaud capable de marquer et de patiner. Clin d’œil, clin d’œil.

Le statu quo (inclure Suzuki et Poehling)

C’est l’option que personne ne veut entendre, et dont Bergevin se fera parler toute l’année, car ce serait un troisième début de saison de suite où le CH serait largement sous le plafond salarial. Le statu quo impliquerait, à l’heure actuelle, que Lehkonen, Armia ou Paul Byron jouent au sein des deux premiers trios. Les plus optimistes diront que ça ouvrirait la porte aux jeunes Nick Suzuki et Ryan Poehling. Mais ce serait tout un pas à franchir pour deux attaquants qui jouaient respectivement dans le junior et en NCAA la saison dernière. Poehling a certes marqué trois buts à son premier – et seul – match dans la LNH, mais c’était contre des Maple Leafs qui avaient donné congé à plusieurs joueurs.