(Boston) Certains buts ont une histoire. Celui de Carl Gunnarsson, qui a permis aux Blues de St. Louis de vaincre les Bruins de Boston 3-2 en prolongation, en a toute une.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Voyez-vous, Gunnarsson n’est pas le plus prolifique des marqueurs. C’est même tout l’inverse. Il ne compte que 28 buts en 581 matchs dans la LNH. Il n’avait jamais marqué en 56 matchs éliminatoires. On le connaît surtout pour son rôle de soutien comme défenseur défensif.

Malgré tout, Gunnarsson avait frappé le poteau de plein fouet dans les derniers instants de la troisième période. Ses coéquipiers Brayden Schenn et Jaden Schwartz avaient créé le chaos en zone offensive, il avait mis tout son poids sur une rondelle libre dans l’enclave.

C’est là que l’histoire prend une tournure particulière. Entre la troisième période et la prolongation, Gunnarsson a eu une conversation avec l'entraîneur-chef Craig Berube au cours de laquelle il lui a dit: «J’ai seulement besoin d’une autre chance.» L’affirmation venait du dernier joueur de qui on aurait dû l’entendre.

«Il a frappé le poteau, il m’a dit qu’il voulait une autre chance, a expliqué Berube. On en faisait des blagues. Mais il a joué tout un match. C’était un superbe tir.»

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Carl Gunnarsson et Pat Maroon 

Dans une prolongation dominée par les Blues, de toute évidence plus en jambes à mesure que les minutes passaient, le défenseur des Bruins Brandon Carlo s’est fait prendre pour avoir fait trébucher en zone défensive. Pendant la pénalité à retardement, Ryan O’Reilly est sauté sur la glace en remplacement du gardien, rappelé au banc. C’est lui qui a servi la passe à Gunnarsson pour le tir sur réception, pendant que le quatrième trio mené par Oscar Sundqvist dérangeait tout le monde près du filet.

«Après le premier match, on n’était pas contents. On a joué un bon match complet. C’est l’équipe qu’on est. On rebondit. On n’abandonne jamais. C’est toute une émotion de marquer ce but.» — Carl Gunnarsson

Ce but de Gunnarsson est aussi lourd de signification. D’abord parce que le défenseur avait connu un premier match atroce et qu’il se retrouve maintenant avec l’improbable but gagnant. Mais cette performance se veut aussi représentative de tout le match des Blues. Et voici maintenant pourquoi on a une série.

Pourquoi?

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La rondelle passe entre les jambières du gardien Jordan Binnington en première période.

Jordan Binnington en premier. Il a cédé deux fois très rapidement dans le match, chaque fois en laissant passer une rondelle entre ses jambières. Tout entraîneur de gardiens le dira: si la rondelle traverse le gardien, c’est un mauvais but. Les deux rondelles ont traversé le gardien. Mais après cette défaillance, il est redevenu celui qui a mené les Blues d’abord en séries éliminatoires, puis en finale de la Coupe Stanley.

«C’est la vie d’un gardien, a dit Binnington, avec son habituel flegme. Continue d’avancer, reprends tes esprits et donne à ton équipe une chance de gagner.»

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Colton Parayko et Torey Krug font ensemble une vilaine chute.

À la pioche et à la pelle

Il y a ensuite l’échec avant. Les Blues n’avaient pas réussi à établir leur style lors du premier match; ils n’ont pas fait l’erreur deux fois. Et si les Blues jouent comme ils en sont capables, ce qu’ils ont fait hier, tout est possible pour eux. Ils ont d’ailleurs réussi à combler deux déficits à la pioche et à la pelle.

«[Hier] soir, on a joué les 60 minutes, a expliqué Berube. La possession de rondelle en zone offensive a fait la différence. C’est grâce à notre échec avant pour aller récupérer les rondelles. C’est notre style. C’est comme ça qu’on est bons. On doit garder la rondelle profondément dans le territoire et aller la chercher. On l’a fait.»

Il y a aussi le jeu physique. Les Blues ont obtenu 49 contacts, beaucoup plus que les Bruins d’ailleurs, et ont donné l’exemple parfait de l’expression de hockey «finir ses mises en échec». Chapeau d’ailleurs à Samuel Blais dans ce département, qui a joué son rôle à merveille.

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Brad Marchand tente une passe en direction d’un coéquipier des Bruins.

Pour finir, il y a le fait que le gros trio des Bruins, celui de Patrice Bergeron, David Pastrnak et Brad Marchand, n’a absolument rien créé d’intéressant hier. Mais là, rien du tout. L’entraîneur-chef des Bruins, Bruce Cassidy, a tout fait pour gagner une deuxième fois le jeu d’échecs. À partir de la fin de la première période, voyant qu’il perdait le duel premier trio contre premier trio, il a essayé de l’opposer à tous les autres trios des Blues. Il a même décidé d’inverser David Backes et David Pastrnak pour créer des étincelles. Sans succès. Les Blues ont embourbé les meilleurs joueurs des Bruins.

«On sait qu’ils sont bons, a dit le pilote des Blues. Jay Bouwmeester et Colton Parayko étaient toujours contre eux. On a utilisé plusieurs trios pour les contrer. On sait que quand ils sont là, on doit être du bon côté des choses. Ils sont dangereux, et on doit bien gérer la rondelle.»

La série est maintenant égale 1-1 et se transporte à St. Louis. C’est évident aussi que les deux équipes commencent à se détester, ce qui ajoute une autre dimension à une série déjà très disputée. Les Bruins ont été parfaits lors du premier match, les Blues ont répondu à merveille lors du deuxième.

On a une série.

Prochain match: samedi (20h), à St. Louis

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Les hostilités ont inévitablement repris hier!

Ils ont dit

«C’est sûr qu’on les déteste. On est en finale de la Coupe Stanley, on veut tous le gros prix. On a joué comme ça toutes les séries. On a du succès comme ça, avec l’échec avant. Si on continue à faire ça, on va se donner des chances. [Hier] soir, on a vu les vrais Blues et on veut continuer dans ce chemin-là.» – Samuel Blais 

«Ce n’est pas le genre de coup que l’on veut au hockey. C’est de derrière, c’est à la tête, dans la baie vitrée. Si ça, c’est seulement un deux minutes, on va manquer de défenseurs avant la fin de la série. C’est entre d’autres mains maintenant. Je crois que si c’est moi qui donne ce coup, je regarde quelques matchs des gradins. On verra ce qui va arriver avec leur joueur.» – David Backes au sujet du coup de coude qui a blessé Matt Grzelcyk

«C’était un coup de derrière. C’était la pénalité. Sa tête a frappé la baie vitrée. Il est allé à l’hôpital pour subir des tests. Nous attendons toujours une mise à jour.» – Bruce Cassidy au sujet du coup de coude qui a blessé Matt Grzelcyk

«J’ai vu mes coéquipiers répondre et je devais seulement être là pour leur donner une chance de gagner.» – Jordan Binnington au sujet des Blues qui ont comblé les déficits 

«Il est important à notre équipe. Il nous inspire. C’est un jeu incroyable par un joueur incroyable.» – Ryan O’Reilly au sujet de Carl Gunnarsson

«On s’est améliorés à mesure que le match avançait. Ils avaient cinq défenseurs, et on les a attaqués. Ça nous a donné un avantage. On avait plus d’essence qu’eux dans le réservoir et on a mieux joué en prolongation.» – Ryan O’Reilly 

- Propos recueillis par Jean-François Tremblay, La Presse