(Buffalo) Chaque école, chaque quartier en a un. Vous savez, ce jeune que l’on qualifie de « naturel », qui est bon dans tout sport, dès le premier contact.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Dans Ahuntsic, c’était Éric Poulin. Bon au hockey, au baseball, au soccer, au football. À Chomedey, c’était Thierry Savard-Saucier. Champion de judo, excellent au baseball. Dans un test de Cooper, il avait dû s’arrêter parce que… il ne restait plus de temps. Il avait battu la machine ! Le Tout-Deux-Montagnes se souvient de Vincent Langlois. Son père avait joué dans la LHJMQ, la pomme n’était pas tombée loin de l’arbre. Soccer, hockey, golf, tennis, basketball… tout y passait.

Samuel Bolduc est de ce moule. Mais dans l’univers du hockey junior, qui regorge de ces athlètes naturels, ce défenseur de l’Armada de Blainville-Boisbriand, qui devrait être repêché le mois prochain à Vancouver, parvient encore à se démarquer et à dominer ses pairs. Des exemples ?

– L’été dernier, l’Armada participait à un atelier de course de bateau-dragon. Avant de commencer, les joueurs faisaient des tests individuels afin d’équilibrer les équipes. Bolduc a fait son 200 m simulé en 40,5 s, un temps renversant pour quelqu’un qui n’avait jamais touché à une rame de sa vie. Si bien que Carlos Martinez, qui coordonnait l’activité, l’a invité sur-le-champ à se joindre à l’équipe nationale U24 de bateau-dragon. « Ce gars-là, c’est un naturel », lance-t-il, encore médusé.

– Au tournoi de golf de l’Armada, toujours l’été dernier, les joueurs frappaient les uns après les autres leur coup de départ au trou numéro un, afin de battre la marque de référence établie par un des leurs. Ceux qui le battaient gagnaient un prix. Ce joueur choisi pour établir la marque de référence, c’était… Samuel Bolduc. « Il a envoyé la balle direct sur le green ! », se souvient un témoin de la scène. On parle d’un trou de 426 verges, mais les joueurs s’élançaient d’environ 350 verges. Quand même impressionnant.

– Avant de se concentrer sur le hockey, Bolduc jouait aussi au baseball. Il évoluait comme voltigeur de centre, ce qui en dit long sur ses qualités athlétiques. Il a arrêté quand il était dans la catégorie bantam AA. Pas mal. Cette saison, il met d’ailleurs ses connaissances au service de l’équipe bantam A de son frère, à Vimont-Auteuil, en s’impliquant au sein du groupe d’entraîneurs.

Ça, c’est pour l’anecdote. Mais samedi, les 102 joueurs présents ici au camp d’évaluation de la LNH, en vue du repêchage, se soumettront à un ensemble de tests visant à mesurer leurs capacités physiques. Des tests dans lesquels Bolduc devrait briller parce qu’en janvier dernier, à l’occasion du match des meilleurs espoirs juniors canadiens, il avait terminé premier au saut vertical, au lancer du ballon médicinal et au patinage à reculons. Top 3 dans quatre autres catégories. Son nom était partout.

Un athlète… et des astérisques

Aucun doute quand il s’est présenté à nous dans le hall de l’hôtel hier : le jeune homme possède tous les outils pour réussir. À 18 ans, il a déjà une carrure de défenseur de la LNH : 6 pi 4 po, 210 lb. Mais il est aussi d’une grande timidité, timidité qui s’atténuera quelque peu au fil de notre entrevue.

Or, des entrevues, il ne fera que ça de sa semaine à Buffalo. Vingt et une équipes ont demandé à le rencontrer cette semaine afin de mieux connaître sa personnalité, avant les tests de samedi.

« J’espère montrer encore une fois que ma condition physique est supérieure à celle des autres. Je suis un gars gêné en entrevue, donc c’est dans les tests que je vais aller chercher le plus de points », avoue-t-il.

Avec cet ensemble d’outils, notre homme vient au 42e rang des espoirs nord-américains, dans le classement final de la Centrale de recrutement de la LNH. À la mi-saison, il était 87e.

La progression est sensationnelle, mais elle signifie aussi que les éclaireurs ont des réticences. Un des points d’interrogation : « son désir de mettre tout ça en application à tous les matchs », nous explique un recruteur qui est par ailleurs fort enthousiaste à son sujet.

« De tous les espoirs de la LHJMQ, c’est peut-être celui qui a le plus de potentiel en termes de talent naturel », ajoute-t-il. D’autres aimeraient parfois le voir montrer un peu plus de hargne sur la patinoire.

La bonne nouvelle, c’est que Bolduc est parfaitement lucide.

« Ça revient à ma constance, admet le Lavallois. Des matchs, c’était plus dur que d’autres. En début de saison, j’étais constant, mais après la période des transactions, c’était plus dur. J’étais un des défenseurs les plus jeunes, et du jour au lendemain, j’étais le plus vieux. Ça a été un gros changement. »

« Je sais que je devrai amener [la hargne] dans mon jeu, plus que dans le junior, si je veux monter les échelons. Personne n’aura peur de moi dans la Ligue américaine ou dans la LNH. Et ce ne sera pas moi, le plus fort. Je ne serai plus seul. » — Samuel Bolduc

La saison dernière, Bolduc a inscrit 37 points, dont 9 buts, en 65 matchs avec l’Armada. Ne vous arrêtez pas à son différentiel de - 32 : l’Armada vient de terminer un cycle après avoir joué en finale en 2017 et en 2018, et l’équipe s’est carrément vidée de tous ses vétérans en janvier dernier. D’ailleurs, deux entraîneurs qui l’ont affronté cette saison soulignent ses qualités défensives.

« Un défenseur qui joue bien avec son bâton, bien positionné, qui va chercher de l’efficacité », souligne Marc-André Dumont, qui dirigeait le Cap-Breton avant d’être remercié le mois dernier.

« Un défenseur stable, pas trop à risque, très capable de défendre son territoire », ajoute Martin Bernard, qui vient de terminer un mandat de trois ans à Baie-Comeau.

Et le Canadien?

Bolduc s’attend à être réclamé quelque part entre le milieu du deuxième tour et le troisième tour. Or, le Canadien parlera trois fois dans cette phase du repêchage (46e, 50e, 77e).

Plus jeune, Bolduc n’était pas un partisan du Tricolore, mais plutôt des Blackhawks de Chicago. Mais parlez-lui du CH et son regard s’illumine. Car ce serait l’occasion de renouer avec son ancien entraîneur de l’Armada.

« Ça serait vraiment incroyable, je pourrais retrouver Joël Bouchard. Ça serait spécial de sortir avec cette équipe-là. J’avais une très bonne relation avec Joël. Il ne passait pas par quatre chemins pour te dire quelque chose, et je trouvais ça correct. »

L’influence de Bouchard s’est fait sentir dans l’organisation l’été dernier par l’embauche de joueurs à tous les niveaux (Xavier Ouellet, Joël Teasdale, Alexandre Alain, Morgan Adams-Moisan, Nikita Jevpalovs). On saura dans trois semaines si le nom de Bolduc s’ajoutera à cette liste.